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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>La &#171; r&#233;forme &#187; en &#233;ducation entre le p&#233;dagogique et le politique</title>
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		<dc:date>2008-07-20T14:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Normand Baillargeon</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Baillargeon, Normand </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les collaborateurs au pr&#233;sent dossier se sont donn&#233; pour t&#226;che de r&#233;fl&#233;chir sur les transformations r&#233;centes de l'&#233;ducation au Qu&#233;bec et sur les tenants et aboutissants de la r&#233;forme que nous sommes &#224; mener et dont les ma&#238;tres mots sont comp&#233;tences, constructivisme, projets. &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne cherchera toutefois pas ici d'unicit&#233; de point de vue et le dossier aspire bien plus &#224; faire entendre des voix souvent moins audibles qu'&#224; atteindre un improbable consensus. Mais on trouvera bien ici un ensemble (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-La-reforme-en-education-" rel="directory"&gt;Dossier : La &#171; r&#233;forme &#187; en &#233;ducation entre le p&#233;dagogique et le politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Baillargeon-Normand-+" rel="tag"&gt;Baillargeon, Normand &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les collaborateurs au pr&#233;sent dossier se sont donn&#233; pour t&#226;che de r&#233;fl&#233;chir sur les transformations r&#233;centes de l'&#233;ducation au Qu&#233;bec et sur les tenants et aboutissants de la r&#233;forme que nous sommes &#224; mener et dont les ma&#238;tres mots sont comp&#233;tences, constructivisme, projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne cherchera toutefois pas ici d'unicit&#233; de point de vue et le dossier aspire bien plus &#224; faire entendre des voix souvent moins audibles qu'&#224; atteindre un improbable consensus. Mais on trouvera bien ici un ensemble de pr&#233;occupations, communes &#224; tous les auteurs : celle, d'abord, de ne pas renoncer &#224; penser l'&#233;ducation &#224; la jonction du politique et du p&#233;dagogique ; une certaine m&#233;fiance, ensuite, &#224; l'endroit des sir&#232;nes r&#233;formistes et de leurs slogans ; une volont&#233; ferme, enfin, de ne pas oublier d'introduire la variable de l'&#233;galit&#233; dans chacune des nombreuses et complexes &#233;quations que nous am&#232;ne &#224; chercher &#224; r&#233;soudre toute r&#233;flexion sur l'&#233;ducation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Beno&#238;t Renaud trace d'abord un bilan des r&#233;formes, lanc&#233;es ou accomplies, depuis le Rapport Parent et la R&#233;volution Tranquille. S'il note des progr&#232;s importants, il rappelle en outre ce que ces r&#233;formes ont d'inachev&#233; et souligne, avec raison, les effets induits par la mise en place progressive de politiques n&#233;olib&#233;rales. Renaud en appelle au mouvement syndical, au mouvement &#233;tudiant et &#224; la gauche pour remettre &#224; l'ordre du jour les valeurs que nous privil&#233;gions avec eux. Ce que nous devrons confronter pour cela est &#233;norme, comme le montre l'article suivant, de Bernard Rioux, qui examine ce qu'il nomme la &#171; contre-r&#233;forme &#187; de l'&#233;ducation et son d&#233;ploiement depuis une d&#233;cennie. L'assaut contre l'&#233;cole publique est men&#233; sur plusieurs fronts et l'auteur les d&#233;crit tour &#224; tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article qui suit est de Jean-Pierre Terrail, auteur d'ouvrages de sociologie de l'&#233;ducation ayant r&#233;cemment beaucoup fait parler d'eux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De l'in&#233;galit&#233; scolaire (2002) et &#201;cole, l'enjeu d&#233;mocratique (2004), tous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Terrail reprend la probl&#233;matique de l'in&#233;galit&#233; et la renouvelle en soulevant une hypoth&#232;se originale, qui m&#233;rite un examen attentif. La voici : &#171; &lt;i&gt;On ne saurait donc faire l'&#233;conomie, pour peu que l'on ait le moindre souci de la d&#233;mocratie scolaire, d'un examen sans tabous des effets r&#233;els des p&#233;dagogies &#8220;actives&#8221;, &#8220;douces&#8221; et &#8220;concr&#232;tes&#8221; qui sont aujourd'hui incontest&#233;es dans notre &#233;cole &#233;l&#233;mentaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je soutiens pour ma part que le constructivisme, surtout mais pas seulement dans la version radicale si couramment adopt&#233;e au Qu&#233;bec, est un exemple patent d'une p&#233;dagogie faussement progressiste et politiquement n&#233;faste, notamment pour les plus d&#233;munis. Les r&#233;sultats de recherche sur les m&#233;thodes p&#233;dagogiques abondent dans le m&#234;me sens, en particulier les enseignements qu'on peut tirer du projet Follow Through.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire cependant, ici et maintenant, devant l'&#233;cole de l'in&#233;galit&#233; ? Que faire si, qui plus est, les actuels mouvements de r&#233;formes, loin d'&#233;teindre nos inqui&#233;tudes, les attisent ? Ces questions sont pressantes et nous ne pouvions les ignorer. Et c'est pourquoi nous avons, pour clore ce dossier, donn&#233; la parole &#224; Robert Cadotte, directeur du Centre de formation sur l'enseignement en milieux d&#233;favoris&#233;s r&#233;cemment mis sur pied &#224; l'UQAM. Cadotte nous explique les objectifs de ce centre et les ambitions du travail qu'il y accomplit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De l'in&#233;galit&#233; scolaire&lt;/i&gt; (2002) et &lt;i&gt;&#201;cole, l'enjeu d&#233;mocratique&lt;/i&gt; (2004), tous deux parus aux &#201;ditions La Dispute, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Un dossier coordonn&#233; par &lt;strong&gt;Normand Baillargeon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;forme permanente</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-reforme-permanente</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/La-reforme-permanente</guid>
		<dc:date>2008-07-19T14:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benoit Renaud</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Renaud, Benoit</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le contraste entre le syst&#232;me d'&#233;ducation qu&#233;b&#233;cois d'avant la grande r&#233;forme des ann&#233;es 1960 et celui que nous avons depuis est assez frappant pour m&#233;riter toute l'attention qu'on donne au rapport Parent et &#224; la r&#233;volution tranquille dans nos manuels d'histoire. &lt;br class='autobr' /&gt; En effet, le syst&#232;me ant&#233;rieur &#224; la r&#233;forme &#233;tait terriblement &#233;litiste et sexiste, en plus de maintenir la population catholique et francophone dans une situation d'inf&#233;riorit&#233; flagrante par rapport &#224; la minorit&#233; anglophone et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Renaud-Benoit-+" rel="tag"&gt;Renaud, Benoit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le contraste entre le syst&#232;me d'&#233;ducation qu&#233;b&#233;cois d'avant la grande r&#233;forme des ann&#233;es 1960 et celui que nous avons depuis est assez frappant pour m&#233;riter toute l'attention qu'on donne au rapport Parent et &#224; la r&#233;volution tranquille dans nos manuels d'histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En effet, le syst&#232;me ant&#233;rieur &#224; la r&#233;forme &#233;tait terriblement &#233;litiste et sexiste, en plus de maintenir la population catholique et francophone dans une situation d'inf&#233;riorit&#233; flagrante par rapport &#224; la minorit&#233; anglophone et protestante. Les enseignantes, sans protection syndicale, &#233;taient g&#233;n&#233;ralement moins bien pay&#233;es et pas plus scolaris&#233;es que des commis de bureau. Le syst&#232;me d'&#233;ducation &#233;tait morcel&#233; entre des &#233;coles publiques primaires sous-financ&#233;es, des &#233;coles secondaires publiques sous-fr&#233;quent&#233;es et ne menant que tr&#232;s peu vers l'universit&#233;, des &#233;coles de m&#233;tier pr&#233;parant assez mal au march&#233; du travail, des coll&#232;ges classiques priv&#233;s r&#233;serv&#233;s &#224; une petite minorit&#233; et des universit&#233;s tr&#232;s peu accessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation ph&#233;nom&#233;nale de la fr&#233;quentation scolaire &#224; partir de la Seconde guerre mondiale a forc&#233; le gouvernement &#224; augmenter sa part du financement. Elle a aussi provoqu&#233; un renversement du rapport entre la&#239;ques et religieux chez le personnel enseignant. &#171; &lt;i&gt;Les pr&#234;tres, les fr&#232;res et les s&#339;urs, majoritaires &#224; la fin de la guerre, ne constituent plus que 31 % des effectifs en 1960&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Linteau, Durocher, Robert, Ricard, Histoire du Qu&#233;bec contemporain : Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La p&#233;riode du r&#233;gime Duplessis en est une de r&#233;sistance des structures archa&#239;ques face &#224; des changements objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es soixante sont l'occasion d'une convergence momentan&#233;e entre le besoin &#233;conomique de modernisation, la philosophie lib&#233;rale de l'&#233;galit&#233; des chances et de la mobilit&#233; sociale et la mobilisation du mouvement ouvrier pour une d&#233;mocratisation de l'&#233;ducation. La cr&#233;ation du minist&#232;re de l'&#201;ducation en 1964 permet une relative &#233;galisation du financement ainsi qu'une uniformisation des programmes. La r&#233;duction drastique du nombre de commissions scolaires et la cr&#233;ation des polyvalentes, puis des c&#233;geps et du r&#233;seau de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec, cr&#233;ent des institutions r&#233;gionales similaires sur l'ensemble du territoire et facilitent une augmentation ph&#233;nom&#233;nale de la scolarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, lorsqu'on examine les r&#233;sultats, on voit que cette r&#233;forme n'a &#233;t&#233; faite qu'&#224; moiti&#233;. Le syst&#232;me scolaire public demeure confessionnel, divis&#233; entre commissions scolaires catholiques et protestantes, jusqu'au milieu des ann&#233;es 1990. La promesse de gratuit&#233; scolaire jusqu'&#224; l'universit&#233;, faite par les Lib&#233;raux durant la campagne de 1960, puis par le PQ dans les ann&#233;es 1970, n'est toujours pas r&#233;alis&#233;e. &#201;galement, les r&#233;formes p&#233;dagogiques perp&#233;tuelles produites par le MEQ ne parviennent pas &#224; inclure pleinement les jeunes de milieux dits d&#233;favoris&#233;s et l'acc&#232;s &#224; l'universit&#233; demeure principalement le fait des couches sociales interm&#233;diaires et sup&#233;rieures. Aussi, la r&#233;duction significative des in&#233;galit&#233;s entre hommes et femmes ou entre anglophones et francophones est importante, quoique incompl&#232;te. Encore aujourd'hui, les femmes sont sous-repr&#233;sent&#233;es dans les programmes de 2e et 3e cycles universitaires et sur-repr&#233;sent&#233;es dans les professions traditionnellement f&#233;minines comme l'enseignement pr&#233;scolaire et primaire, les sciences infirmi&#232;res ou le travail social. En 1983, les universit&#233;s anglophones d&#233;cernaient toujours le tiers des dipl&#244;mes, alors que les anglophones ne composent qu'environ un sixi&#232;me de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre dimension inachev&#233;e de la r&#233;forme est le maintien d'un important secteur priv&#233;, subventionn&#233; par l'&#201;tat &#224; 60 %, le niveau le plus &#233;lev&#233; au Canada. La question de la d&#233;mocratie dans le fonctionnement des institutions et l'&#233;laboration des programmes demeure aussi en plan. Les structures d&#233;cisionnelles demeurent bureaucratiques et impliquent de plus en plus l'entreprise priv&#233;e, tandis que le personnel et les &#233;tudiantes sont trait&#233;s comme des groupes de pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante ans plus tard, nous sommes toujours loin d'un syst&#232;me d'&#233;ducation d&#233;mocratique, public, la&#239;c, gratuit et accessible &#224; tous et toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1970, le succ&#232;s de la r&#233;forme entra&#238;ne une explosion des d&#233;penses publiques en &#233;ducation. En m&#234;me temps, la fin de la p&#233;riode de croissance &#233;conomique sans pr&#233;c&#233;dent de l'apr&#232;s-guerre exerce une pression en direction d'une compression des d&#233;penses sociales, dans un contexte de comp&#233;tition mondiale de plus en plus intense. Cette d&#233;cennie pourrait &#234;tre qualifi&#233;e de bras de fer &#224; somme &#224; peu pr&#232;s nulle entre la pression de la base (mouvement &#233;tudiant, syndicats) pour la poursuite des r&#233;formes et la pression du sommet (patronat et gouvernement) pour l'introduction de contre-r&#233;formes. Par exemple, en 1974, le gouvernement Bourassa tente d'introduire des tests d'aptitude aux &#233;tudes universitaires (TAEU) mais doit abandonner l'id&#233;e &#224; la suite d'une simple menace de gr&#232;ve &#233;tudiante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre B&#233;langer, Le mouvement &#233;tudiant qu&#233;b&#233;cois : son pass&#233;, ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les syndicats de l'enseignement continuent &#224; faire des progr&#232;s dans leurs conventions collectives durant cette d&#233;cennie de conflits politiques et sociaux intenses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de la r&#233;cession de 1981-1982 que la contre-r&#233;forme n&#233;olib&#233;rale commence pour vrai avec le &#171; virage technologique &#187;. On insiste alors pour que les jeunes se pr&#233;parent aux besoins du march&#233; du travail et s'orientant vers les sciences de la nature, l'informatique et les m&#233;tiers plut&#244;t que les arts ou les sciences humaines. Le r&#233;gime p&#233;dagogique au secondaire est modifi&#233; en ce sens, puis on s'attaque au r&#233;gime p&#233;dagogique au coll&#233;gial, toujours dans un esprit d'efficacit&#233; &#233;troitement &#233;conomique. La campagne commence alors pour mettre fin au gel des frais de scolarit&#233; introduit &#224; la suite de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;tudiante de 1968. L'ann&#233;e 1982 est aussi celle de l'offensive du gouvernement L&#233;vesque contre les syndicats du secteur public et en particulier contre la CEQ (aujourd'hui CSQ), qui subira la loi matraque la plus dure depuis Duplessis (Loi 111). Une des cons&#233;quences de cette offensive n&#233;olib&#233;rale a &#233;t&#233; l'augmentation du d&#233;crochage au secondaire &#224; partir de 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point tournant a aussi marqu&#233; le milieu des ann&#233;es 1990 avec les &#201;tats g&#233;n&#233;raux sur l'&#233;ducation, la politique de d&#233;ficit z&#233;ro adopt&#233;e par les Sommets socio-&#233;conomiques, et la gr&#232;ve des c&#233;geps de l'automne1996. Il s'agit d'une p&#233;riode contradictoire incluant de belles ambitions, comme celle de hausser le taux de r&#233;ussite du secondaire &#224; 85 % des &#233;l&#232;ves de moins de 20 ans. Mais en m&#234;me temps, les compressions budg&#233;taires et la concurrence entre les &#233;tablissements ont contribu&#233; &#224; une tendance inverse. En effet, ce taux de r&#233;ussite est pass&#233; de 73,7 % en 1995-1996 &#224; 65,8 % en 2002-2003&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jocelyn Berthelot, &#171; Une mauvaise passe pour l'&#233;cole publique &#187;, revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au post-secondaire, on demande aux c&#233;geps et aux universit&#233;s et &#224; leurs &#233;tudiantes et &#233;tudiants d'am&#233;liorer leur &#171; performance &#187; tout en r&#233;duisant leurs ressources, notamment avec la r&#233;cente coupure de 103 millions $ dans le r&#233;gime d'aide financi&#232;re et l'introduction du remboursement proportionnel au revenu (plus on est pauvre, plus on paie&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance actuelle est ax&#233;e sur la privatisation, l'&#233;ducation &#233;tant pr&#233;sent&#233;e comme un investissement &#233;conomique individuel. Les belles valeurs humanistes et d&#233;mocratiques du rapport Parent semblent bien loin des pr&#233;occupations des r&#233;cents gouvernements. Il appartient au mouvement syndical, au mouvement &#233;tudiant et &#224; la gauche de remettre ces id&#233;es sur le devant de la sc&#232;ne et de reprendre l'offensive.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Linteau, Durocher, Robert, Ricard, &lt;i&gt;Histoire du Qu&#233;bec contemporain : Le Qu&#233;bec depuis 1930&lt;/i&gt;, Bor&#233;al, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre B&#233;langer, &lt;i&gt;Le mouvement &#233;tudiant qu&#233;b&#233;cois : son pass&#233;, ses revendications et ses luttes&lt;/i&gt;, ANEEQ, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jocelyn Berthelot, &#171; Une mauvaise passe pour l'&#233;cole publique &#187;, revue &lt;i&gt;Options&lt;/i&gt;, no 23, CSQ, hiver 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Benoit Renaud&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La vraie contre-r&#233;forme de l'&#233;ducation</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-vraie-contre-reforme-de-l</link>
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		<dc:date>2008-07-18T15:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard Rioux</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Rioux, Bernard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Trente ans apr&#232;s la Commission Parent, le consensus qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; autour de cette r&#233;forme s'est peu &#224; peu effondr&#233;, comme l'ont d&#233;montr&#233; les consultations autour des &#201;tats g&#233;n&#233;raux, men&#233;es en 1996. &lt;br class='autobr' /&gt; Un courant progressiste, dont le mouvement syndical de l'&#233;ducation &#233;tait la colonne vert&#233;brale, d&#233;sirait approfondir l'accessibilit&#233; par la consolidation de l'&#233;cole publique et faire un pas vers une soci&#233;t&#233; plus &#233;galitaire et plus ouverte &#224; la diversit&#233;. Plusieurs positions &#233;taient avanc&#233;es, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-La-reforme-en-education-" rel="directory"&gt;Dossier : La &#171; r&#233;forme &#187; en &#233;ducation entre le p&#233;dagogique et le politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Rioux-Bernard-+" rel="tag"&gt;Rioux, Bernard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Trente ans apr&#232;s la Commission Parent, le consensus qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; autour de cette r&#233;forme s'est peu &#224; peu effondr&#233;, comme l'ont d&#233;montr&#233; les consultations autour des &#201;tats g&#233;n&#233;raux, men&#233;es en 1996.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un courant progressiste, dont le mouvement syndical de l'&#233;ducation &#233;tait la colonne vert&#233;brale, d&#233;sirait approfondir l'accessibilit&#233; par la consolidation de l'&#233;cole publique et faire un pas vers une soci&#233;t&#233; plus &#233;galitaire et plus ouverte &#224; la diversit&#233;. Plusieurs positions &#233;taient avanc&#233;es, comme l'importance d'une gratuit&#233; r&#233;elle, de la lutte au d&#233;crochage et de l'attention envers les enfants des milieux d&#233;favoris&#233;s. De plus, on pr&#244;nait le maintien de la double mission des c&#233;geps et de la mission d'enseignement des universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les secteurs li&#233;s au patronat exigeaient que l'&#233;cole (de la formation secondaire &#224; l'universit&#233;) soit plus d&#233;centralis&#233;e pour favoriser l'adaptation aux besoins des entreprises. De plus, le patronat demandait de pr&#233;server l'&#233;cole priv&#233;e au nom de l'excellence et la possibilit&#233; de former les &#233;lites de demain. Pour les universit&#233;s, le patronat mettait l'accent sur la recherche et son transfert vers les entreprises alors qu'on remettait en question les c&#233;geps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des &#201;tats g&#233;n&#233;raux &#224; la contre-r&#233;forme du PQ&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans son rapport final, la Commission des &#201;tats g&#233;n&#233;raux sur l'&#233;ducation parlait, pour sa part, de &#171; &lt;i&gt;remettre l'&#233;cole sur ses rails en mati&#232;re d'&#233;galit&#233; des chances&lt;/i&gt; &#187;. On ajoutait qu'il fallait &#171; &lt;i&gt;accorder la priorit&#233; &#224; la relance de l'&#233;cole publique en d&#233;clarant un moratoire sur l'ouverture d'&#233;tablissements priv&#233;s et en diminuant progressivement les subventions accord&#233;es &#224; ce r&#233;seau&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une victoire des progressistes aux &#201;tats g&#233;n&#233;raux en 1996 s'est transform&#233;e en R&#233;forme n&#233;olib&#233;rale par d&#233;cision du gouvernement p&#233;quiste en 1997, sous la direction de Pauline Marois. Ainsi, contrairement &#224; ce qui est compris dans par une partie importante du personnel de l'&#233;ducation, des syndicalistes et des chercheurs, la &#171; r&#233;forme du curriculum &#187; et l'approche par comp&#233;tence, ne sont pas le c&#339;ur de ce qui est appel&#233; la &#171; R&#233;forme &#187;. Li&#233;e &#224; la politique de d&#233;ficit z&#233;ro, cette contre-r&#233;forme est la victoire des pressions patronales. Elle est bas&#233;e sur la croissance du secteur priv&#233; et la d&#233;gradation d'un secteur public segment&#233; par la mise en place de nombreuses fili&#232;res, la multiplication des projets s&#233;lectifs, le recul de l'accessibilit&#233; et de la diplomation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La croissance du priv&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Principal gagnant de la contre-r&#233;forme, le secteur priv&#233; s'est fortement consolid&#233; en augmentant de 10 % le nombre d'&#233;l&#232;ves (de familles plus ais&#233;es) depuis 1997-98 tandis que le secteur public diminuait de 6,4 %. Sur l'&#238;le de Montr&#233;al, c'est 30 % des &#233;l&#232;ves qui se retrouvent au priv&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;coles priv&#233;es qu&#233;b&#233;coises, les plus subventionn&#233;es en Am&#233;rique du Nord (50 % de financement contre 1 % en Ontario), ont profit&#233; d'une offensive id&#233;ologique men&#233;e par l'Institut &#233;conomique de Montr&#233;al, avec l'aide du magazine &lt;i&gt;L'Actualit&#233;&lt;/i&gt;. En effet, la parution annuelle du palmar&#232;s ne faisait que confirmer ce que nous savions : les &#233;coles avec les enfants de familles plus riches et plus scolaris&#233;es ont des r&#233;sultats plus &#233;lev&#233;s. Le classement pr&#233;sent&#233; dans le palmar&#232;s est loin de mesurer la capacit&#233; d'une &#233;cole &#224; am&#233;liorer les r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves au-dessus de leurs d&#233;terminants sociaux (au-dessus de la moyenne des &#233;l&#232;ves dans la m&#234;me situation socio-&#233;conomique). Il ne fait qu'envoyer le message que les &#233;coles publiques de pauvres sont mauvaises, que les &#233;coles priv&#233;es de riches sont meilleures et que nous devons y envoyer nos enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;forme au grand profit des &#233;coles priv&#233;es s&#233;lectives et payantes a un grave impact sur la qualit&#233; de l'&#233;cole publique. Pourtant, la mollesse du MEQ dans la d&#233;nonciation des palmar&#232;s a une certaine port&#233;e sur les objectifs du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;gradation de l'&#233;cole publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'application de la contre-r&#233;forme de l'&#233;ducation &#224; l'&#233;cole publique a &#233;t&#233; bas&#233;e sur une politique de coupures massives et de stratification par laquelle on a mis en place une &#233;cole &#224; deux vitesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;agir aux palmar&#232;s et aux pertes subies dans le domaine de l'&#233;cole priv&#233;e, les &#233;coles publiques ont fortement augment&#233; leur nombre de projets s&#233;lectifs. Bien que les programmes internationaux arts-&#233;tudes, sports-&#233;tudes et autres puissent &#234;tre stimulants sur le plan p&#233;dagogique, le probl&#232;me r&#233;side dans le fait qu'ils sont trop souvent s&#233;lectifs, donc discriminatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; sont int&#233;gr&#233;s brutalement, sans soutien &#224; cause des coupures, dans les classes r&#233;guli&#232;res. Ainsi, de 1995 &#224; 1997, la d&#233;pense globale en &#233;ducation par rapport au PIB est pass&#233;e de 8,7 % &#224; 7,6 %, une baisse de 12,6 % en deux ans. Le taux d'obtention d'un premier dipl&#244;me au secondaire avant l'&#226;ge de 20 ans, qui &#233;tait en hausse spectaculaire depuis la R&#233;forme Parent, est pass&#233; de 72,3 % en 1998-99 &#224; 65,8 % en 2002-2003, alors que les &#201;tats g&#233;n&#233;raux visaient 85 % pour 2010 ! Cette baisse de la diplomation, et la hausse du d&#233;crochage qui lui est li&#233;e, est particuli&#232;rement le r&#233;sultat de coupures dans les services aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve maintenant avec une &#233;cole &#224; deux vitesses : les forts dans les programmes s&#233;lectifs et au priv&#233;, et les autres en classe r&#233;guli&#232;re. Cette stratification et l'homog&#233;n&#233;isation des classes qui s'ensuit ne sont pas plus favorables &#224; la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves les plus performants, tout en d&#233;savantageant grandement les &#233;l&#232;ves plus faibles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Former de la main-d'oeuvre sur mesure pour les entreprises&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui l'&#233;cole, sous les conseils de l'OCDE et des groupes de pression patronaux, vise avant tout &#224; d&#233;velopper les comp&#233;tences des jeunes et des adultes pour les rendre aptes &#224; s'adapter au changement (flexibilit&#233;), et &#224; recevoir une &#171; &lt;i&gt;formation continue tout au long de leur vie&lt;/i&gt; &#187;. L'objectif est de d&#233;velopper des &#171; ressources humaines &#187; comp&#233;tentes et mall&#233;ables, comme l'&#233;crit Petrella, qui &#171; &lt;i&gt;sont organis&#233;es, g&#233;r&#233;es, valoris&#233;es, d&#233;class&#233;es, recycl&#233;es, abandonn&#233;es en fonction de leur utilit&#233; pour l'entreprise&lt;/i&gt; &#187;. L'id&#233;e de compr&#233;hension et de critique de la soci&#233;t&#233; et du monde dans lequel les jeunes et les adultes vivent est exclue de cette vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;aliser ces objectifs, on a d&#233;centralis&#233; les &#233;coles et on les a rapproch&#233;es des entreprises. On a aussi red&#233;fini le contenu m&#234;me de l'enseignement &#224; tous les niveaux pour les orienter vers les besoins en main-d'oeuvre. La multiplication des programmes courts aux secteurs professionnel et technique va dans ce sens. Ces formations courtes n'offrent plus l'apprentissage d'un m&#233;tier, mais des connaissances fragmentaires (telle machine, telle t&#226;che pr&#233;cise). Le MEQ pr&#233;voit mettre en place d&#232;s le secondaire III de nouveaux parcours de formation comme la &#171; formation g&#233;n&#233;rale appliqu&#233;e &#187; qui r&#233;duirait la formation commune d'une ann&#233;e, limitant ainsi les perspectives d'avenir des futurs travailleurs et travailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La logique des comp&#233;tences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est souvent per&#231;u comme le c&#339;ur de la R&#233;forme, soit l'application de l'approche par comp&#233;tences et la r&#233;&#233;criture des programmes au primaire et au secondaire, doit &#234;tre analys&#233; de fa&#231;on nuanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche par comp&#233;tences provient du secteur professionnel, de la formation de la main-d'&#339;uvre. Elle a ensuite &#233;t&#233; appliqu&#233;e dans le r&#233;seau coll&#233;gial puis, avec la contre-r&#233;forme, au primaire et elle est pr&#233;vue s'appliquer au secondaire &#224; partir de l'automne 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche par comp&#233;tences, mise sur pied sous l'impulsion de l'OCDE, consistait &#224; promouvoir l'adaptabilit&#233;, la facult&#233; de communiquer, le travail en &#233;quipe et l'initiative, qualit&#233;s essentielles pour les entreprises. Or, cette tendance correspond &#224; l'&#233;volution que conna&#238;t la p&#233;dagogie, qui pr&#233;f&#232;re apprendre aux &#233;l&#232;ves &#224; r&#233;fl&#233;chir et &#224; apprendre par eux-m&#234;mes plut&#244;t qu'&#224; apprendre par c&#339;ur une s&#233;rie de connaissances. Ainsi, les savoirs transmis doivent maintenant &#234;tre contextualis&#233;s et d&#233;boucher sur des savoir-faire. Les comp&#233;tences polyvalentes et sociales doivent permettre l'adaptabilit&#233; &#224; des situations mouvantes et un apprentissage tout au long de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve donc dans une situation paradoxale o&#249; une conception utilitariste des comp&#233;tences est appliqu&#233;e dans les secteurs pr&#232;s des entreprises (le professionnel et le technique en t&#234;te). Par contre, au primaire, une d&#233;finition tr&#232;s large des comp&#233;tences ne permet pas d'assimiler m&#233;caniquement l'application de l'approche par comp&#233;tences &#224; une d&#233;rive utilitariste, mais plut&#244;t &#224; la lutte entre cette vision et celle issue de la tradition progressiste et exp&#233;riment&#233;e au Qu&#233;bec dans le cadre des &#233;coles alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques perspectives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plus que le n&#233;cessaire et urgent besoin de refinancement de l'&#233;cole publique, c'est l'&#233;cole en entier qu'il faut repenser. Sur le plan structurel, il faut &#233;liminer le financement public de l'&#233;cole priv&#233;e tout comme la comp&#233;tition entre les &#233;coles et entre les coll&#232;ges. Le r&#233;seau public doit garantir un curriculum national et la seule d&#233;centralisation doit aller dans le sens de donner plus de pouvoir aux acteurs de l'&#233;cole, c'est-&#224;-dire les travailleurs et travailleuses et les &#233;tudiantes. Le r&#233;seau doit aussi &#234;tre la&#239;c et former aux savoirs et d&#233;velopper les capacit&#233;s de libre jugement et d'argumentation collective au d&#233;triment de la parole d'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;largir le droit &#224; l'&#233;ducation en visant un taux de diplomation pour le secondaire de 90 % et en augmentant la diplomation au niveau coll&#233;gial et universitaire. Il faut non seulement d&#233;fendre le DES comme une norme sociale mais porter &#224; dix-huit ans le seuil au-del&#224; duquel vient le temps de la sp&#233;cialisation. Le principe de l'&#233;ducabilit&#233; cognitive des &#233;l&#232;ves doit &#234;tre l'axe organisateur de la culture professionnelle des enseignants. La r&#233;elle gratuit&#233; et la lutte &#224; l'endettement &#233;tudiant doivent aussi &#234;tre respect&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole ne doit pas consid&#233;rer les &#233;l&#232;ves comme des ressources humaines &#224; d&#233;velopper pour l'entreprise, et s'enfermer dans la logique de l'employabilit&#233; imm&#233;diate qui emprisonne les jeunes dans des ghettos d'emplois. Dans ce sens, l'&#233;cole doit &#233;tablir des passerelles permettant le passage entre plusieurs orientations possibles. Une formation vraiment qualifiante fournira des moyens intellectuels g&#233;n&#233;raux de dominer son travail futur, quelles que soient les sp&#233;cialisations retenues. Nous devons aussi favoriser la reconnaissance nationale des dipl&#244;mes et non la reconnaissance par institution, et encore moins la soumission &#224; l'&#233;valuation individuelle des comp&#233;tences qui d&#233;termineraient les conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi donner comme mission &#224; l'&#233;ducation de favoriser le passage de la r&#233;signation &#224; l'action collective. Il faut alors miser sur la transmission d'une culture qui d&#233;montre qu'il existe des probl&#232;mes qui sont d'ordre social et des outils pour les aborder (&#339;uvres litt&#233;raires, artistiques, math&#233;matiques, technologiques, sportives). Il faut aussi s'affranchir de la p&#233;dagogie et de l'enseignement ax&#233;s sur un individualisme forcen&#233; pour plut&#244;t favoriser les aspects collectifs des &#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on ne peut imaginer aucun progr&#232;s &#233;ducatif si les travailleur-se-s de l'&#233;ducation n'ont pas les moyens mat&#233;riels, une charge de travail et une stabilit&#233; qui leur permettent d'offrir une &#233;ducation de qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les coupures massives dans l'&#233;ducation li&#233;es &#224; des baisses d'imp&#244;t des plus riches et des entreprises et doubl&#233;es d'une &#233;cole &#224; deux vitesses assujetties aux entreprises, voil&#224; la vraie contre-r&#233;forme mise en place par le PQ et poursuivie par le PLQ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions de l'application du non-redoublement de classes par les &#233;l&#232;ves, de la coll&#233;gialit&#233; (entre le personnel), du socio-constructivisme (comme th&#233;orie p&#233;dagogique), de la la&#239;cit&#233; sont parmi les sujets sur lesquels la gauche politique et sociale doit d&#233;velopper un discours plus pouss&#233;. C'est ce que nous esp&#233;rons vous pr&#233;senter dans des textes &#224; venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bernard Rioux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Doit-on s'y r&#233;signer ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Doit-on-s-y-resigner</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Doit-on-s-y-resigner</guid>
		<dc:date>2008-07-17T15:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Terrail, Jean-Pierre </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jean-Pierre Terrail est professeur &#224; l'Universit&#233; de Versailles-Saint-Quentin. L'Humanit&#233; a pr&#233;sent&#233; son dernier livre comme un ouvrage &#171; savant, foisonnant, bourr&#233; de r&#233;f&#233;rences insolites &#187; et son travail comme ouvrant &#171; des pistes neuves et d&#233;rangeantes &#187;. En fait, comme on va le constater, Terrail propose un substantiel et stimulant renouvellement de la question de l'in&#233;galit&#233; scolaire. &lt;br class='autobr' /&gt; Peut-on faire autrement que prendre acte du rejet du coll&#232;ge unique] par une majorit&#233; d'enseignants (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean-Pierre Terrail est professeur &#224; l'Universit&#233; de Versailles-Saint-Quentin. &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; a pr&#233;sent&#233; son dernier livre comme un ouvrage &#171; savant, foisonnant, bourr&#233; de r&#233;f&#233;rences insolites &#187; et son travail comme ouvrant &#171; des pistes neuves et d&#233;rangeantes &#187;. En fait, comme on va le constater, Terrail propose un substantiel et stimulant renouvellement de la question de l'in&#233;galit&#233; scolaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Peut-on faire autrement que prendre acte du rejet du coll&#232;ge unique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le coll&#232;ge unique a &#233;t&#233; mis en place en France en 1975. Il se propose (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;] par une majorit&#233; d'enseignants ? Qu'apr&#232;s quarante ans d'&#233;cole unique et de politiques de &#171; lutte contre l'&#233;chec scolaire &#187;, l'in&#233;galit&#233; des chances se maintienne &#224; un niveau inchang&#233; ne condamne-t-il pas tout espoir de d&#233;mocratisation scolaire ? C'est ce qu'admettent la plupart des solutions formul&#233;es par les politiques et les experts, que celles-ci penchent pour un retour &#224; une s&#233;lection pr&#233;coce des &#233;l&#232;ves ou plut&#244;t pour un &#233;largissement des missions du coll&#232;ge qui permettrait &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'y trouver leur place, m&#234;me s'ils sont en grande difficult&#233; dans les mati&#232;res fondamentales de la culture &#233;crite. Et c'est au fond ce que pensent bien des professionnels du syst&#232;me &#233;ducatif qui, tout en ayant envie de bien faire leur m&#233;tier, ne croient gu&#232;re que la situation puisse &#234;tre am&#233;lior&#233;e autrement qu'&#224; la marge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pessimisme s'autorise de justifications d'ordre moins souvent biologique qu'autrefois et qui invoquent, plus volontiers que l'in&#233;galit&#233; des aptitudes inn&#233;es, l'existence d'un &#171; handicap socioculturel &#187; peu surmontable : comment une soci&#233;t&#233; aussi in&#233;galitaire que la n&#244;tre, affect&#233;e qui plus est par une v&#233;ritable d&#233;sagr&#233;gation du tissu social, pourrait-elle se doter d'une &#233;cole &#233;galitaire ? L'argument est de bon sens, et peut s'&#233;tayer d'une diversit&#233; de recherches sociologiques qui, depuis les ann&#233;es 1960, ont solidement &#233;tabli l'in&#233;galit&#233; des ressources culturelles et langagi&#232;res dont disposent les publics accueillis par l'&#233;cole. Mais dire que les jeunes issus des milieux populaires sont moins bien pr&#233;par&#233;s &#224; r&#233;pondre aux exigences scolaires ne d&#233;montre en rien leur incapacit&#233; &#224; accomplir n&#233;anmoins une scolarit&#233; convenable. Or, c'est tr&#232;s loin d'&#234;tre le cas aujourd'hui : rappelons qu'au-del&#224; des 10 &#224; 15 % d'illettr&#233;s, un jeune sur deux se voit orient&#233; vers les voies courtes de l'enseignement professionnel ou technologique pour ma&#238;trise insuffisante de la langue et de la culture &#233;crites. &#201;taient-ils incapables, du fait de leur appartenance sociale, d'acc&#233;der &#224; une telle ma&#238;trise ? L'hypoth&#232;se n'est pas cr&#233;dible. Leur naissance ne les a pas emp&#234;ch&#233;s d'entrer dans le langage et donc d'acc&#233;der comme tout &#234;tre dou&#233; de la parole, quel que soit l'usage qu'il en fait, &#224; la capacit&#233; d'abstraction et de raisonnement logique qui est tout ce dont l'&#233;cole a besoin pour exercer son action &#233;ducative. La duret&#233; des temps, la d&#233;gradation des conditions d'existence, la violence des relations quotidiennes ne feraient-elles pas cependant obstacle &#224; l'usage normal de ces ressources ? Pour certains d'entre eux sans doute, on pourra parler &#224; leur &#233;gard d'enfants en difficult&#233; : mais le nombre des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; exc&#232;de aujourd'hui consid&#233;rablement le cercle de ces derniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masse des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; pourrait donc ne pas l'&#234;tre. Sont-ils en difficult&#233; parce qu'ils n'investissent pas suffisamment, par manque de motivation, l'activit&#233; intellectuelle ? Mais ils ne sont pas n&#233;s d&#233;motiv&#233;s, et ils ne l'&#233;taient toujours pas &#224; l'entr&#233;e de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire dont ils attendaient avec confiance qu'elle leur enseigne ces savoirs du lire-&#233;crire-compter qui permettraient de devenir grands. C'est l'exp&#233;rience douloureusement v&#233;cue d'une appropriation impossible des bases de la culture &#233;crite qui, entre le CP&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CP : Cours pr&#233;paratoire (l'&#233;quivalent de notre maternelle). [NDLR&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;] et le coll&#232;ge, les a conduits au d&#233;couragement ou au rejet de l'&#233;cole. Et ce sont les conditions proprement scolaires de ce ratage qu'il faut comprendre. Deux registres s'offrent &#224; cet &#233;gard &#224; l'examen.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier est celui de l'affectation in&#233;gale des ressources mat&#233;rielles, humaines et p&#233;dagogiques de l'institution scolaire. Les conditions g&#233;n&#233;rales de l'offre de formation tendent en effet &#224; s'ajuster &#224; la qualit&#233; sociale du public. La diversit&#233; de l'offre, la pr&#233;sence des meilleures fili&#232;res sont l'apanage des centres villes des grandes agglom&#233;rations ; la qualit&#233; des b&#226;timents, les taux d'encadrement professoral, la disposition des enseignants les plus exp&#233;riment&#233;s, sont tout autant &#224; l'avantage des beaux quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re in&#233;galitaire de l'&#233;cole unique tient &#233;galement &#224; la discrimination implicite, pas n&#233;cessairement tr&#232;s consciente, dont les jeunes d'origine populaire sont tendanciellement l'objet de la part des enseignants. Pr&#234;tant aux &#233;l&#232;ves des ressources intellectuelles personnelles et familiales mesur&#233;es &#224; la position de leur groupe d'appartenance dans la hi&#233;rarchie des rapports de classes, les enseignants seront tendanciellement plus g&#233;n&#233;reux, en mati&#232;re d'&#233;valuation et d'orientation, et &#224; valeur scolaire comparable, &#224; l'&#233;gard des &#171; h&#233;ritiers &#187;. Et cet &#233;tiquetage des &#233;l&#232;ves a des cons&#233;quences symboliques elles aussi tr&#232;s sensibles. Les int&#233;ress&#233;s ne manquent pas de percevoir les attentes des ma&#238;tres &#224; leur &#233;gard, et finissent par les int&#233;rioriser : gratifi&#233;s et motiv&#233;s si elles sont positives, ils sont d&#233;courag&#233;s dans le cas contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me forme de discrimination des publics scolaires concerne l'impact des processus d'&#233;tiquetage sur les pratiques d'enseignement elles-m&#234;mes, et la propension des enseignants &#224; adapter leur d&#233;marche p&#233;dagogique aux ressources de leurs &#233;l&#232;ves telles qu'ils les anticipent : face &#224; un public populaire, ou d'&#233;l&#232;ves r&#233;put&#233;s faibles (ce qui revient tendanciellement au m&#234;me), une grande majorit&#233; d'enseignants renoncent aux ambitions qu'ils auraient avec d'autres classes, acceptant de ne traiter qu'une partie du programme, qu'ils all&#232;gent de ses dimensions les plus th&#233;oriques en privil&#233;giant ses c&#244;t&#233;s les plus &#171; concrets &#187;, choisissant les m&#233;thodes d'expos&#233; les plus descriptives et empiriques, substituant l'exemple au concept, l'illustration &#224; la d&#233;monstration. P&#233;trie le cas &#233;ch&#233;ant des intentions les plus d&#233;mocratiques, cette adaptation anticip&#233;e aux capacit&#233;s intellectuelles pr&#233;sum&#233;es des &#233;l&#232;ves contribue activement elle aussi &#224; creuser les &#233;carts : on ne saurait autrement expliquer les effets tr&#232;s n&#233;gatifs pour les int&#233;ress&#233;s du regroupement des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; (ou simplement de valeur scolaire m&#233;diocre) dans des classes de &#171; niveau faible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants qui ne pratiquent pas cette adaptation par le bas obtiennent des r&#233;sultats sensiblement meilleurs avec les &#233;l&#232;ves d'origine populaire. Quoi qu'il en soit de tels &#171; effets-ma&#238;tres &#187;, et m&#234;me si la mesure statistique atteste leur caract&#232;re tr&#232;s significatif, il reste &#224; prendre en consid&#233;ration un second registre d'investigation. Qu'ils soient individuellement plus ou moins efficaces, les enseignants travaillent dans des conditions communes, qui ne d&#233;pendent pas d'eux mais qui sont d&#233;finies par l'institution scolaire. Leur activit&#233; dans la classe est pilot&#233;e &#224; distance par des dispositifs de scolarisation de masse (instructions officielles, programmes, contenus d'examen ou &#233;preuves d'&#233;valuation, manuels disponibles, consignes de l'inspection, formation assur&#233;e dans les IUFM&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;IUFM : Institut Universitaire de Formation de Ma&#238;tres. C'est essentiellement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;], etc.) qui ont une pertinence et une efficacit&#233; propres. Il importe donc d'interroger les principes qui inspirent ces dispositifs, dont l'impact est tr&#232;s certainement essentiel. Aucune r&#233;flexion sur la persistance de l'&#233;chec de masse au long des quatre d&#233;cennies d'&#233;cole unique ne peut en faire abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dispositifs de scolarisation &#233;labor&#233;s au fil des quatre d&#233;cennies d'&#233;cole unique ont largement puis&#233; dans l'arsenal du pu&#233;rocentrisme et des p&#233;dagogies non directives. C'est l'enseignement primaire qui s'en est trouv&#233; le plus fortement boulevers&#233;. Or, les premi&#232;res ann&#233;es jouent un r&#244;le d&#233;cisif dans le parcours des &#233;l&#232;ves : c'est l&#224; que se jouent, pour l'essentiel, l'&#233;chec ou la r&#233;ussite ult&#233;rieurs. On ne saurait donc faire l'&#233;conomie, pour peu que l'on ait le moindre souci de la d&#233;mocratie scolaire, d'un examen sans tabous des effets r&#233;els des p&#233;dagogies &#171; actives &#187;, &#171; douces &#187; et &#171; concr&#232;tes &#187; qui sont aujourd'hui incontest&#233;es dans notre &#233;cole &#233;l&#233;mentaire. Simplification, figuration, contextualisation des savoirs en constituent les ma&#238;tres mots, et justifient d'une mani&#232;re ou d'une autre les reculs consid&#233;rables dans l'enseignement de la grammaire, la valorisation des pr&#233;ceptes de la m&#233;thode globale d'apprentissage de la lecture, le choix de p&#233;dagogies concr&#232;tes et ludiques en math&#233;matiques. Ces dispositifs de la p&#233;dagogie de masse ne font-ils pas bon march&#233;, en r&#233;alit&#233;, des exigences d'une v&#233;ritable entr&#233;e dans les savoirs savants ? Sans grammaire, en effet, il n'y a pas de maniement quelque peu ma&#238;tris&#233; de la langue &#233;crite ; l'absence de rigueur dans l'apprentissage du d&#233;codage grapho-phonologique ouvre la porte &#224; toutes les dyslexies ; sans attention pr&#233;cise &#224; la mat&#233;rialit&#233; du texte &#233;crit, c'est l'acc&#232;s au sens qui se d&#233;robe ; sans introduction aux id&#233;alit&#233;s math&#233;matiques (introduction que les exercices de &#171; math&#233;matiques en situation &#187; s'av&#232;rent, &#224; l'analyse, incapables d'assurer), il n'y a gu&#232;re d'avenir pour les &#233;l&#232;ves dans cette discipline. Face &#224; ces formes de la scolarisation de masse, les &#233;l&#232;ves d'origine populaire sont doublement p&#233;nalis&#233;s : parce qu'ils ont particuli&#232;rement besoin d'une transmission explicite des codes de base et des rep&#232;res th&#233;oriques essentiels (par exemple en grammaire), que les autres ont davantage pr&#233;-int&#233;gr&#233; dans leurs habitudes mentales ; et parce qu'ils ne disposent pas chez eux de l'aide qui leur permettrait de surmonter les difficult&#233;s sp&#233;cifiquement suscit&#233;es par ces p&#233;dagogies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, l'espace qui pourrait &#234;tre ouvert &#224; une relance de la d&#233;mocratisation scolaire par la transformation des dispositifs institutionnels et des pratiques enseignantes est tout sauf n&#233;gligeable. L'entreprise est ambitieuse par les bouleversements qu'elle suppose, et elle n'a pas que des partisans, les in&#233;galit&#233;s scolaires jouant aujourd'hui un r&#244;le de premier plan dans la l&#233;gitimation des in&#233;galit&#233;s sociales. Mais elle int&#233;resse la grande majorit&#233; de la population, qui attend toujours que le droit de chacun aux savoirs et &#224; la formation, dont l'&#233;cole unique pose le principe, prenne enfin corps. Et elle peut esp&#233;rer b&#233;n&#233;ficier de la collaboration active de nombreux enseignants, dont elle rendrait les conditions de travail beaucoup plus satisfaisantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le coll&#232;ge unique a &#233;t&#233; mis en place en France en 1975. Il se propose d'accueillir, dans un m&#234;me type d'&#233;tablissement, tous les &#233;l&#232;ves de la 6e (qui &#233;quivaut &#224; notre secondaire I) &#224; la 3e (notre secondaire IV) et de leur offrir un enseignement identique. Sa cr&#233;ation participait d'une volont&#233; d'&#233;largir et de d&#233;mocratiser l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation. [NDLR&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CP : Cours pr&#233;paratoire (l'&#233;quivalent de notre maternelle). [NDLR&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;IUFM : Institut Universitaire de Formation de Ma&#238;tres. C'est essentiellement l'&#233;quivalent en France de nos Facult&#233;s de sciences de l'&#233;ducation. [NDLR&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Terrail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Universit&#233; de Versailles-Saint-Quentin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les bonnes vieilles m&#233;thodes peuvent &#234;tre progressistes</title>
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		<dc:date>2008-07-16T15:12:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Normand Baillargeon</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Baillargeon, Normand </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; un regard press&#233;, tout para&#238;t tr&#232;s simple en &#233;ducation puisque les protagonistes se laissent commod&#233;ment partager selon une fronti&#232;re &#233;tanche qui permet de situer d'un c&#244;t&#233; des progressistes, de l'autre des traditionnalistes. Les premiers seraient les champions d'une p&#233;dagogie centr&#233;e sur l'enfant, aussi respectueuse de ses besoins, de son exp&#233;rience et de ses int&#233;r&#234;ts que soucieuse de s'adresser &#224; lui dans sa globalit&#233; : ici, l'&#233;l&#232;ve construit ses savoirs en allant de stimulantes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-La-reforme-en-education-" rel="directory"&gt;Dossier : La &#171; r&#233;forme &#187; en &#233;ducation entre le p&#233;dagogique et le politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Baillargeon-Normand-+" rel="tag"&gt;Baillargeon, Normand &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; un regard press&#233;, tout para&#238;t tr&#232;s simple en &#233;ducation puisque les protagonistes se laissent commod&#233;ment partager selon une fronti&#232;re &#233;tanche qui permet de situer d'un c&#244;t&#233; des progressistes, de l'autre des traditionnalistes. Les premiers seraient les champions d'une p&#233;dagogie centr&#233;e sur l'enfant, aussi respectueuse de ses besoins, de son exp&#233;rience et de ses int&#233;r&#234;ts que soucieuse de s'adresser &#224; lui dans sa globalit&#233; : ici, l'&#233;l&#232;ve construit ses savoirs en allant de stimulantes d&#233;couvertes en passionnants projets. Sur le plan politique, ces progressistes se donnent volontiers pour la seule l&#233;gitime incarnation de la gauche en &#233;ducation : porte-flambeaux de la d&#233;mocratie, de l'&#233;galit&#233; des chances, du respect de l'identit&#233; (notamment culturelle) de chacun, ils seraient les d&#233;fenseurs d'une vision de l'&#233;ducation qui seule assurerait la pr&#233;paration de citoyens critiques. Les deuxi&#232;mes d&#233;fendraient au contraire une &#233;ducation v&#233;tuste, pr&#244;nant une rebutante et inefficace p&#233;dagogie de l'instruction, de l'exercice et de la r&#233;p&#233;tition, incapable de susciter l'int&#233;r&#234;t et devant s'imposer d'autorit&#233; &#224; l'enfant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sit&#244;t pareil axiome pos&#233; &#8211; et il s'agit probablement aujourd'hui du lieu commun le plus r&#233;pandu en &#233;ducation &#8211; tous les d&#233;bats sont d'embl&#233;e r&#233;solus. Mais c'est infiniment trop simple et il s'agit ici d'un faux dilemme qu'il faut refuser de toutes nos forces en prenant le temps d'examiner soigneusement ce dont il est question, sans se laisser engourdir par ces slogans aussi pompeux que vides qui abondent en &#233;ducation. Si on se livre &#224; cet examen, on trouve de s&#233;rieuses raisons de conclure que les progressistes ne sont pas n&#233;cessairement ceux-l&#224; qui clament l'&#234;tre : Arendt sugg&#233;rait en ce sens qu'&#224; d&#233;faut d'&#234;tre conservatrice l'&#233;ducation est condamn&#233;e &#224; &#234;tre r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les recherches men&#233;es sur les m&#233;thodes p&#233;dagogiques le montrent &#224; merveille. Elles convergent en effet massivement pour inviter &#224; conclure que sur tous les plans les m&#233;thodes traditionnelles sont pr&#233;f&#233;rables, surtout pour les plus d&#233;munis culturellement. La recherche montre encore que certaines des m&#233;thodes progressistes ont eu, cette fois encore notamment sur les plus d&#233;munis, des impacts catastrophiques &#8211; et en particulier pour l'apprentissage des savoirs de base : lecture, &#233;criture, math&#233;matiques. Dressant un imposant bilan des r&#233;sultats de ces recherches, Jeanne S. Chall &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;La principale conclusion&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;est qu'une approche traditionnelle de l'enseignement, centr&#233;e sur l'enseignant plut&#244;t que sur l'enfant, r&#233;sulte g&#233;n&#233;ralement en des r&#233;sultats acad&#233;miques sup&#233;rieurs &#224; ceux d'une approche progressiste&lt;/i&gt; &#187;. Toutes les recherches cr&#233;dibles convergent vers cette conclusion, avec une constance dont il y a peu d'exemples dans toutes les sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet &lt;i&gt;Follow Through&lt;/i&gt;, scandaleusement peu connu, est une pi&#232;ce importante de l'argumentaire des traditionnalistes. Ce projet est une des plus s&#233;rieuses, des plus longues et des plus co&#251;teuses exp&#233;rimentations jamais r&#233;alis&#233;es en sciences sociales. Des cohortes d'enfants ont &#233;t&#233; suivis des ann&#233;es durant et on a syst&#233;matiquement compar&#233; plusieurs m&#233;thodes p&#233;dagogiques. Or une m&#233;thode traditionnelle, Direct Instruction, a remport&#233; la palme haut la main, sur toutes ses concurrentes progressistes et sur toutes les variables mesur&#233;es, y compris en ce qui concerne l'estime de soi et d'autres dimensions affectives dont il faut d&#232;s lors conclure qu'elles tiennent d'abord et avant tout &#224; l'apprentissage de savoirs. Cette m&#233;thode s'est en outre av&#233;r&#233;e tout particuli&#232;rement efficace avec les enfants des milieux d&#233;favoris&#233;s, lesquels, notons-le, n'ont pas ce luxe des familles culturellement et &#233;conomiquement favoris&#233;es de pouvoir trouver hors de l'&#233;cole ce que celle-ci ne dispense plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette recherche &#8211; et de nombreuses autres &#8211; contredit litt&#233;ralement les fondements de l'actuelle r&#233;forme en &#233;ducation. Il est terrible que leurs conclusions ne soient pas plus connues et discut&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que le conservatisme p&#233;dagogique, loin d'&#234;tre nuisible au radicalisme politique, en soit au contraire la pr&#233;-condition, a &#233;t&#233; d&#233;fendue par plus d'un radical. Elle alimentait la vision de l'&#233;ducation des Lumi&#232;res, &#233;tait centrale chez Hannah Arendt et alimente aujourd'hui encore la r&#233;flexion de bien des gens. Gramsci en a donn&#233; une formulation exemplaire : &#171; &lt;i&gt;Auparavant, les &#233;l&#232;ves acqu&#233;raient au moins un certain bagage de faits concrets. D&#233;sormais, il n'y aura m&#234;me plus un tel bagage &#224; metre en ordre.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;L'aspect le plus paradoxal de tout cela est que ce nouveau type d'&#233;cole est pr&#233;sent&#233; comme d&#233;mocratique alors qu'en fait il conduit &#224; non seulement perp&#233;tuer mais aussi &#224; cristalliser les in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Cahiers de prison&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plus. La perspective d'un centrement de l'&#233;cole sur la transmission de savoirs fondamentaux a encore pour elle le grand avantage de constituer un pr&#233;cieux garde-fou contre la pente de l'endoctrinement sur laquelle, bien involontairement peut-&#234;tre, une &#233;cole p&#233;dagogiquement progressiste est particuli&#232;rement encline &#224; glisser dans sa volont&#233; d'&#233;duquer tout l'enfant et donc d'enseigner des attitudes, des comp&#233;tences, des valeurs et &lt;i&gt;tutti quanti&lt;/i&gt;. On se retrouve alors avec ce paradoxe qu'une &#233;cole embrassant des id&#233;aux progressistes puisse aussi facilement &#234;tre mise au service d'une double instrumentalisation, &#233;conomique et politique, de l'&#233;ducation. Le concept de comp&#233;tence et l'id&#233;e de formation &#224; l'entrepreneurship nous fournissent un exemple de la premi&#232;re ; les formations &#224; la citoyennet&#233;, &#224; l'environnement et &lt;i&gt;tutti quanti&lt;/i&gt; de la deuxi&#232;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Normand Baillargeon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'enseignement en milieu d&#233;favoris&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-enseignement-en-milieu</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/L-enseignement-en-milieu</guid>
		<dc:date>2008-07-15T15:18:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Cadotte</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Cadotte, Robert </dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Selon le minist&#232;re de l'&#201;ducation, Montr&#233;al poss&#232;de la plus forte concentration d'&#233;l&#232;ves pauvres au Qu&#233;bec. C'est alors que j'&#233;tais commissaire du quartier Hochelaga-Maisonneuve que m'est apparue de plus en plus clairement l'urgence d'intervenir aupr&#232;s des futurs enseignantes pour mieux les pr&#233;parer &#224; travailler dans les milieux pauvres. Une intervention au niveau de la formation des ma&#238;tresses est d'autant plus urgente, qu'au cours des ann&#233;es qui viennent, les &#233;coles qu&#233;b&#233;coises assisteront (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-La-reforme-en-education-" rel="directory"&gt;Dossier : La &#171; r&#233;forme &#187; en &#233;ducation entre le p&#233;dagogique et le politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cadotte-Robert-+" rel="tag"&gt;Cadotte, Robert &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Inegalites-et-pauvrete-+" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Selon le minist&#232;re de l'&#201;ducation, Montr&#233;al poss&#232;de la plus forte concentration d'&#233;l&#232;ves pauvres au Qu&#233;bec. C'est alors que j'&#233;tais commissaire du quartier Hochelaga-Maisonneuve que m'est apparue de plus en plus clairement l'urgence d'intervenir aupr&#232;s des futurs enseignantes pour mieux les pr&#233;parer &#224; travailler dans les milieux pauvres. Une intervention au niveau de la formation des ma&#238;tresses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le f&#233;minin a ici valeur d'&#233;pic&#232;ne. Pour vous &#233;viter de regarder dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est d'autant plus urgente, qu'au cours des ann&#233;es qui viennent, les &#233;coles qu&#233;b&#233;coises assisteront &#224; un important renouvellement de leur personnel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une meilleure formation concernant les milieux pauvres permettrait de diminuer en bonne partie le d&#233;crochage de plusieurs jeunes enseignantes qui commencent souvent leur carri&#232;re dans les &#233;coles les plus difficiles. Ce d&#233;crochage prend deux formes. Parfois, elles quittent d&#233;finitivement l'enseignement apr&#232;s quelques ann&#233;es, voire quelques mois ; mais la plupart du temps, elles migrent vers des quartiers moins difficiles. On se retrouve donc souvent avec les professeures les moins exp&#233;riment&#233;es dans les &#233;coles les plus difficiles. Cette situation plaide pour une am&#233;lioration importante de la formation des enseignantes qui se retrouveront dans les &#233;coles des quartiers pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les carences dans la formation ne portent pas sur les habilet&#233;s professionnelles pour enseigner les math&#233;matiques ou le fran&#231;ais. Elles portent sur la m&#233;connaissance des familles pauvres et des milieux dans lesquels vivent ces familles, incluant bien s&#251;r les causes qui expliquent la pauvret&#233;. Cette m&#233;connaissance comporte trois volets : m&#233;connaissance des habitudes de vie et de la culture des familles, m&#233;connaissance des quartiers o&#249; habitent les enfants et m&#233;connaissance des groupes communautaires qui y oeuvrent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Meilleure connaissance des familles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les futures enseignantes proviennent en quasi-totalit&#233; de milieux moyens ou ais&#233;s. Il n'est donc pas surprenant qu'elles connaissent peu la mentalit&#233;, la culture, les habitudes de vie et la r&#233;alit&#233; &#233;conomique des familles pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus frappant de cette m&#233;connaissance est la r&#233;action qu'elles ont souvent quand elles se font agresser verbalement par un parent, g&#233;n&#233;ralement la m&#232;re. Elles interpr&#232;tent habituellement cette violence verbale comme une agression personnelle et font souvent appel au contentieux de la commission scolaire pour se d&#233;fendre. Il suffit pourtant, la plupart du temps, d'&#233;couter la m&#232;re pendant quinze minutes pour qu'elle se mette &#224; pleurer en racontant qu'elle est d&#233;pass&#233;e par sa situation, qu'elle n'arrive pas &#224; se faire ob&#233;ir de son enfant, que le mari est parti, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;connaissance se manifeste dans plusieurs domaines. Par exemple, les futures enseignantes ignorent souvent les &#233;normes probl&#232;mes de sant&#233; qui confrontent les familles d&#233;favoris&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; esp&#233;rance de vie moins &#233;lev&#233;e d'une dizaine d'ann&#233;e dans les quartiers pauvres par rapport aux quartiers les plus riches de l'&#206;le ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ob&#233;sit&#233; plus fr&#233;quente et habitudes alimentaires d&#233;sastreuses ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; taux de suicide plus &#233;lev&#233;, indiquant ainsi le plus grand d&#233;sespoir de ces familles ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; consommation de tabac et de drogues dangereuses (comme le crack) plus &#233;lev&#233;e ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; exercice physique moins valoris&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; grossesses &#224; l'adolescence beaucoup plus fr&#233;quentes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas que les habitudes de vie qui sont m&#233;connues. La culture des enseignantes est &#233;galement tr&#232;s &#233;loign&#233;e de celle des familles pauvres. Les sondages que nous avons effectu&#233;s aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves nous montrent, par exemple, que les familles pauvres consomment beaucoup plus de films qui incitent &#224; la violence et &#224; la conduite dangereuse que les milieux plus &#233;duqu&#233;s. Il est donc important pour les enseignantes de conna&#238;tre le cin&#233;ma consomm&#233; par leurs &#233;l&#232;ves. C'est l&#224; que les enfants puisent leurs h&#233;ros et leurs h&#233;ro&#239;nes, les mod&#232;les auxquels ils veulent ressembler. Comment intervenir aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves si l'on ne conna&#238;t pas leurs r&#234;ves et leurs d&#233;sirs ? Encore ici, nos sondages montrent que tr&#232;s peu d'enseignantes connaissent la culture r&#233;elle consomm&#233;e par les enfants, ce qui constitue un handicap majeur si l'on veut faire &#233;voluer l'image du monde que se font les enfants. Cette vision du monde est pourtant l'une des causes principales de l'&#233;chec scolaire de certains enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hiatus entre la culture des enseignantes et celles des familles d&#233;favoris&#233;es s'&#233;tend &#233;galement &#224; bien d'autres domaines. On pense &#224; la vision que les enfants ont du travail ; &#224; la valorisation que l'&#233;cole fait de l'universit&#233; au d&#233;triment de la valorisation des m&#233;tiers ; &#224; la plus grande pr&#233;sence de la pens&#233;e magique qui am&#232;ne les gens &#224; aborder la vie de fa&#231;on irr&#233;aliste (en pensant, par exemple, qu'ils vont devenir millionnaires en achetant beaucoup de billets de loterie).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Meilleure connaissance des quartiers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2005, tr&#232;s peu d'enseignantes habitent le quartier de leur &#233;cole, cela contrairement aux ann&#233;es 60. Il n'est donc pas surprenant de constater que les profs connaissent peu le quartier o&#249; elles enseignent. La cons&#233;quence la plus imm&#233;diate est que l'am&#233;lioration de la qualit&#233; de vie du quartier n'est pas une priorit&#233; pour la plupart d'entre elles. Elles ne vivent pas les cons&#233;quences d'un quartier vandalis&#233;, graffit&#233;, mal entretenu&#8230; sinon quand elles sont &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut que les jeunes prennent en charge le quartier o&#249; ils habitent, on voit donc l'importance de leur faire appr&#233;cier la beaut&#233; et l'int&#233;r&#234;t de ce qui les entoure. Les futures profs ne sont manifestement pas &#233;quip&#233;es pour faire cela.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Meilleure connaissance des groupes communautaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De nombreux groupes communautaires &#339;uvrent dans les quartiers d&#233;favoris&#233;s et y jouent un r&#244;le essentiel. Cela fait maintenant l'unanimit&#233; qu'il est n&#233;cessaire pour l'&#233;cole de coordonner ses actions avec celles de l'ensemble de ces organismes. La t&#226;che est cependant difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des principales causes de cette difficult&#233; est le manque de connaissances des enseignantes &#224; l'&#233;gard de ces groupes et de l'apport positif qu'ils peuvent fournir &#224; l'&#233;cole. La formation offerte par l'universit&#233; pourrait aider grandement &#224; modifier ces attitudes de m&#233;fiance spontan&#233;e de la part des futures enseignantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le f&#233;minin a ici valeur d'&#233;pic&#232;ne. Pour vous &#233;viter de regarder dans le dictionnaire, cela veut dire que, pour all&#233;ger le texte, nous utiliserons le f&#233;minin, incluant par le fait m&#234;me le masculin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Robert Cadotte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centre de formation sur l'enseignement en milieux d&#233;favoris&#233;s de l'UQAM&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mis&#232;re du constructivisme</title>
		<link>https://www.ababord.org/Misere-du-constructivisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Misere-du-constructivisme</guid>
		<dc:date>2008-07-14T15:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Normand Baillargeon</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Baillargeon, Normand </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De l'infinie vari&#233;t&#233; des exp&#233;riences, valeurs, habilet&#233;s et savoirs humains, que faut-il enseigner &#224; l'&#233;cole ? Cette question est celle du curriculum et on devine &#224; quel point elle est complexe &#8211; Que retenir ? Pourquoi ? &#8211; et &#233;minemment politique &#8211; Qui d&#233;cidera des r&#233;ponses ? &lt;br class='autobr' /&gt; Une r&#233;ponse, d'inspiration platonicienne, a largement domin&#233; non toujours la pratique mais du moins la th&#233;orie de l'&#233;ducation : l'&#233;ducation doit initier &#224; des formes de savoirs &#8211; math&#233;matiques, sciences humaines et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Baillargeon-Normand-+" rel="tag"&gt;Baillargeon, Normand &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton86.gif?1642092276' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;340&#034; height=&#034;378&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De l'infinie vari&#233;t&#233; des exp&#233;riences, valeurs, habilet&#233;s et savoirs humains, que faut-il enseigner &#224; l'&#233;cole ? Cette question est celle du curriculum et on devine &#224; quel point elle est complexe &#8211; Que retenir ? Pourquoi ? &#8211; et &#233;minemment politique &#8211; Qui d&#233;cidera des r&#233;ponses ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une r&#233;ponse, d'inspiration platonicienne, a largement domin&#233; non toujours la pratique mais du moins la th&#233;orie de l'&#233;ducation : l'&#233;ducation doit initier &#224; des formes de savoirs &#8211; math&#233;matiques, sciences humaines et naturelles, histoire, art et litt&#233;rature, morale et religion, philosophie &#8211; distinctes par les concepts et modes de validation qu'elles mettent en oeuvre. &#192; travers elles l'esprit est form&#233;, rendu autonome et habilet&#233; &#224; entrer dans un rapport critique au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique du Nord, toutefois, depuis quelque deux d&#233;cennies, nos r&#233;ponses &#224; la question du curriculum sont largement structur&#233;es par le constructivisme, qui est probablement le courant de pens&#233;e actuellement dominant en &#233;ducation. La r&#233;forme qu&#233;b&#233;coise en a d'ailleurs fait, &#224; c&#244;t&#233; de l'approche par comp&#233;tences et de la p&#233;dagogie des projets, un de ses piliers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le constructivisme se pr&#233;sente comme une &#233;pist&#233;mologie, c'est-&#224;-dire une th&#233;orie de la science, en m&#234;me temps que, plus largement, comme une th&#233;orie voire une psychologie de la connaissance. Son point de d&#233;part est que le r&#233;el n'existe pas ind&#233;pendamment de nos repr&#233;sentations et que conna&#238;tre, d&#232;s lors, c'est construire (soit essentiellement seul, soit collectivement, selon la vari&#233;t&#233; de constructivisme consid&#233;r&#233;) des repr&#233;sentations entre lesquelles il ne saurait y avoir de hi&#233;rarchies. Ce rejet du r&#233;alisme ext&#233;rieur et le relativisme qui l'accompagne sont des th&#232;ses extraordinairement lourdes de cons&#233;quences, &#224; la fois sur ce qui est enseign&#233; et sur les moyens de le faire. L'&#233;ducation devient tout autre d&#232;s lors qu'il n'y a plus de r&#233;el existant ind&#233;pendamment de nos repr&#233;sentations, d&#232;s lors que la physique, par exemple, n'est qu'un discours parmi d'autres, et d&#232;s lors que toutes les repr&#233;sentations viables (?) se valent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait facilement montrer que ces th&#232;ses, qui frappent au c&#339;ur de la rationalit&#233; et de l'id&#233;e traditionnelle d'&#233;ducation, sont simplement ignor&#233;es ou tenues pour aberrantes par l'immense majorit&#233; des philosophes et des &#233;pist&#233;mologues. Voici &#224; titre d'exemple le jugement de W. A. Suchting sur la version radicale du constructivisme &#8211; celle que nous avons adopt&#233;e au Qu&#233;bec. Il le d&#233;clare &#234;tre pour une bonne part inintelligible ; assure que les id&#233;es intelligibles sont confuses ; qu'il n'y a pas l'ombre d'un argument permettant de d&#233;cider de quoi au juste il est v&#233;ritablement question et conclut : &#171; [...] &lt;i&gt;certains mots et combinaisons de mots sont r&#233;p&#233;t&#233;s comme des mantras et si cette mani&#232;re de faire peut procurer &#224; certaines personnes&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;le sentiment qu'elles ont &#233;t&#233; &#233;clair&#233;es sans avoir eu &#224; fournir le difficile effort intellectuel que cela demande, ce sentiment s'&#233;vapore presque immanquablement sit&#244;t que l'on plonge la t&#234;te dans les eaux glac&#233;es de l'interrogation critique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dira-t-on, cela conduit peut-&#234;tre &#224; de saines prescriptions p&#233;dagogiques ? H&#233;las ! Toutes les recherches convergent pour penser le contraire [voir, ici m&#234;me, le texte de Manon B. Gaillard]. Que des ma&#238;tres, ad&#233;quatement form&#233;s &#224; des savoirs fondamentaux, aient pour t&#226;che d'en faire la pr&#233;sentation ordonn&#233;e et progressive &#224; des non-initi&#233;s et de s'assurer de ce qu'ils l'ont assimil&#233;e, tout cela devient vite une h&#233;r&#233;sie &#224; qui adh&#232;re aux conceptions constructivistes. Ce qui est au demeurant bien commode et tout &#224; fait bienvenu dans le milieu d'une infinie mollesse acad&#233;mique des sciences de l'&#233;ducation : on n'a pas &#224; ma&#238;triser de savoirs pour enseigner, pas &#224; se pr&#233;occuper d'instruction et de design p&#233;dagogique, pas &#224; faire de recherche syst&#233;matique sur tout cela. Dans le &lt;i&gt;Guide de l'enseignant&lt;/i&gt; de la collection &lt;i&gt;MathLand&lt;/i&gt;, on lit ceci : &#171; &lt;i&gt;Question : Comment les enseignants devraient-ils aborder ce module s'ils se sentent mal &#224; l'aise avec le syst&#232;me num&#233;rique pr&#233;sent&#233; ? R&#233;ponse : La beaut&#233; de la philosophie constructiviste est de ne pas faire de l'enseignant un pourvoyeur de savoir, mais plut&#244;t un facilitateur d'exp&#233;riences. L'enseignant devrait donc se voir comme un co-apprenant. Question : Pourquoi les projets propos&#233;s semblent-ils si peu structur&#233;s ? Et que devrait faire l'enseignant pendant que les &#233;l&#232;ves travaillent par eux-m&#234;mes ? R&#233;ponse : Le professeur qui utilise MathLand est un facilitateur plut&#244;t qu'un pourvoyeur de savoir. Son r&#244;le est de dresser un portrait global [&#8230;] puis de laisser les &#233;l&#232;ves se prendre en mains. L'enseignant est alors libre d'observer les &#233;l&#232;ves, de discuter avec eux, d'&#233;valuer.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;En ce qui concerne les nombres, il n'y a pas de faits : uniquement des relations, des relations qui sont cr&#233;&#233;es dans la t&#234;te des enfants.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! la beaut&#233; de la philosophie constructiviste ! Vous vous faites du mauvais sang parce que vous ne connaissez pas un syst&#232;me num&#233;rique que vous croyez devoir enseigner ? Rassurez-vous. D'abord vous n'ignorez rien du tout : vous &#234;tes seulement mal &#224; l'aise. Un ignorant doit apprendre et c'est parfois difficile. Mais quelqu'un de mal &#224; l'aise doit simplement &#234;tre mis &#224; son aise : ce sera facile, vous verrez. D'autant que vous n'avez pas &#224; enseigner quoi que ce soit. C'est que, voyez-vous, vous n'&#234;tes pas un vulgaire pourvoyeur de savoir : vous &#234;tes un co-apprenant ! Apprendre ? &#201;tudier ? Enseigner ? Quelles dr&#244;les d'id&#233;es ! Quels malaises n'ont-elles pas suscit&#233;s et quelle joie d'&#234;tre lib&#233;r&#233;s de ces absurdes et inutiles fardeaux d'un autre &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut en douter. &#192; la fin de sa vie, le tr&#232;s r&#233;put&#233; psychologue cognitiviste Herbert A. Simon &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;S'il n'y a pas eu de progr&#232;s constant en &#233;ducation, c'est parce qu'en ce domaine on s'est content&#233; d'aller d'une position simpliste &#224; une autre... Actuellement, le constructivisme radical est un exemple d'un tel extr&#233;misme simpliste, et certains de ses promoteurs font preuve d'une attitude antiscientifique tellement marqu&#233;e que, si celle-ci devait se r&#233;pandre, il faudrait renoncer &#224; tout espoir de progr&#232;s en &#233;ducation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais je n'ai ni l'intention ni la possibilit&#233; d'&#233;tayer ici de mani&#232;re cr&#233;dible ces conclusion critiques. Si je les ai avanc&#233;es, c'est uniquement pour &#233;tablir le caract&#232;re hautement pol&#233;mique et contestable des conceptions constructivistes. Et sit&#244;t cela pos&#233;, des questions politiques pressantes s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, de quelle l&#233;gitimit&#233; se r&#233;clament ceux et celles qui ont pr&#244;n&#233; et impos&#233; un curriculum et des m&#233;thodes inspir&#233;es du constructivisme ? Leur anti-r&#233;alisme et leur relativisme cognitif leur interdit ici, sous peine de flagrante contradiction, d'invoquer des r&#233;sultats de recherche, des faits ou des savoirs. De quel droit, donc, et au nom de quelles valeurs et de quel projet politique ont-il pu d&#233;cider ainsi des principes curriculaires et des m&#233;thodes p&#233;dagogiques qui commanderont l'&#233;ducation des enfants du Qu&#233;bec ? On se trouve ici devant un flagrant d&#233;ficit de l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi il faut ajouter le caract&#232;re profond&#233;ment r&#233;actionnaire et dangereux du relativisme cognitif pr&#244;n&#233;. Il s'agit l&#224; d'une cons&#233;quence &#224; laquelle toute personne de gauche devrait &#234;tre au plus haut point sensible. Si toutes les constructions viables sont des savoirs et si toutes sont &#233;quivalentes, s'il n'y a pas de r&#233;el &#224; quoi r&#233;f&#233;rer pour d&#233;cider entre deux constructions, comment d&#232;s lors d&#233;battrons-nous ? Pourquoi m&#234;me envisager de d&#233;battre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire, par exemple, &#224; ceux qui ont construit la repr&#233;sentation, viable pour eux, qu'il y avait des armes de destruction massive en Irak, nous qui avons construit la repr&#233;sentation contraire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remarque de Michael Devitt, terrifiante, revient ici en m&#233;moire : &#171; &lt;i&gt;J'ai un candidat &#224; proposer pour le titre de tendance intellectuelle la plus dangereuse de notre temps :&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;le constructivisme.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;dans certains mouvements politiques bien intentionn&#233;s, mais confus, cela a conduit &#224; une v&#233;ritable &#233;pid&#233;mie de construction de mondes. Le constructivisme s'attaque au syst&#232;me immunitaire qui nous pr&#233;munit contre la folie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Normand Baillargeon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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