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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Les non-lieux de la culture</title>
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		<dc:date>2008-07-26T19:42:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Normand Baillargeon, Eve Martin Jalbert</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Baillargeon, Normand </dc:subject>
		<dc:subject>Jalbert, Eve Martin </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans La bulle d'encre, Suzanne Jacob &#233;crivait que les arts proposent des &#171; versions diversifi&#233;es du monde &#187;, &#171; d'autres matrices de perception &#187; qui donnent &#224; voir &#171; les espaces du possible, du non-advenu, du renouveau, des mutations &#187;, en somme &#171; les espaces o&#249; nous pouvons continuer &#224; na&#238;tre &#187;. Les arts nous permettraient en ce sens de percevoir que la &#171; convention de r&#233;alit&#233; &#187; qui assure notre survie dans le monde, auquel elle conf&#232;re une coh&#233;rence, n'est qu'une &#171; version &#187; et que, si &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-jalbert-eve-martin-+" rel="tag"&gt;Jalbert, Eve Martin &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton358.jpg?1642092268' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;227&#034; height=&#034;289&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La bulle d'encre&lt;/i&gt;, Suzanne Jacob &#233;crivait que les arts proposent des &#171; versions diversifi&#233;es du monde &#187;, &#171; d'autres matrices de perception &#187; qui donnent &#224; voir &#171; les espaces du possible, du non-advenu, du renouveau, des mutations &#187;, en somme &#171; les espaces o&#249; nous pouvons continuer &#224; na&#238;tre &#187;. Les arts nous permettraient en ce sens de percevoir que la &#171; convention de r&#233;alit&#233; &#187; qui assure notre survie dans le monde, auquel elle conf&#232;re une coh&#233;rence, n'est qu'une &#171; version &#187; et que, si &#171; tout peut &#234;tre &lt;i&gt;comme c'est&lt;/i&gt; &#187;, &#171; tout peut ne pas &#234;tre &lt;i&gt;comme c'est&lt;/i&gt; &#187;. Cette capacit&#233; de confronter&lt;i&gt; ceci qui est&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;cela&lt;/i&gt; qui pourrait &#234;tre est ce qui conf&#232;re &#224; la culture sa dimension proprement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de nous l'id&#233;e de formuler ici, quarante ans apr&#232;s le texte de Hannah Arendt, le constat d'une nouvelle &#171; crise de la culture &#187;. Peut-&#234;tre que cette crise, apr&#232;s tout, n'est pas l'&#233;tat d'exception, mais le mode d'existence m&#234;me de la culture. Il semble en effet que la culture soit une affaire de r&#233;sistance dans un monde qui n'est jamais tout &#224; fait le sien, un monde que, en vertu de cette &#233;tranget&#233; et de son inappartenance fonci&#232;re, elle vient probl&#233;matiser en y posant le possible et l'impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proposition sur le non-lieu de la culture &#8212; c'est-&#224;-dire le fait qu'elle n'a jamais vraiment sa place en vertu m&#234;me de sa capacit&#233; &#224; d&#233;jouer les n&#233;cessit&#233;s &#8212; ne doit assur&#233;ment pas justifier l'absence de politique culturelle au Qu&#233;bec, le sous-financement de la culture, la conqu&#234;te des secteurs culturels par les puissances de l'argent ou l'&#233;limination de la parole publique s&#233;rieuse sur la culture, remplac&#233;e par l'obligation imp&#233;rative de la convivialit&#233; consensuelle. La d&#233;gradation de la qualit&#233; de la discussion radiophonique sur les arts et la pens&#233;e et la r&#233;duction des possibilit&#233;s de l'expression artistique et intellectuelle proc&#232;dent manifestement de la logique qui fait dire aux &#233;lites dirigeantes et &#233;conomiques, appuy&#233;es par les m&#233;dias, que les choses ne peuvent pas ne pas aller comme elles vont. Ce qui se trouve ni&#233; ou rejet&#233; par ce &#171; r&#233;alisme &#187; de la n&#233;cessit&#233; dont on ne pourrait que se divertir momentan&#233;ment, c'est non seulement la force de r&#233;sistance au consensus et la capacit&#233; de faire advenir le non-lieu, mais &#233;galement la possibilit&#233;, pour n'importe qui, de sortir de soi et, au contact de la culture, de se mettre en marche, librement, contre cette pr&#233;tendue naturalit&#233; du monde tel qu'il va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture est un des lieux de cette possibilit&#233;. Tel est un des points de vue qui traversent les textes ici rassembl&#233;s. Il appara&#238;t par ailleurs, dans ces pages, que la lutte pour la culture ne saurait se suffire &#224; elle-m&#234;me et qu'elle doive s'accompagner d'une critique du capitalisme et de quelques-unes de ses composantes, dont : la lib&#233;ralisation des march&#233;s qui, en vertu du mod&#232;le mercantile de la concurrence, de l'efficacit&#233; et de la rentabilit&#233;, &#171; colonise &#187; notamment le monde de la culture (Claude Vaillancourt, Ricardo Pe&#241;afiel, Jean-Fran&#231;ois Nadeau, Luciano Benvenuto) ; les &#171; jeux d'&#233;quivalences du commerce mondial &#187; auxquels la liquidation de la &#171; culture savante &#187; voue les &#339;uvres de l'esprit au nom de la l&#233;gitime liquidation des autoritarismes (&#201;ric M&#233;choulan) ; enfin, l'acc&#232;s in&#233;galitaire et restreint au savoir et &#224; la culture (&#201;tienne Beaulieu, L&#233;on Bernier). Si le diagnostic sur l'&#233;tat des lieux est parfois inquiet, les pages qui suivent, par l'&#233;cho qu'elles constituent aux diff&#233;rentes pr&#233;occupations de notre temps, contribuent &#224; faire en sorte que la lutte pour une culture de qualit&#233; et pour sa distribution &#233;galitaire d&#233;bouche sur le domaine de la politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Martin Jalbert&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une approche anthropologique</title>
		<link>https://www.ababord.org/Une-approche-anthropologique</link>
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		<dc:date>2008-07-25T19:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-H&#233;l&#232;ne C&#244;t&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>C&#244;t&#233;, Marie-H&#233;l&#232;ne </dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie et anthropologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En fran&#231;ais, le mot &#171; culture &#187; poss&#232;de plusieurs sens, tous issus de sa racine latine : cultus, &#171; action de prendre soin &#187;. Par exemple, les agriculteurs &#171; prennent soin &#187; de la terre et exploitent son potentiel &#224; travers un ensemble d'op&#233;rations appel&#233;es la culture. Les croyants &#171; prennent soin &#187; de leurs dieux et entretiennent leur relation avec eux par le culte. Les &#234;tres humains &#171; prennent soin &#187; et d&#233;veloppent le potentiel de leur corps et de leur esprit par diverses activit&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En fran&#231;ais, le mot &#171; culture &#187; poss&#232;de plusieurs sens, tous issus de sa racine latine : &lt;i&gt;cultus&lt;/i&gt;, &#171; action de prendre soin &#187;. Par exemple, les agriculteurs &#171; prennent soin &#187; de la terre et exploitent son potentiel &#224; travers un ensemble d'op&#233;rations appel&#233;es la culture. Les croyants &#171; prennent soin &#187; de leurs dieux et entretiennent leur relation avec eux par le culte. Les &#234;tres humains &#171; prennent soin &#187; et d&#233;veloppent le potentiel de leur corps et de leur esprit par diverses activit&#233;s regroup&#233;es sous les termes de &#171; culture physique &#187; et de &#171; culture de l'esprit &#187;. Cette derni&#232;re cat&#233;gorie est, elle aussi, polys&#233;mique, comme nous le constatons &#224; la lecture du pr&#233;sent dossier consacr&#233; &#224; la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anthropologues, ces scientifiques fascin&#233;s par l'&#234;tre humain dans sa totalit&#233;, ont amplement conceptualis&#233;, &#233;tudi&#233; et d&#233;fini la culture, celle que &lt;i&gt;Le petit Robert&lt;/i&gt; d&#233;finit comme &#233;tant : &#171; &lt;i&gt; L'ensemble des aspects intellectuels propres &#224; une civilisation, une nation&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;L'ensemble des formes acquises de comportement&lt;/i&gt; &#187;. Certains accordent plus d'importance aux manifestations intellectuelles, d'autres aux productions mat&#233;rielles : il existe autant, et probablement plus, de d&#233;finitions anthropologiques de la culture que d'approches en anthropologie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une d&#233;finition
anthropologique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Partons alors d'une d&#233;finition anthropologique &#171; de base &#187;, inspir&#233;e de celle d'Edward Burnett Tylor, l'un des fondateurs de l'anthropologie anglo-saxonne, lequel a propos&#233; l'une des premi&#232;res d&#233;finitions de la culture dans les ann&#233;es 1870 : ensemble de &lt;i&gt;patterns&lt;/i&gt; (de pens&#233;e, de comportements, de sentiments, de croyances, de modes de production et de reproduction, etc.) socialement appris et globalement partag&#233;s, &#224; un moment donn&#233;, par un groupe de personnes formant un peuple ou une soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette caract&#233;risation anthropologique de la culture, il est important de retenir son caract&#232;re socialement appris et transmis, plut&#244;t r&#233;p&#233;titif, de m&#234;me que le fait qu'elle soit commune &#224; un groupe de personnes partageant des origines et/ou un habitat. De plus, une culture n'est pas fig&#233;e dans le temps, elle est vivante et sans cesse fa&#231;onn&#233;e par ses membres. C'est pourquoi on associe une culture &#224; une &#233;poque donn&#233;e : la culture qu&#233;b&#233;coise n'est pas ce qu'elle &#233;tait il y a 50 ans, non plus que la culture malienne, par exemple. Enfin, il faut souligner que les patterns ne sont pas totalement, mais plut&#244;t globalement partag&#233;s par les individus, et ce, &#224; diff&#233;rents degr&#233;s plus ou moins conscients. Cela est particuli&#232;rement marqu&#233; dans les soci&#233;t&#233;s modernes et les soci&#233;t&#233;s occidentales, o&#249; l'on observe davantage de sous-groupes et de d&#233;viants par rapport aux normes culturelles et moins d'uniformit&#233; de la culture que dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'autres disciplines &#233;tudient nos comportements culturels, intellectuels et esth&#233;tiques, l'anthropologie, science multidisciplinaire se penchant sur la diversit&#233; biologique et culturelle, tant dans le pass&#233; que dans le pr&#233;sent, est la seule qui offre un cadre conceptuel pour l'ensemble de l'exp&#233;rience humaine. Elle se distingue par son approche globale et comparative : dans l'&#233;tude d'une manifestation culturelle ou dans la description d'une culture donn&#233;e (ethnographie), les r&#233;sultats ne se baseront pas seulement sur l'examen d'une population, d'une &#233;poque ou d'un lieu, mais seront soumis &#224; des comparaisons qui, de nos jours, ne visent heureusement plus &#224; &#233;valuer ou &#224; hi&#233;rarchiser les peuples et leurs pratiques. En cherchant &#224; cerner ce qui vient de l'h&#233;ritage animal chez les humains et &#224; expliquer la diversit&#233; des coutumes et des croyances entre les groupes, les anthropologues ont aussi fait ressortir les grandes similitudes existant entre les &#234;tres humains, ce qui, en bout de ligne, a men&#233; &#224; l'&#233;limination du concept de races.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, avant d'en arriver &#224; &#234;tre cette science sociale &#171; mature &#187; et relativement objective, l'anthropologie a &#171; gal&#233;r&#233; &#187;. Motiv&#233;s par les grandes explorations et influenc&#233;s par les philosophes des Lumi&#232;res, les premiers &#171; scientifiques des cultures &#187; concevaient celles-ci en termes de niveaux universels de progr&#232;s. Au fil des ann&#233;es, divers penseurs ont &#233;labor&#233; des th&#233;ories d'&#233;volutionnisme culturel, postulant qu'il existait diff&#233;rentes &#233;tapes de d&#233;veloppement, de la sauvagerie &#224; la civilisation, en gros, ou de cultures simples &#224; des formes plus complexes et achev&#233;es. L'&#233;volution culturelle a &#233;t&#233; longtemps li&#233;e &#224; l'&#233;volution de types biologiques ou de races. Ensuite, s'inspirant de la th&#233;orie de Charles Darwin sur l'&#233;volution des esp&#232;ces, certains en sont arriv&#233;s &#224; des th&#233;ories de darwinisme social o&#249; seuls les peuples les plus aptes, les adapt&#233;s, parviennent au progr&#232;s biologique et culturel. Les plus aptes et les plus &#233;volu&#233;s &#233;tant alors les Europ&#233;ens et les Nord-am&#233;ricains, ces th&#233;ories ont amplement &#233;t&#233; utilis&#233;es afin de justifier l'imp&#233;rialisme, le racisme et le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le relativisme culturel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est au d&#233;but du XXe si&#232;cle que certains anthropologues ont entrepris la remise en question des approches &#233;volutives, des g&#233;n&#233;ralisations et des explications causales simplistes. Aux &#201;tats-Unis, Franz Boas et ses &#233;tudiants ont d&#233;velopp&#233; la th&#233;orie du particularisme historique, postulant que chaque culture est le fruit d'un processus historique unique et doit &#234;tre &#233;tudi&#233;e sous cet angle. Cette logique a contribu&#233; &#224; la valorisation de la diversit&#233; culturelle et &#224; l'abandon de la hi&#233;rarchisation des pratiques culturelles. Elle a aussi men&#233; ses tenants &#224; d&#233;velopper le concept de relativisme culturel et &#224; pr&#233;coniser les longs s&#233;jours d'&#233;tude sur le terrain, jetant ainsi les bases d'une anthropologie moderne qui n'a cess&#233; de prendre de l'envergure et de la sagesse depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le relativisme culturel, concept connot&#233; de nos jours, est d'abord apparu en opposition &#224; l'ethnocentrisme et en qu&#234;te d'objectivit&#233;. Il propose de relativiser, de prendre une distance face &#224; ses propres croyances et sch&#232;mes de pens&#233;e afin d'observer honn&#234;tement l'Autre et sa culture, attitude essentielle chez un anthropologue s&#233;rieux. Le relativisme culturel en anthropologie n'est pas valorisation de toutes les pratiques culturelles ou acceptation des sacrifices humains et des mutilations g&#233;nitales, mais plut&#244;t ouverture, conscience et tol&#233;rance ; il pointe les biais culturels et non les biais moraux ou &#233;thiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il est vrai que la culture des anthropologues est tr&#232;s englobante, mais pas de mani&#232;re telle qu'ils ne font pas la diff&#233;rence entre le th&#233;&#226;tre d'&#233;t&#233; et une pi&#232;ce de Shakespeare ! Ils reconnaissent que les grandes &#339;uvres artistiques figurent parmi les meilleures productions de l'esprit humain, si bien qu'elles peuvent &#234;tre universelles et &#233;difiantes. Toutefois, les anthropologues estiment que la culture populaire repr&#233;sente un objet d'&#233;tude tout aussi valable et int&#233;ressant puisqu'elle est tout autant significative &#224; l'&#233;tude et &#224; la compr&#233;hension de l'&#234;tre humain dans sa totalit&#233;, qui demeure l'objet d'&#233;tude et de fascination des anthropologues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie-H&#233;l&#232;ne C&#244;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Divertir et le reste...</title>
		<link>https://www.ababord.org/Divertir-et-le-reste</link>
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		<dc:date>2008-07-24T19:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on Bernier</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Bernier, L&#233;on</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En apparence et sous sa forme la plus spectaculaire, la culture, au Qu&#233;bec, n'a jamais &#233;t&#233; aussi pr&#233;sente. Le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois fait salle comble et gagne des prix &#224; l'&#233;tranger. C&#233;line Dion et le Cirque du Soleil font fortune &#224; Las Vegas. Robert Lepage est devenu une sommit&#233; mondiale du th&#233;&#226;tre, sans parler des divers groupes rock qu&#233;b&#233;cois qui, nous dit-on, font fureur &#224; New York. De cela tout le monde parle et tout le monde se congratule, comme si ces succ&#232;s t&#233;moignaient de la vitalit&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En apparence et sous sa forme la plus spectaculaire, la culture, au Qu&#233;bec, n'a jamais &#233;t&#233; aussi pr&#233;sente. Le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois fait salle comble et gagne des prix &#224; l'&#233;tranger. C&#233;line Dion et le Cirque du Soleil font fortune &#224; Las Vegas. Robert Lepage est devenu une sommit&#233; mondiale du th&#233;&#226;tre, sans parler des divers groupes rock qu&#233;b&#233;cois qui, nous dit-on, font fureur &#224; New York. De cela tout le monde parle et tout le monde se congratule, comme si ces succ&#232;s t&#233;moignaient de la vitalit&#233; de la culture qu&#233;b&#233;coise. De quoi t&#233;moignent-ils en fait, sinon que le Qu&#233;bec est une soci&#233;t&#233; moderne qui participe, comme les autres, &#224; la mondialisation des march&#233;s, dont celui de la culture ? Si l'on continue &#224; s'&#233;bahir de ces succ&#232;s, n'est-ce pas d'ailleurs le signe que la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise n'y est pas pour grand chose ? Autrement, ils nous sembleraient d&#233;couler tout naturellement de choix collectifs plut&#244;t que d'appara&#238;tre comme des miracles individuels ou des &lt;i&gt;deus ex machina&lt;/i&gt;. Osons dire qu'en mati&#232;re de culture, le Qu&#233;bec r&#233;colte ce qu'il ne m&#233;rite pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral ne parlent que des succ&#232;s de masse ou de ce dont tout le monde parle se comprend tout &#224; fait dans une logique marchande. On s'attendrait tout de m&#234;me &#224; autre chose de la radio-t&#233;l&#233;vision d'&#201;tat qui, pourtant, se distingue de moins en moins sous ce rapport et tend &#224; devenir une r&#233;plique &#224; peine plus sophistiqu&#233;e de ce qui se fait dans le priv&#233;. On ne soulignera jamais trop la perte que repr&#233;sente l'abolition par Radio-Canada de l'ancienne cha&#238;ne culturelle. Elle n'&#233;tait certainement pas parfaite. Elle n&#233;gligeait plusieurs domaines artistiques dont la danse et les arts visuels, mais elle avait au moins le m&#233;rite de donner &#224; penser. En devenant Espace musique, cette cha&#238;ne a pr&#233;cis&#233;ment d&#233;laiss&#233;, en plus des autres domaines, tout ce qui, dans le domaine musical, pouvait exiger un peu d'effort et d'ouverture sur l'inconnu. Bien s&#251;r, on y retrouve d'excellents concerts enregistr&#233;s et de bonnes &#233;missions de jazz. Mais peu importe l'heure du jour, tout y est fait pour rendre la vie facile &#224; l'auditeur. Tout y est enrob&#233; de ce ton l&#233;ger, enjou&#233;, racoleur. Comme si le Qu&#233;bec entier n'avait plus qu'envie de rire, n'avait plus d'autre d&#233;sir que de se faire dorloter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas exclu que la culture, entendue ici comme ensemble des domaines de la cr&#233;ation-diffusion-consommation artistique, puisse &#224; l'occasion servir de baume pour l'&#226;me. Tant mieux si elle le fait. Mais ce n'est pas sa fonction premi&#232;re qui est plut&#244;t de questionner et donc &#233;ventuellement de d&#233;stabiliser. Du moins en a-t-il &#233;t&#233; ainsi jusqu'&#224; maintenant. Serions-nous entr&#233;s dans une nouvelle &#232;re o&#249; la culture serait vou&#233;e &#224; ne plus &#234;tre autre chose que du divertissement ? Pour une bonne partie de la population, toutes classes sociales confondues, c'est d&#233;j&#224; sans doute le cas. &#192; l'&#233;vidence aussi pour une partie des cr&#233;ateurs, qui se retrouvent &#224; cet &#233;gard sur la m&#234;me longueur d'onde que leur auditoire et se contentent, en toute satisfaction, de r&#233;pondre &#224; la demande et &#224; la redemande. Dans ce monde du divertissement, qui est aussi celui des &lt;i&gt;best-sellers&lt;/i&gt;, des festivals et des galas, c'est la sanction de l'auditoire qui prime. On y consomme une culture qu'on veut &#224; peu pr&#232;s toujours la m&#234;me mais en m&#234;me temps toujours renouvelable. C'est une culture du jetable, o&#249; les vedettes instantan&#233;es valent autant que les artistes qui ont derri&#232;re eux plusieurs milliers d'heures de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me l'aide &#224; la cr&#233;ation n'&#233;chappe pas &#224; la logique marchande qui impr&#232;gne d&#233;sormais le monde de la culture. Auparavant, cette aide &#233;tait destin&#233;e &#224; permettre aux artistes de s'adonner en toute libert&#233; &#224; un travail que l'on savait pertinemment devoir &#233;chapper aux diktats ext&#233;rieurs, notamment aux imp&#233;ratifs &#233;conomiques. Aujourd'hui, une bonne partie de cette aide est accord&#233;e aux &#171; producteurs culturels &#187; pour faciliter leur insertion sur le march&#233;, comme s'il ne s'agissait plus d'assurer au cr&#233;ateur de culture les conditions de son autonomie, mais au contraire de l'amener &#224; consid&#233;rer cette autonomie comme un luxe, sinon une pr&#233;tentieuse imposture, alors m&#234;me qu'il peut jouir d'un plein statut d'agent &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas, loin de l&#224;, de d&#233;nier aux cr&#233;ateurs le droit de jouir, comme tout le monde, de conditions de vie d&#233;centes, ce qui n'est certes pas le cas aujourd'hui comme le montrent toutes les &#233;tudes. Dans une conjoncture o&#249; la cr&#233;ation culturelle serait tout enti&#232;re soumise &#224; une logique marchande, il est loin d'&#234;tre s&#251;r, cependant, que tous les artistes y trouveraient leur compte, en particulier les plus intransigeants quant aux conditions de r&#233;alisation et de diffusion de leur d&#233;marche. Mais il faut surtout se demander ce que cela pourrait repr&#233;senter par rapport au statut m&#234;me de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si une part de la culture est d&#233;j&#224; partie prenante de la nouvelle &#233;conomie, une autre part, sans doute la plus importante mais aussi la moins largement partag&#233;e dans la population, y reste &#233;trang&#232;re. Nombreux sont en effet les artistes qui continuent d'actualiser une conception du travail artistique comme activit&#233; autonome, dont la justification sociale n'est pas &#224; chercher dans la part d'audience rejointe, mais dans la fid&#233;lit&#233; la plus stricte aux exigences qu'impose une d&#233;marche authentique de cr&#233;ation. Subsistent aussi des lieux de diffusion, dans tous les secteurs de la cr&#233;ation, qui maintiennent, malgr&#233; les difficult&#233;s financi&#232;res, une politique r&#233;pondant &#224; des crit&#232;res strictement artistiques. Il existe encore &#233;galement un public, dont le nombre est difficile &#224; cerner, qui continue de fr&#233;quenter les &#339;uvres exigeantes et les lieux qui les diffusent. Mais de plus en plus, cet espace autonome de la culture risque d'avoir &#224; se d&#233;finir comme espace de r&#233;sistance. C'est ainsi qu'on a vu r&#233;cemment des cin&#233;astes intervenir &#224; la d&#233;fense du cin&#233;ma d'auteur face &#224; l'h&#233;g&#233;monie grandissante du cin&#233;ma commercial. Une r&#233;sistance plus quotidienne mais non moins active existe du c&#244;t&#233; des librairies ind&#233;pendantes qui, dans un environnement de grandes surfaces, s'efforcent de rester des lieux d'animation litt&#233;raire. On pourrait multiplier les exemples en &#233;voquant notamment tous ces cr&#233;ateurs qui d'ann&#233;e en ann&#233;e maintiennent une pratique assidue, souvent sans v&#233;ritable reconnaissance sociale si ce n'est celle de quelques individus parmi leurs pairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi conclure sinon que la culture autonome, celle que nourrit la cr&#233;ation authentique, ne va pas dispara&#238;tre malgr&#233; tout, qu'elle reste m&#234;me bien vivante, mais qu'elle risque de se retrouver de plus en plus dans des lieux pour initi&#233;s. Dommage pour la d&#233;mocratisation de la culture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;on Bernier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Culture &#224; vendre</title>
		<link>https://www.ababord.org/Culture-a-vendre</link>
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		<dc:date>2008-07-23T20:03:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claude Vaillancourt</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Vaillancourt, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>Mondialisation et &#171; libre-&#233;change &#187;</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les artistes produisant de grandes &#339;uvres pensent rarement au march&#233;. Leur travail se fait en fonction de hautes exigences, d'aspirations &#233;lev&#233;es, il exprime en profondeur &#8211; et souvent aussi avec l&#233;g&#232;ret&#233; &#8211; leur vision du monde et de la condition humaine. Leurs &#339;uvres s'int&#232;grent &#224; un grand tout qu'on appelle la culture, avec laquelle se forme l'identit&#233; des peuples. Ces m&#234;mes artistes seraient sans aucun doute surpris de constater comment leur art est trait&#233; dans les accords commerciaux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Les-non-lieux-de-la-" rel="directory"&gt;Dossier : Les non-lieux de la culture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Vaillancourt-Claude-+" rel="tag"&gt;Vaillancourt, Claude&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mondialisation-AGCS-PSP-FMI-OMC-BM-+" rel="tag"&gt;Mondialisation et &#171; libre-&#233;change &#187;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les artistes produisant de grandes &#339;uvres pensent rarement au march&#233;. Leur travail se fait en fonction de hautes exigences, d'aspirations &#233;lev&#233;es, il exprime en profondeur &#8211; et souvent aussi avec l&#233;g&#232;ret&#233; &#8211; leur vision du monde et de la condition humaine. Leurs &#339;uvres s'int&#232;grent &#224; un grand tout qu'on appelle la culture, avec laquelle se forme l'identit&#233; des peuples. Ces m&#234;mes artistes seraient sans aucun doute surpris de constater comment leur art est trait&#233; dans les accords commerciaux internationaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La plupart de ces accords n'ont pas un grand sens de la nuance. Le libre-&#233;change concerne en th&#233;orie tous les produits et services, sans que ceux-ci ne soient trait&#233;s diff&#233;remment, peu importe leur nature : les tomates comme les cours de fran&#231;ais, les pompes hydrauliques comme les spectacles de danse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, les principes sont les m&#234;mes : il ne faut pas entraver la libert&#233; du commerce &#8211; surtout pas par des lois &#171; inappropri&#233;es &#187; &#8211;, il est interdit de favoriser les entreprises locales, il faut &#233;liminer les barri&#232;res tarifaires. Certes, la culture comporte une dimension commerciale : on paie pour un livre ou un disque, on ach&#232;te un billet pour un spectacle qu'un producteur fait venir de l'&#233;tranger. Ce qui permet &#224; certains d'en tirer de curieuses conclusions. Pour les n&#233;gociateurs am&#233;ricains, par exemple, les choses sont claires : parler de culture, c'est d'abord et avant tout parler de commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un strict point de vue commercial, la culture inclut &#224; la fois des produits (un livre, un DVD, une revue) et des services (un mus&#233;e, un spectacle, une conf&#233;rence sur l'art). Lorsqu'on cherche cependant &#224; savoir comment la culture doit &#234;tre r&#233;gie dans les accords commerciaux, il est bon de se r&#233;f&#233;rer &#224; l'&lt;i&gt;Accord g&#233;n&#233;ral sur le commerce des services&lt;/i&gt; (AGCS), qui demeure le plus large et, tr&#232;s souvent, la r&#233;f&#233;rence lorsqu'il s'agit de lib&#233;raliser autre chose que des produits agricoles ou industriels.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le casse-t&#234;te de l'AGCS
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'AGCS r&#233;partit les services en 12 secteurs. La culture y appara&#238;t dans le secteur 10 intitul&#233; &#171; services r&#233;cr&#233;atifs, culturels et sportifs &#187;. Cette classification est en elle-m&#234;me suspecte. Comment peut-on consid&#233;rer la culture, avec ses &#339;uvres riches de sens, au contenu parfois subversif, comme un &#171; service &#187; au m&#234;me titre que le sport et les activit&#233;s r&#233;cr&#233;atives ? N'est-ce pas miner d&#232;s le d&#233;part sa valeur et sa signification ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la culture peut aussi se retrouver dans d'autres secteurs de services. Par exemple elle pourrait tr&#232;s bien s'int&#233;grer au secteur 2 &#171; services de communication &#187;. Elle pourrait aussi &#234;tre reli&#233;e &#224; l'&#233;ducation (secteur 5), &#224; laquelle elle s'articule in&#233;vitablement, et &#224; la distribution (secteur 4) puisque les &#339;uvres d'art doivent voyager. Si bien qu'on ne sait plus tr&#232;s bien o&#249; situer et comment d&#233;finir cette culture, pas plus qu'on ne peut pr&#233;voir avec assurance comment elle sera trait&#233;e par l'AGCS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit Jane Kesley, professeure de droit &#224; l'Universit&#233; d'Auckland : &#171; &lt;i&gt;l'exp&#233;rience unique et int&#233;gr&#233;e que les gens peuvent obtenir par l'acquisition d'un roman est, en fait, r&#233;partie en sous-secteurs qui touchent l'&#233;criture, l'&#233;dition, l'impression, la publication, la photographie, la traduction, les agences de nouvelles, la publicit&#233;, la finance, la distribution au d&#233;tail et le transport ! Lorsqu'on demande aux pays d'accorder le plein traitement national et l'acc&#232;s au march&#233; dans ces secteurs, on demande aux gouvernements de garantir l'acc&#232;s sans entraves et les droits pour permettre aux compagnies &#233;trang&#232;res de s'investir dans toutes ces activit&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend d&#233;sormais la difficult&#233; de pr&#233;server la culture dans le cadre de cet accord et les incidences des lib&#233;ralisations dans les diff&#233;rents secteurs. Dans le domaine de la culture comme dans plusieurs autres, les bonnes intentions d'un gouvernement risquent de se trouver pi&#233;g&#233;es, en cas de conflit commercial, dans les m&#233;andres de l'interpr&#233;tation de l'accord et par des jugements plus pr&#232;s de la lettre que de l'esprit de la part de l'&lt;i&gt;Organe de r&#232;glement des diff&#233;rends&lt;/i&gt; (le tribunal occulte de l'&lt;i&gt;Organisation mondiale du commerce&lt;/i&gt;). Pour &#233;viter ces risques, une solution s'impose : il faudrait tout simplement que la culture soit exclue de l'AGCS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ogre am&#233;ricain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'imm&#233;diat, la diversit&#233; culturelle est directement menac&#233;e par les accords bilat&#233;raux, entre autres ceux conclus avec les &#201;tats-Unis. Le Canada, grand d&#233;fenseur de la diversit&#233; culturelle &#8211; mais aussi, n'ayant pas peur des contradictions, grand promoteur du libre-&#233;change &#8211; est rest&#233; coh&#233;rent avec lui-m&#234;me et a exclu la culture des accords sign&#233;s avec Isra&#235;l, le Costa Rica et le Chili&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le gouvernement f&#233;d&#233;ral soutient &#233;galement que la culture n'est pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va autrement des &#201;tats-Unis. Il faut comprendre pourquoi ce pays s'attaque avec tant d'acharnement au principe de diversit&#233; culturelle. Alors que dans tous les secteurs de l'&#233;conomie, les &#201;tats-Unis sont confront&#233;s &#224; un &#233;norme d&#233;ficit commercial, la culture reste la grande exception. Les produits culturels apportent un important surplus, avec des exportations &#233;valu&#233;es &#224; 80 milliards de dollars. Mais aussi, notamment par le biais du cin&#233;ma et des &#233;missions de t&#233;l&#233;vision, ils demeurent un v&#233;hicule de promotion de l'&lt;i&gt;american way of life&lt;/i&gt; et des valeurs am&#233;ricaines, avec tous les avantages &#233;conomiques et politiques que cette propagande cach&#233;e peut apporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juriste Yvan Bernier identifie un inconv&#233;nient majeur dans les accords bilat&#233;raux avec les &#201;tats-Unis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#201;tats-Unis ont conclu cinq de ces accords. Plusieurs autres sont en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en ce qui concerne la culture. Apr&#232;s avoir fait le compromis d'accepter les quotas de contenu local et autres obstacles au commerce dans l'audio-visuel, les Am&#233;ricains gagnent en &#233;change la soustraction totale du num&#233;rique &#224; tout protectionnisme culturel. Les petits pays comme le Guatemala ou le Honduras sont alors doublement l&#233;s&#233;s : non seulement ceux-ci ne pourront plus prot&#233;ger un secteur audiovisuel quasi inexistant mais, de plus, ils se privent &#224; jamais de la possibilit&#233; de le d&#233;velopper. &#171; &lt;i&gt;Le grand b&#233;n&#233;ficiaire de ces accords dans le domaine culturel, nous dit Yvan Bernier, semble bien &#234;tre l'industrie am&#233;ricaine elle-m&#234;me qui n'a jamais manqu&#233; de souligner l'importance de ceux-ci, particuli&#232;rement en ce qui concerne les services transmis &#233;lectroniquement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yvan Bernier, Trait&#233; de commerce et de diversit&#233; culturelle, simposio (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas croire que les pays plus ais&#233;s s'en sortent mieux. L'Australie, l'une des plus f&#233;roces z&#233;latrices du libre-&#233;change, a sign&#233; en 2004 un accord commercial avec les &#201;tats-Unis. En contradiction avec sa position d'adversaire affirm&#233;e de la &lt;i&gt;Convention sur la diversit&#233; des expressions culturelles&lt;/i&gt; &#224; l'UNESCO, elle a tenu &#224; pr&#233;server ses actuelles politiques culturelles, &#224; la suite des pressions du milieu. Mais le r&#233;sultat demeure tr&#232;s d&#233;cevant. Il est d&#233;sormais impossible pour l'Australie d'augmenter les quotas actuels de contenu local (qui d&#233;terminent la proportion de produits culturels nationaux &#224; diffuser) ni de les &#233;lever &#224; nouveau si un jour la d&#233;cision est prise de les baisser ; et le gouvernement ne pourra pas passer de lois pour prot&#233;ger le secteur strat&#233;gique des industries culturelles num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cr&#233;er et vendre
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour exister en tant qu'artiste dans le libre march&#233; il faut vendre, et pour vendre il faut se plier &#224; la demande. Comment les artistes d'aujourd'hui pourraient-ils, dans un tel contexte, r&#233;sister aux pressions du march&#233; et ne pas modifier leur travail en fonction des go&#251;ts passagers du public ? Baudelaire ou Van Gogh auraient-ils con&#231;u leurs chefs-d'&#339;uvres s'ils avaient cr&#233;&#233; selon la demande d'&#233;ventuels acheteurs ? La po&#233;sie existerait-elle aujourd'hui s'il fallait suivre les lois du march&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convention internationale pour la diversit&#233; culturelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour mieux comprendre cette convention, voir &#171; La diversit&#233; culturelle comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; adopt&#233;e &#224; l'UNESCO est un outil pr&#233;cieux pour assurer la survie des cultures et une grande victoire contre la commercialisation de la culture. Cette convention vise &#224; pr&#233;server, entre autres, &#171; &lt;i&gt; le droit souverain des &#201;tats de conserver, d'adopter et de mettre en oeuvre les politiques et mesures qu'ils jugent appropri&#233;es en vue de la protection et de la promotion de la diversit&#233; des expressions culturelles sur leur territoire&lt;/i&gt; &#187;. Par contre, elle ne prot&#232;ge pas les pays ayant d&#233;j&#224; conclu des accords commerciaux incluant la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra maintenant que les pays ne craignent pas de se l'approprier et qu'elle s'av&#232;re v&#233;ritablement capable d'&#233;viter aux diff&#233;rentes nations de subordonner la culture aux accords commerciaux. Mais il faut aussi que la culture demeure plus que jamais l'affaire de tous, des nations, des artistes et de l'ensemble des citoyennes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mcc.gouv.qc.ca/international/diversite-culturelle/nouvelles/nouvelles05-07-18.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.mcc.gouv.qc.ca/international/diversite-culturelle/nouvelles/nouvelles05-07-18.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le gouvernement f&#233;d&#233;ral soutient &#233;galement que la culture n'est pas n&#233;gociable dans les n&#233;gociations de l'AGCS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#201;tats-Unis ont conclu cinq de ces accords. Plusieurs autres sont en cours de n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yvan Bernier, &lt;i&gt;Trait&#233; de commerce et de diversit&#233; culturelle, simposio internacional DIVERDAD CULTURAL : el valor de la differencia&lt;/i&gt;, Santiago, Chili, 28-29 juin 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour mieux comprendre cette convention, voir &#171; La diversit&#233; culturelle comme forme de r&#233;sistance : une entrevue avec Louise Beaudoin &#187;, &lt;i&gt;&#192; B&#226;bord !&lt;/i&gt;, no 7, d&#233;cembre 2004 / janvier 2005, pp. 29-30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Claude Vaillancourt&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Autant en emporte l'argent</title>
		<link>https://www.ababord.org/Autant-en-emporte-l-argent</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Autant-en-emporte-l-argent</guid>
		<dc:date>2008-07-22T20:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luciano Benvenuto</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et finances publiques</dc:subject>
		<dc:subject>Benvenuto, Luciano </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; l'origine, l'expression &#171; industrie culturelle &#187; d&#233;signait un concept critique &#233;labor&#233; par les sociologues de l'&#201;cole de Francfort, dans les ann&#233;es 1950, afin de d&#233;noncer le mouvement global de production industrielle de la culture sous forme de marchandise, et dont la tendance croissante ne pouvait que conduire &#224; une culture s&#233;rialis&#233;e, standardis&#233;e, voire normative, c'est-&#224;-dire &#224; une culture de masse. &lt;br class='autobr' /&gt; Peine perdue. Deux d&#233;cennies plus tard, ce processus d'industrialisation de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'origine, l'expression &#171; industrie culturelle &#187; d&#233;signait un concept critique &#233;labor&#233; par les sociologues de l'&#201;cole de Francfort, dans les ann&#233;es 1950, afin de d&#233;noncer le mouvement global de production industrielle de la culture sous forme de marchandise, et dont la tendance croissante ne pouvait que conduire &#224; une culture s&#233;rialis&#233;e, standardis&#233;e, voire normative, c'est-&#224;-dire &#224; une culture de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Peine perdue. Deux d&#233;cennies plus tard, ce processus d'industrialisation de la culture tant redout&#233; s'&#233;tait g&#233;n&#233;ralis&#233; dans toutes les soci&#233;t&#233;s occidentales, consommation de masse et culture de masse s'&#233;tant amalgam&#233;es au cours des ann&#233;es 1960. D&#232;s lors, la production culturelle devint un secteur d'investissement de plus en plus convoit&#233; par le capital. C'est ainsi qu'au milieu des ann&#233;es 70, des &#233;conomistes de Standford &#233;laborent la nouvelle notion &#233;conomique d' &#171; industries culturelles &#187; (au pluriel) pour d&#233;signer certains secteurs de la culture poss&#233;dant un haut potentiel de rentabilit&#233; et d'expansion future, sous condition toutefois d'y appliquer une politique &#233;conomique de production industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, apr&#232;s 30 ans d'application de cette logique &#171; d'industries culturelles &#187;, on remarque les faits suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Les industries culturelles sont surtout orient&#233;es vers les mass-m&#233;dias, leurs produits &#233;tant facilement reproductibles et naturellement d&#233;di&#233;s &#224; une consommation de masse (films, &#233;missions t&#233;l&#233;visuelles, musique, livres, magazines, jeux vid&#233;os, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Les secteurs culturels ont subi une r&#233;organisation en profondeur de leurs modes de production. Les sph&#232;res d'activit&#233;s de cr&#233;ation, de &lt;i&gt;production&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;diffusion&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;es dans un &#233;troit r&#233;seau d'interd&#233;pendance, donnant lieu &#224; un premier niveau de concentration des industries culturelles, les plus gros &#233;liminant la concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	La multiplication des canaux et moyens de diffusion (t&#233;l&#233; par c&#226;ble, t&#233;l&#233; payante, magn&#233;toscope, balladeur, CD, DVD et maintenant le web) relance la profitabilit&#233; des produits culturels en favorisant leur expansion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Les campagnes de promotion et de placement m&#233;dias sont devenues essentielles &#224; la mise en march&#233; des produits culturels de grande envergure, par exemple les superproductions. Pour qu'un produit culturel de masse puisse atteindre son summum de rentabilit&#233;, il doit &#171; faire l'&#233;v&#233;nement &#187; afin que &lt;i&gt;tout le monde en parle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique &#233;conomique appliqu&#233;e au domaine de la culture a pour effet d'&#233;carter des produits qui, par leur forme d'expression innovatrice ou leur contenu critique, s'&#233;loignent trop des normes commerciales d&#233;finies par l'industrie culturelle qui privil&#233;gie et promeut surtout des produits normatifs grand public, profil&#233;s en fonction d'une consommation de masse et capables d'offrir une rentabilit&#233; &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'impulsion de l'informatisation et des nouvelles technologies, les industries culturelles sont aujourd'hui des vecteurs importants de croissance &#233;conomique, et ce d'autant plus qu'elles sont projet&#233;es au coeur m&#234;me des Technologies de l'Information et des Communications en tant que pourvoyeurs de contenu culturel et informationnel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luciano Benvenuto&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>F&#233;tichisme et marchandisation de la culture</title>
		<link>https://www.ababord.org/Fetichisme-et-marchandisation-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Fetichisme-et-marchandisation-de</guid>
		<dc:date>2008-07-21T20:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ricardo Pe&#241;afiel</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Pe&#241;afiel, Ricardo</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand il s'agit de cerner la place de la culture dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes contemporaines, le recours au concept marxien de f&#233;tichisme de la marchandise peut &#234;tre d'une grande utilit&#233; . &lt;br class='autobr' /&gt; Par ce concept, Marx cherche &#224; rendre compte de la fa&#231;on dont la valeur d'usage des objets, les rapports sociaux relatifs au travail et la qualit&#233; du travail individuel investi dans ces objets sont subsum&#233;s par la seule valeur d'&#233;change. La valeur d'&#233;change appara&#238;t alors comme la seule valeur, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand il s'agit de cerner la place de la culture dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes contemporaines, le recours au concept marxien de f&#233;tichisme de la marchandise peut &#234;tre d'une grande utilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le Capital, Paris, Flammarion, 1985, p. 68 et suivantes.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Par ce concept, Marx cherche &#224; rendre compte de la fa&#231;on dont la valeur d'usage des objets, les rapports sociaux relatifs au travail et la qualit&#233; du travail individuel investi dans ces objets sont subsum&#233;s par la seule valeur d'&#233;change. La valeur d'&#233;change appara&#238;t alors comme la seule valeur, le seul fondement des rapports sociaux et la seule mani&#232;re de produire et de faire circuler les produits du travail cr&#233;ateur de l'humanit&#233; : l'humain doit d'abord se transformer en marchandise pour pouvoir vendre sa force de travail ; la terre et les ressources de toutes sortes (&#233;nergie, connaissances, mati&#232;res premi&#232;res, etc.) doivent pouvoir se mesurer &#224; l'aune universelle du r&#233;f&#233;rent monnaie, valeur ou marchandise ; l'activit&#233; cr&#233;atrice (ou laborieuse) n'acquiert un sens qu'en fonction de l'&#233;change qui donne sa coh&#233;rence &#224; l'ensemble social ; la consommation conquiert la sph&#232;re des besoins et des d&#233;sirs pour les contraindre &#224; s'exercer prioritairement dans un cadre g&#233;n&#233;rateur de profit ; la science se donne comme perspective &#171; universelle &#187; l'instrumentalisation de l'humain et de la nature en vue du profit ; le politique tend &#224; se d&#233;finir sous un mod&#232;le mercantile de concurrence, d'efficacit&#233; et d'augmentation du PIB, au nom duquel les fondements modernes du politique, comme la souverainet&#233; populaire, ou toute autre forme de volont&#233; g&#233;n&#233;rale imaginable, n'ont plus lieu d'&#234;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture n'est pas isol&#233;e des autres formes d'activit&#233; humaine : les rapports marchands la contraignent &#233;galement &#224; fonctionner au sein de ces m&#234;mes sch&#232;mes de g&#233;n&#233;ration du profit. Ainsi, le capitalisme n'&#233;limine pas la musique populaire (comme le blues) : il la parasite de mani&#232;re &#224; ce qu'elle ne puisse pratiquement plus se r&#233;aliser autrement qu'en fonction des exigences du &lt;i&gt;show business&lt;/i&gt;. En outre, il la contraint &#224; n'exister qu'en tant que marchandise, de telle sorte que les autres formes de cr&#233;ation musicale sont condamn&#233;es ou bien &#224; la disette ou bien &#224; la folklorisation (c'est-&#224;-dire &#224; une mystification bourgeoise de l'origine nationale &#224; travers la p&#233;trification et l'aseptisation des manifestations populaires du pass&#233;). L'amour de la musique existe encore mais, tendancieusement, il ne se r&#233;alise plus que sous une forme marchande. Le m&#234;me raisonnement s'applique &#224; la litt&#233;rature, au cin&#233;ma, &#224; la peinture ou aux cr&#233;ations picturales, etc. Une fois que la forme marchande prend valeur de l'ensemble du processus de cr&#233;ation culturelle, des accords multilat&#233;raux peuvent &#234;tre sign&#233;s pour &#171; d&#233;fendre &#187; aussi bien que pour soumettre la culture aux r&#233;glementations internationales de &#171; libres &#187; &#233;changes de biens, de services et de propri&#233;t&#233; intellectuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1985, p. 68 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ricardo Pe&#241;afiel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Empire sur l'&#233;dition</title>
		<link>https://www.ababord.org/Empire-sur-l-edition</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Empire-sur-l-edition</guid>
		<dc:date>2008-07-20T20:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Nadeau</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Nadeau, Jean-Fran&#231;ois </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; l'empire Quebecor met la main sur Sogides, le plus gros groupe d'&#233;dition et de distribution de livres au Qu&#233;bec, les puissants continuent d'op&#233;rer une v&#233;ritable r&#233;volution conservatrice dans ce secteur. En effet, avec l'achat successif de la plupart des maisons d'&#233;dition bien &#233;tablies depuis dix ans, des entreprises comme Bertelsman, Editis, Vivendi, Privat et d&#233;sormais Quebecor contr&#244;lent, dans une tr&#232;s large mesure, le processus de publication, c'est-&#224;-dire l'ensemble des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; l'empire Quebecor met la main sur Sogides, le plus gros groupe d'&#233;dition et de distribution de livres au Qu&#233;bec, les puissants continuent d'op&#233;rer une v&#233;ritable r&#233;volution conservatrice dans ce secteur. En effet, avec l'achat successif de la plupart des maisons d'&#233;dition bien &#233;tablies depuis dix ans, des entreprises comme Bertelsman, Editis, Vivendi, Privat et d&#233;sormais Quebecor contr&#244;lent, dans une tr&#232;s large mesure, le processus de publication, c'est-&#224;-dire l'ensemble des &#233;tapes permettant au texte d'un auteur d'acc&#233;der, de la meilleure fa&#231;on possible, &#224; une existence publique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quebecor poss&#233;dait d&#233;j&#224; les &#233;ditions Stank&#233;, Libre Expression, Tr&#233;carr&#233;, CEC, Logique et quelques &#233;tiquettes populaires. Le conglom&#233;rat contr&#244;lait en outre, depuis des ann&#233;es, son propre r&#233;seau de distribution. Ce r&#233;seau s'appuie principalement sur sa cha&#238;ne de librairies, Archambault, tout en comptant sur la collaboration plus ou moins r&#233;v&#233;rencieuse de ses diff&#233;rents m&#233;dias, &#224; commencer par ses journaux et ses stations de t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'achat de Sogides, Quebecor met la main sur les &#201;ditions de l'Homme, les &#201;ditions du Jour, l'Hexagone, VLB &#233;diteur et Typo. Bref, elle acquiert un des meilleurs catalogues au pays. Mais elle s'empare surtout d'un fort r&#233;seau de distribution, celui des messageries ADP, qui exerce le contr&#244;le r&#233;el en Am&#233;rique du Nord sur pr&#232;s de 125 maisons d'&#233;dition d'ici et d'ailleurs, dont Albin Michel, Robert Laffont, XO, Seghers, Belfond et le Robert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il noter au passage que l'ancien propri&#233;taire de Sogides, Pierre Lesp&#233;rance, d&#233;sormais patron de tout le groupe d'&#233;dition de Quebecor, est personnellement actionnaire (&#224; hauteur de 20 %) de la cha&#238;ne de librairies Renaud-Bray ? Sa participation doit d'ailleurs d'ici peu grimper &#224; 30 %. &#194;g&#233; de 67 ans, ce jovial homme d'affaires, doubl&#233; d'un &#233;diteur au grand flair, passe d&#233;sormais une partie de sa vie en Floride &#224; jouer au golf et &#224; prendre soin de ne pas subir une nouvelle crise cardiaque. Entre les mains de qui, croyez-vous, ses actions de Renaud-Bray tomberont-elles lorsqu'il en aura assez de se d&#233;penser pour des bouquins ? Alors que le paysage de l'&#233;dition qu&#233;b&#233;coise n'a jamais &#233;t&#233; aussi concentr&#233;, inutile d'&#234;tre grand g&#233;nie pour comprendre qu'il pourrait l'&#234;tre encore davantage avant longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;dition subventionn&#233;e
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudes sur les origines du livre au Qu&#233;bec ont beau, depuis quelques ann&#233;es, se multiplier, il n'en demeure pas moins vrai que l'&#233;dition telle qu'on la conna&#238;t n'a gu&#232;re exist&#233; en ce pays avant les ann&#233;es 1960, o&#249; elle commen&#231;a &#224; se configurer parce qu'une nouvelle g&#233;n&#233;ration d'&#233;crivains mit en place une litt&#233;rature enracin&#233;e faite ici pour des gens d'ici, avec l'aide de nouveaux &#233;diteurs et critiques qui d&#233;fendirent l'&#233;mergence de voix nouvelles, tant dans le domaine de l'essai, du roman que de la po&#233;sie. Depuis toujours, cet &#233;difice &#233;ditorial tenait essentiellement gr&#226;ce &#224; des reconnaissances symboliques et id&#233;ologiques, sans v&#233;ritable contrepartie &#233;conomique &#8211; et c'est pourquoi on n'en finirait plus d'&#233;voquer ici les aventures &#233;ditoriales p&#233;rilleuses que men&#232;rent, &#224; bout de bras, des gens comme Victor-L&#233;vy Beaulieu, Gaston Miron, Jacques H&#233;bert ou G&#233;rald Godin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, l'&#233;dition au Qu&#233;bec ne fut un commerce relativement payant que durant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs &#233;diteurs montr&#233;alais profit&#232;rent alors de l'occupation de la France par les Nazis. Comme il n'y avait l&#224;-bas plus de livres ou presque, on les imprimait ici, &#224; la va-vite. Parmi ces entrepreneurs de circonstance, on trouve entre autres Henri-Paul P&#233;ladeau, fr&#232;re du fondateur de l'empire Quebecor. P&#233;ladeau fr&#232;re se cassera la gueule comme ses confr&#232;res lorsque, la guerre termin&#233;e, Paris redevint Paris, c'est-&#224;-dire lorsque les &#233;diteurs recommenc&#232;rent &#224; lire, &#224; commander et &#224; encourager la production de vrais livres plut&#244;t qu'&#224; se contenter de faire tourner les imprimeries &#224; toute vitesse comme il le faisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XXe si&#232;cle, les taux de rendement dans l'&#233;dition n'ont jamais d&#233;pass&#233;, au mieux, les 5 %. Et comme, au Qu&#233;bec, on consid&#232;re qu'un titre se vend bien lorsqu'il atteint 1 000 ventes seulement, personne de la finance ne s'est jamais tellement int&#233;ress&#233; &#224; ce secteur... L'&#233;dition, ici comme ailleurs, est d'abord une affaire de passion et de c&#339;ur. Pour cette raison, il s'agit d'un des derniers secteurs culturels &#224; &#234;tre compl&#232;tement colonis&#233; par les grandes entreprises capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;dition au Qu&#233;bec correspond &#224; la fois &#224; l'expression d'une prise de conscience d'une soci&#233;t&#233; sur elle-m&#234;me, mais aussi &#224; un miracle de la subvention. Aucune maison d'&#233;dition n'existerait et ne survivrait longtemps si elle n'&#233;tait pas soutenue par plusieurs programmes de subventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les maisons d'&#233;dition reconnues re&#231;oivent de l'aide financi&#232;re du gouvernement du Qu&#233;bec (SODEC), du Conseil des Arts du Canada, du PADIE (&lt;i&gt;Programme d'aide au d&#233;veloppement de l'industrie de l'&#233;dition&lt;/i&gt;) et du programme de Cr&#233;dit d'imp&#244;t. Toutes ces interventions &#233;tatiques sont fond&#233;es sur les chiffres d'affaire ou les chiffres de production des maisons. Seul le Conseil des Arts du Canada &#233;tablit les montants de ses bourses en proc&#233;dant &#224; des &#233;valuations r&#233;elles des ouvrages soumis par chacun des &#233;diteurs. Pour l'essentiel, cela veut tout de m&#234;me dire qu'il est tout &#224; fait possible de produire n'importe quoi &#8211; &#224; condition que ce soit canadien, plus ou moins bien mis en forme, puis reli&#233; &#8211; et de recevoir de l'argent de l'&#201;tat pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus grosses maisons d'&#233;dition, celles dont les chiffres d'affaires sont d&#233;j&#224; imposants, raflent l'essentiel des fonds publics destin&#233;s &#224; l'&#233;dition en produisant beaucoup de titres &#224; chaque ann&#233;e. Or, la majorit&#233; de ces maisons sont aujourd'hui la propri&#233;t&#233; de Quebecor. Cet empire peut, en principe, continuer de toucher autant de subventions qu'il poss&#232;de de maisons en faisant valoir des &#171; missions &#233;ditoriales &#187; diff&#233;rentes pour chacune d'entre elles. Dans l'&#233;dition, on risque ainsi de se retrouver bien vite aux prises avec la m&#234;me situation que pour les magazines : des revues tr&#232;s rentables sur papier glac&#233; sont subventionn&#233;es grassement tandis que de petites productions, comme la d&#233;funte &lt;i&gt;Recto Verso&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt;, ne touchent pratiquement rien, ou m&#234;me rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concentration a surtout pour effet de produire ce qu'on appelle la &#171; censure du march&#233; &#187;. Investir dans l'achat de maisons peu rentables suppose que ces maisons fassent tout de m&#234;me l'effort de l'&#234;tre au maximum. En clair, cela signifie la publication prioritaire d'auteurs connus ou de livres destin&#233;s &#224; de larges segments de publics. Les risques pris en faveur de nouveaux talents ou de points de vue critiques sont alors r&#233;duits &#224; leur plus simple expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc aux petites maisons ind&#233;pendantes qu'incombe la t&#226;che de prendre des risques bien que, paradoxalement, elles soient aussi les moins soutenues. Mais ce qui pourrait les faire vivre se trouve vite r&#233;cup&#233;r&#233; d&#232;s que le message peut s'av&#233;rer rentable. Les livres de Noam Chomsky en constituent un bon exemple. Introuvables en fran&#231;ais durant des ann&#233;es, ils ont d'abord &#233;t&#233; publi&#233;s par de petites maisons militantes. Aujourd'hui, les livres du professeur du MIT sont publi&#233;s par des maisons appartenant &#224; de grands groupes &#233;conomiques, dont Fayard et Stock. Un autre exemple ? Les petits livres publi&#233;s par le mouvement ATTAC. V&#233;ritables succ&#232;s d'&#233;dition, ces livres profitent pourtant d'abord et avant tout &#224; l'&#233;diteur, Mille &amp; Une Nuits, propri&#233;t&#233; du groupe Hachette-Matra, c'est-&#224;-dire un des plus grands fabricants d'armes au monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les grandes entreprises ont tendance &#224; augmenter le nombre de titres publi&#233;s pour favoriser leur rentabilit&#233;. Le jeu consiste &#224; lancer de plus en plus de bouteilles &#224; la mer en esp&#233;rant ainsi qu'on r&#233;ussira au moins &#224; en voir une arriver &#224; bon port. En France, le nombre de livres publi&#233;s a ainsi doubl&#233; en une d&#233;cennie pour atteindre 50 000 nouveaux titres en 2004. Au Qu&#233;bec, on compte d&#233;sormais environ 5 000 nouveaut&#233;s chaque ann&#233;e contre tout juste une centaine en 1960. Cons&#233;-quence directe de la surproduction : la cadence du remplacement des nouveaut&#233;s en librairie s'accentue. Apr&#232;s moins de trois mois d'existence sur les rayons d'un libraire, un livre est d&#233;sormais jug&#233; vieux et se voit remplac&#233; par d'autres, &#224; un rythme purement industriel. Que faire avec les vieux livres neufs ? Jamais dans l'histoire autant de livres neufs n'ont-ils &#233;t&#233; pilonn&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Colonisation du monde
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi un empire comme celui de Quebecor, apr&#232;s avoir conquis les imprim&#233;s, la t&#233;l&#233;vision, le c&#226;ble, la t&#233;l&#233;phonie et l'imprimerie, finit-il par s'int&#233;resser &#224; un secteur jug&#233; depuis toujours comme incertain et pratiquement d&#233;ficitaire ? Et pourquoi tous les grands groupes du &#171; divertissement &#187; finissent-ils par faire de m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, ces empereurs de la finance sont les colonisateurs d'un si&#232;cle nouveau qui estiment, comme ceux des si&#232;cles pass&#233;s, devoir imposer partout leurs propres r&#232;gles de civilisation simplement afin de s'assurer de leur prestige &#224; domicile. M&#234;me les formes de contre-culture sont facilement r&#233;cup&#233;r&#233;es par ces groupes qui savent d&#233;sormais tirer leur miel d'&#224; peu pr&#232;s n'importe quoi. Il en r&#233;sulte une d&#233;sensibilisation progressive du social et du culturel qui sont d&#232;s lors assimil&#233;s au simple statut d'engrenages &#233;conomiques. La logique de pareille entreprise est de fonder son propre syst&#232;me &#233;cologique o&#249; tout se suffit &#224; lui-m&#234;me, &#224; l'int&#233;rieur d'un vase clos. Dans cette fabrication du monde auquel se livrent les empires &#233;conomiques, acheter des maisons d'&#233;dition ne co&#251;te presque rien et peut rapporter beaucoup. Cela procure, d'abord et surtout, un pouvoir symbolique : un prestige li&#233; au savoir, &#224; la culture et &#224; la m&#233;moire. Mais cela rapporte aussi, dans un second temps, de l'argent. Comment ? Gr&#226;ce au syst&#232;me de distribution, seul maillon vraiment rentable de la cha&#238;ne &#233;ditoriale. Et avec de l'argent, on ach&#232;te encore autre chose, toujours selon une m&#234;me logique colonisatrice...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Fran&#231;ois Nadeau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Multiculturalisme et politique de l'identit&#233; culturelle</title>
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		<dc:date>2008-07-19T20:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Normand Baillargeon</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>La&#239;cit&#233;, religions et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Baillargeon, Normand </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A u Qu&#233;bec, le mot &#171; multiculturalisme &#187; est si lourdement charg&#233; du poids des politiques f&#233;d&#233;rales portant ce nom, qu'on a pu oublier qu'il renvoie aussi &#224; un profond d&#233;bat philosophique et politique. Ce vaste d&#233;bat traverse toutes les soci&#233;t&#233;s occidentales, o&#249; il met la neutralit&#233; lib&#233;rale au d&#233;fi du fait sociologique du pluralisme culturel (et religieux). Or, tout indique que nous sommes r&#233;cemment entr&#233;s dans une phase de (relative) remise en cause des principes au fondement du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A u Qu&#233;bec, le mot &#171; multiculturalisme &#187; est si lourdement charg&#233; du poids des politiques f&#233;d&#233;rales portant ce nom, qu'on a pu oublier qu'il renvoie aussi &#224; un profond d&#233;bat philosophique et politique. Ce vaste d&#233;bat traverse toutes les soci&#233;t&#233;s occidentales, o&#249; il met la neutralit&#233; lib&#233;rale au d&#233;fi du fait sociologique du pluralisme culturel (et religieux). Or, tout indique que nous sommes r&#233;cemment entr&#233;s dans une phase de (relative) remise en cause des principes au fondement du multiculturalisme. Les questions discut&#233;es dans ce contexte sont si cruciales et difficiles que je devrai ici me contenter de simplement &#233;voquer &#224; grands traits le parcours des conceptions multiculturalistes, depuis leur &#233;laboration jusqu'au moment de remise en cause que nous traversons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut commod&#233;ment comprendre le multiculturalisme comme une position th&#233;orique portant l'exigence d'une troisi&#232;me vague de droits : aux droits politiques (ou droits libert&#233;s) reconnus &#224; partir du XVIIIe si&#232;cle et aux droits sociaux (ou droits cr&#233;ances) reconnus plus tard, le multiculturalisme demande que l'on ajoute d&#233;sormais des droits culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les principaux facteurs historiques ayant conduit &#224; la formulation de l'exigence de reconnaissance de droits culturels, on note g&#233;n&#233;ralement : une vague d'immigration massive d&#233;butant avec la fin de la Seconde Guerre mondiale ; l'entr&#233;e dans l'&#232;re post-colonialiste ; les mouvements sociaux des ann&#233;es soixante ; le d&#233;clin de l'optimisme avec lequel on pouvait, hier encore, en appeler &#224; des cat&#233;gories universelles ; ainsi que la prise de conscience du fait que la neutralit&#233; lib&#233;rale peut avoir un co&#251;t diff&#233;rent pour certaines communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position multiculturaliste soutient que l'&#201;tat, le droit, nos politiques publiques, s'ils se veulent v&#233;ritablement d&#233;mocratiques et &#233;quitables, doivent aller au-del&#224; de la neutralit&#233;, de la tol&#233;rance et de l'impartialit&#233; lib&#233;rales usuelles afin de promouvoir activement la reconnaissance et la c&#233;l&#233;bration des diff&#233;rences. Deux types d'arguments sont couramment invoqu&#233;s pour soutenir cette id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est philosophique et soutient que contrairement &#224; ce qu'assume un lib&#233;ralisme d&#233;sincarn&#233; pr&#233;tendant s'appuyer sur la seule raison pour rejoindre l'universel, notre identit&#233; personnelle ne se construit qu'au sein de communaut&#233;s et de relations communautaires. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de les prendre en compte, de les reconna&#238;tre et de les prot&#233;ger : tel est le sens de cette &#171; politique de la diff&#233;rence &#187; et de la &#171; reconnaissance &#187;, th&#233;oris&#233;e par Charles Taylor et qui succ&#232;de, en les compl&#233;tant, aux politiques universalistes de l'&#233;gale dignit&#233; de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me type d'argument est &#233;thique. Il soutient que l'acceptation des diff&#233;rences singuli&#232;res est d'autant souhaitable qu'il serait logiquement impossible de faire autrement. C'est, dit-on ici, qu'on ne saurait prendre un point de vue de Sirius sur les questions morales et culturelles. Chaque culture &#233;pouserait des valeurs et des pratiques valables de son point de vue et il n'existerait pas de point de vue permettant de juger de la sup&#233;riorit&#233; ou de l'inf&#233;riorit&#233; de telles ou telles valeurs ou pratiques culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pratique, de telles analyses ont conduit non seulement &#224; la reconnaissance des droits culturels, mais encore &#224; l'id&#233;e d'une citoyennet&#233; diff&#233;renci&#233;e et &#224; la reconnaissance de droits &#224; des groupes &#8211; et pas seulement &#224; des individus. Elles ont aussi conduit &#224; des am&#233;nagements de l'espace public et des politiques publiques. Par exemple, on pourra demander une exemption de certaines lois ou de certains r&#232;glements dans le but de pr&#233;server la culture d'une communaut&#233; ; ou encore, on pourra demander des lois ou des r&#232;glements restreignant la libert&#233; des membres ext&#233;rieurs &#224; une communaut&#233; donn&#233;e de mani&#232;re &#224; en pr&#233;server la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme je l'ai dit, de telles politiques sont actuellement remises en cause. Contre la th&#232;se philosophique &#233;voqu&#233;e plus haut, et tout en admettant qu'elle contienne une part non n&#233;gligeable de v&#233;rit&#233;, on rappellera le fait que l'individu ne se r&#233;duit pas &#224; ses appartenances communautaires. La culture qu'on acquiert c'est aussi, via l'&#233;ducation, ce par quoi on sort de la culture o&#249; l'on na&#238;t. N&#233;gliger cette distinction est lourd de cons&#233;quences pratiques, plus graves encore dans le cas de cultures qui ne sont pas lib&#233;rales ou qui oppriment certains de leurs membres. C'est en ce sens que des f&#233;ministes ont pu condamner certaines versions du multiculturalisme ; en ce sens encore que peut &#234;tre comprise la r&#233;cente mobilisation contre la possibilit&#233; de reconna&#238;tre en Ontario des tribunaux islamiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me th&#232;se d&#233;boucherait sur de d&#233;plorables relativismes, tout &#224; fait dans l'esprit du temps, mais fort contestables : relativisme de la v&#233;rit&#233; (&#224; chacun sa v&#233;rit&#233;), relativisme des valeurs (&#224; chacun ses valeurs). Le danger est alors que l'on perde de vue qu'il existe bel et bien des propositions qui sont irr&#233;m&#233;diablement fausses et des &#233;l&#233;ments culturels qui ne sont absolument pas respectables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reproche encore au multiculturalisme son extension &#224; des groupes de la cat&#233;gorie de droits et sa propension &#224; cr&#233;er des ghettos plut&#244;t que de favoriser l'int&#233;gration. D'aucuns arguent enfin, et cela m&#233;rite une s&#233;rieuse r&#233;flexion, que toutes ces &#171; politiques de l'identit&#233; &#187; et les combats qu'elles ont incit&#233; &#224; mener ont largement d&#233;tourn&#233; les progressistes et leurs &#233;nergies de questions et de combats tr&#232;s importants sur l'&#233;galit&#233; et la justice &#233;conomiques, tout en leur donnant l'illusion de remporter de grandes victoires quand, souvent, ils ne faisaient que s'enliser dans des luttes st&#233;riles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;galit&#233; des droits, la libert&#233;, la tol&#233;rance, l'impartialit&#233;, la protection contre l'arbitraire et la violence, la vis&#233;e d'&#233;galit&#233; &#233;conomique sont des valeurs importantes et &#224; d&#233;fendre. La question qui se pose d&#233;sormais est de savoir si &#8211; et &#233;ventuellement jusqu'o&#249; &#8211; le multiculturalisme permet de les d&#233;fendre ad&#233;quatement, d&#232;s lors qu'il envisage la soci&#233;t&#233; comme une r&#233;union de groupes d&#233;finis par des cultures auxquelles il faut donner des droits et privil&#232;ges au nom du respect des diff&#233;rences culturelles. Vastes et difficiles questions, on le voit, sur lesquelles on me permettra de ne pas me prononcer et de conclure en renvoyant chacun et chacune &#224; sa propre r&#233;flexion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Normand Baillargeon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Renouveler l'enseignement de la culture</title>
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		<dc:date>2008-07-18T20:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;tienne Beaulieu</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Beaulieu, &#201;tienne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment penser l'enseignement de la culture aujourd'hui dans une Am&#233;rique de plus en plus pouss&#233;e vers ses penchants &#233;conomistes ? Face au rabattement de la culture sur l'&#233;conomie, il est n&#233;cessaire de rappeler que l'&#233;conomie est elle-m&#234;me une forme culturelle, mais aussi que l'acc&#232;s &#224; la culture ne saurait &#234;tre contr&#244;l&#233; par la possession de capitaux. La gratuit&#233; scolaire doit ainsi demeurer l'objectif premier de toute action dans le champ culturel et de toute r&#233;flexion sur la r&#233;partition du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Les-non-lieux-de-la-" rel="directory"&gt;Dossier : Les non-lieux de la culture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaulieu-Etienne-+" rel="tag"&gt;Beaulieu, &#201;tienne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment penser l'enseignement de la culture aujourd'hui dans une Am&#233;rique de plus en plus pouss&#233;e vers ses penchants &#233;conomistes ? Face au rabattement de la culture sur l'&#233;conomie, il est n&#233;cessaire de rappeler que l'&#233;conomie est elle-m&#234;me une forme culturelle, mais aussi que l'acc&#232;s &#224; la culture ne saurait &#234;tre contr&#244;l&#233; par la possession de capitaux. La gratuit&#233; scolaire doit ainsi demeurer l'objectif premier de toute action dans le champ culturel et de toute r&#233;flexion sur la r&#233;partition du bien symbolique qu'est la culture. Mais en m&#234;me temps, cet objectif primordial ne doit pas faire oublier la raison d'&#234;tre de l'enseignement de la culture, &#224; savoir la transmission de contenus, qui se r&#233;partissent non pas horizontalement mais verticalement. Comment nier par exemple que l'&#339;uvre de Shakespeare soit plus &#171; &#233;lev&#233;e &#187; culturellement que &lt;i&gt;Star acad&#233;mie&lt;/i&gt; ? L'enseignement de la culture doit ainsi avoir en vue l'acc&#232;s du plus grand nombre aux biens symboliques les plus &#233;lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de penser a pour but d'&#233;viter deux &#233;cueils : d'un c&#244;t&#233; il s'agit de contrer l'aplanissement culturel absolu guettant le relativisme de nos soci&#233;t&#233;s et, de l'autre, de ne pas aggraver la radicalisation des hi&#233;rarchies culturelles. Pour &#233;viter le premier &#233;cueil, il faut de fa&#231;on urgente cesser de penser l'enseignement de la culture au plus grand nombre comme une restitution d'une culture de la masse &#224; la masse elle-m&#234;me, dans une pure et simple n&#233;gation de la culture dite &#171; &#233;litiste &#187;. Cette culture d'&#233;lite n'est en effet plus tenue aujourd'hui par une &#233;lite sociale, mais bien par une &#233;lite &#233;conomique qui n'emprunte ses formes &#224; la culture que pour s'en parer. Les exemples se multiplient aujourd'hui qui montrent que les acteurs de la culture dite d'&#233;lite rejoignent la population la plus large dans une pauvret&#233; s'accroissant sans cesse et qui demeure, en cons&#233;quence, &#224; la merci d'un m&#233;c&#233;nat priv&#233; ou d'&#233;tat dont les exigences sont le plus souvent ignor&#233;es des m&#233;c&#232;nes eux-m&#234;mes (les subventions des conseils culturels de l'&#201;tat, par exemple, comportent en effet des crit&#232;res discriminant explicites, mais aussi implicites et plus retors). N&#233;anmoins, l'important demeure que la revendication d'une culture populaire contre une culture d'&#233;lite ou m&#234;me &#171; bourgeoise &#187; n'ait plus aucun sens ou qu'elle n'en ait qu'un seul, &#233;conomique en l'occurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;gression du pouvoir de la culture d'&#233;lite ne doit pas non plus mener au second &#233;cueil, c'est-&#224;-dire que cette culture doit &#233;viter de sombrer dans la nostalgie qu'on lui conna&#238;t de plus en plus et qui va croissant avec le vieillissement de la population occidentale. Mais comment penser l'enseignement de la culture autrement que sur le mode de la r&#233;sistance, la condamnant &#224; un r&#244;le de pure conservation culturelle ressemblant bient&#244;t &#224; une pi&#232;ce de mus&#233;e inoffensive et faisant souvent le jeu des pouvoirs et des puissances priv&#233;es ? Car la culture est une affaire collective et son enseignement d'autant plus. Mais ce bien partag&#233; qu'est la culture peut aussi d&#233;partager ceux qui en font partie. Il y a en effet deux sens bien connus au mot &#171; culture &#187; : un sens horizontal, qui d&#233;signe les pratiques, les usages et les m&#339;urs d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, et un sens vertical, qui nomme le processus de civilisation menant &#224; une culture dite &#171; sup&#233;rieure &#187;. L'enseignement de la culture se d&#233;bat depuis la R&#233;volution fran&#231;aise avec les paradoxes impartis &#224; ce double sens, qui pousse &#224; la r&#233;partition des biens symboliques (aristocratiques et cl&#233;ricaux) au plus grand nombre pendant que celui-ci, de son c&#244;t&#233;, rejette ces biens symboliques comme les signes de son oppression historique. Ce dialogue de sourds est notre h&#233;ritage d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de faire cro&#238;tre cet h&#233;ritage et au risque de faire grandir avec lui le malentendu qui lui est consubstantiel, il faut d'abord rappeler que l'enseignement de la culture n'est un v&#233;ritable &#171; enseignement &#187; que dans la mesure o&#249; il ajoute &#224; la culture horizontale une dimension verticale. Mais il est n&#233;cessaire ensuite d'agir. Et si l'action doit garder pour principe l'ouverture de la culture au plus grand nombre, elle doit surtout penser une culture dans laquelle l'&#233;l&#233;vation symbolique demeure possible pour tous. Afin de favoriser cette &#233;galit&#233; des chances et que la chance en question offre une possibilit&#233; de s'&#233;lever au-dessus de la culture ambiante, l'action doit consister &#224; mettre en place un dispositif permettant cette ascension culturelle aux d&#233;munis culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la solution se trouve dans le retour aux politiques &#233;ducatives inaugur&#233;es par la R&#233;volution et d&#233;velopp&#233;es par l'Empire, qui avait mis en place un syst&#232;me &#233;ducatif qu'il est urgent de repenser &#224; neuf. Contre la seule chance des nantis et des bien n&#233;s, Napol&#233;on 1er accorde (th&#233;oriquement) la chance au seul m&#233;rite dans ce syst&#232;me &#233;ducatif r&#233;volutionnaire qui s'appelle en France l'&#201;cole Normale pour le plus grand nombre et l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure pour ceux que l'ardeur au travail et la volont&#233; de servir la nation &#233;l&#232;vent au-dessus la culture ambiante. Bien s&#251;r, ce syst&#232;me est loin d'&#234;tre parfait et cr&#233;e &#224; sa fa&#231;on des in&#233;galit&#233;s, entre autres dans l'h&#233;ritage culturel des normaliens qui engendrent le plus souvent d'autres normaliens, dans une concentration des bien symboliques de plus en plus dense. Mais ce mod&#232;le reste n&#233;anmoins le plus proche de l'enseignement id&#233;al de la culture en ce qu'il permet th&#233;oriquement aux enfants des bourgs les plus recul&#233;s d'acc&#233;der &#224; une culture sup&#233;rieure non seulement gratuite, mais surtout r&#233;mun&#233;r&#233;e par l'&#201;tat. Faire en sorte que ce mod&#232;le th&#233;orique se rapproche le plus possible de la r&#233;alit&#233; des politiques &#233;ducatives nationales est aujourd'hui la t&#226;che de ceux et celles qui ont &#224; c&#339;ur la solidarit&#233; sociale et la culture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tienne Beaulieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Se r&#233;approprier la culture</title>
		<link>https://www.ababord.org/Se-reapproprier-la-culture</link>
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		<dc:date>2008-07-16T20:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;ric M&#233;choulan</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie et anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;choulan, &#201;ric</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le dressage des hommes par eux-m&#234;mes est consubstantiel &#224; leur esp&#232;ce, mais la &#171; culture savante &#187; n'en est qu'une figure historique, lentement mise en place entre le XVe et le XVIIIe si&#232;cle. Il faut r&#233;aliser que la &#171; culture &#187; ne constitue pas une donn&#233;e objective et neutre, mais une instance historiquement circonscrite et politiquement d&#233;termin&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est cette construction de la culture dont nous apercevons la fin. Le meilleur indice n'est pas sa disparition, mais au contraire sa (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Les-non-lieux-de-la-" rel="directory"&gt;Dossier : Les non-lieux de la culture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sociologie-et-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie et anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mechoulan-Eric-+" rel="tag"&gt;M&#233;choulan, &#201;ric&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le dressage des hommes par eux-m&#234;mes est consubstantiel &#224; leur esp&#232;ce, mais la &#171; culture savante &#187; n'en est qu'une figure historique, lentement mise en place entre le XVe et le XVIIIe si&#232;cle. Il faut r&#233;aliser que la &#171; culture &#187; ne constitue pas une donn&#233;e objective et neutre, mais une instance historiquement circonscrite et politiquement d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est cette construction de la culture dont nous apercevons la fin. Le meilleur indice n'est pas sa disparition, mais au contraire sa diss&#233;mination anthropologique : tout est devenu culturel depuis les gestes de l'amour jusqu'aux identit&#233;s d'entreprise, au point de vider compl&#232;tement la notion de sa valeur d'usage. On m&#233;lange ainsi la culture comme valeur et la culture comme sens. La premi&#232;re mettait de l'avant critique et &#233;mancipation, supposant un plaisir singulier pris aux figures qu'on croyait universelles de la culture. La seconde mettait en sc&#232;ne habitudes et usages, impliquant une contrainte subie par chacun pour mieux construire son individualit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il est devenu monnaie courante depuis les ann&#233;es soixante d'exhiber sous l'&#233;l&#233;gance des dispositifs culturels les jeux de distinction par o&#249; la culture servait de marqueur de &#171; classe &#187;. Le probl&#232;me est que l'on a souvent confondu ce caract&#232;re politiquement &#233;litiste de la culture de classe avec les enjeux esth&#233;tiques et critiques que promouvait aussi cette m&#234;me culture. Liquider la &#171; culture savante &#187; sous pr&#233;texte qu'elle ruinerait le principe d'une &#233;galit&#233; stricte entre les discours et les actes de chacun est un avatar du commerce mondial o&#249; toutes les marchandises sont vou&#233;es par d&#233;finition &#224; des jeux d'&#233;quivalence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut, en effet, mettre en rapport cette diss&#233;mination de la culture et le rejet de son versant esth&#233;tique avec le passage &#224; une &#233;conomie post-industrielle de services. Dans cette nouvelle donne sociale, l'important ne tient plus &#224; la force de travail des ouvriers produisant des marchandises, mais &#224; la relation de services qui s'y trouve impliqu&#233;e. L'ouvrier &#233;tait ali&#233;n&#233; parce qu'il devait vendre ce qui constituait son &#234;tre : son corps et son travail. D&#233;sormais, il s'agit de vendre son identit&#233; : son esprit et son style et, du coup, de se trouver encore plus ali&#233;n&#233; alors m&#234;me qu'on semble plus libre. Les valeurs esth&#233;tiques passent ainsi au compte courant des marques : les artistes signaient leurs cr&#233;ations afin que tout le monde puisse y trouver une jouissance et une formation singuli&#232;res, maintenant les marques signent des marchandises produites en s&#233;rie par sous-traitance afin que chacun y r&#233;v&#232;le aux autres le partage de la m&#234;me identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie de services, puisqu'il met justement l'accent sur les styles personnels et les investissements singuliers, devrait aussi favoriser l'&#233;ducation et la formation de chacun. En ce sens, il n'y a gu&#232;re de changement : le combat n&#233;cessaire porte sur l'acc&#232;s &#224; la culture, l'&#233;galit&#233; des chances au d&#233;part. Pour autant, il ne faut pas confondre l'&#233;galit&#233; des chances et l'&#233;quivalence des r&#233;sultats. &#171; Faire la diff&#233;rence &#187; (au sens o&#249; Deleuze exploite l'expression), tel est le programme de toute culture de soi : acqu&#233;rir l'art des nuances et le sens des complexit&#233;s afin de mieux appr&#233;cier le monde tel qu'il va et les hommes tels qu'ils sont et non reproduire le spectacle identitaire de la marque qui nous signalerait seulement aux regards des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc surtout pas de rendre &#233;quivalents tous les points de vue. &#192; l'information rapide de la politique journalistique, il faut opposer la lente formation de toute r&#233;flexion sur les actions des hommes. Dans la liquidation l&#233;gitime de toute forme d'autoritarisme, on oublie souvent qu'il existe de justes emplois de l'autorit&#233;, qu'elle soit celle d'un paysan qui parle de ses champs, d'un ouvrier qui raconte son travail ou d'un historien qui explique le pass&#233;. &#171; Faire la diff&#233;rence &#187; consiste donc &#224; composer les points de vue : non les rendre homog&#232;nes et coh&#233;rents, mais agen&#231;ables jusque dans leurs discordances afin de mieux r&#233;sister aux banalit&#233;s ambiantes et au pr&#234;t-&#224;-penser des pseudo-reportages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi si la lutte des classes est pass&#233;e de mode (o&#249; serait aujourd'hui le prol&#233;tariat ?), le combat compliqu&#233; des riches et des pauvres continue sous de nouvelles formes. La culture peut en redevenir un enjeu r&#233;el, puisque c'est sur le terrain m&#234;me de la culture que s'&#233;tablit la nouvelle &#233;conomie post-industrielle. Mais c'est &#224; condition de nouer autrement le lien entre pouvoir et culture. Dans les temps modernes, la culture a eu partie li&#233;e avec les processus de civilisation et les formes de nationalisme qui ont ainsi permis d'&#233;riger des identit&#233;s collectives &#224; l'ombre des grandes &#339;uvres produites. Aujourd'hui, o&#249; le multiculturalisme appara&#238;t comme le dernier avatar policier de ces mobilisations nationales (et non leur oppos&#233;) sous une apparence de neutralisation g&#233;n&#233;rale, il faudrait profiter de cet investissement &#233;conomique dans les styles et les savoirs pour en d&#233;tourner les flux et en parasiter les b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est devenu courant, dans certains cercles d'historiens surtout, de saisir combien les individus parviennent &#224; bricoler et &lt;i&gt;s'approprier&lt;/i&gt; les formes et les figures m&#234;mes de l'acculturation impos&#233;e par les dominants. Cela fait partie d'un &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; (&#171; lieu &#187;) de la r&#233;sistance et on doit en appr&#233;cier les r&#233;alisations effectives. Mais il est possible qu'un enjeu plus crucial disparaisse : voler &#224; la culture dominante son &lt;i&gt;inappropriabilit&#233;&lt;/i&gt; m&#234;me. Le parvenu a, par d&#233;finition, l'air de n'avoir pas r&#233;ussi &#224; s'approprier vraiment certaines formes culturelles. Le probl&#232;me aujourd'hui est que la culture dominante a disparu. Ce qui domine ne se pr&#233;sente plus sous la figure de la culture, au contraire, et chacun peut s'approprier la nouvelle naturalit&#233; du divertissement sous la forme de jeux t&#233;l&#233;vis&#233;s ou de pseudo-d&#233;bats &#8211; r&#233;ciproquement, pour notre divertissement g&#233;n&#233;ralis&#233;, tout est appropriable : tsunamis, viols collectifs, pretzels du pr&#233;sident Bush, jalousies de talk-show ou po&#233;sies de Miron. C'est pourquoi l'inappropriable prend une dimension in&#233;dite pour la culture. La culture anthropologique ayant &#233;t&#233; vid&#233;e de sens par diss&#233;mination et la culture esth&#233;tique priv&#233;e de valeur par &#233;galisation de tous les &#233;v&#233;nements, toutes deux occupent d&#233;sormais une position cruciale pour qui entend ne pas laisser la b&#234;tise consensuelle mener les op&#233;rations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;ric M&#233;choulan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tudes fran&#231;aises, Universit&#233; de Montr&#233;al, Coll&#232;ge international de philosophie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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