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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Quand les cit&#233;s deviennent mobiles</title>
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		<dc:date>2016-05-22T21:38:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Mathieu Le Bel</dc:creator>


		<dc:subject>Immigration, refuge et racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Le Bel, Pierre-Mathieu</dc:subject>

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&lt;p&gt;On nous dit parfois que la mondialisation fait de nous des citoyen&#183;ne&#183;s du monde. Qui dit citoyen&#183;ne, dit cit&#233;. Lorsque migrent les citoyens du monde, avec eux migrent les cit&#233;s et alors les bureaucraties tremblent. &lt;br class='autobr' /&gt; Le lundi 31 ao&#251;t, &#224; la station Keleti Palyaudvar, c'est comme si 800 personnes &#8211; surtout des jeunes de moins de 30 ans, souvent de jeunes couples avec des enfants d'&#226;ge primaire &#8211; avaient construit un camp de fortune dans les couloirs de la station Berri-UQAM. C'est ce qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Immigration-refuge-et-racisme-+" rel="tag"&gt;Immigration, refuge et racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Europe-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Le-Bel-Pierre-Mathieu-+" rel="tag"&gt;Le Bel, Pierre-Mathieu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2177.png?1642092177' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;677&#034; height=&#034;520&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On nous dit parfois que la mondialisation fait de nous des citoyen&#183;ne&#183;s du monde. Qui dit citoyen&#183;ne, dit cit&#233;. Lorsque migrent les citoyens du monde, avec eux migrent les cit&#233;s et alors les bureaucraties tremblent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le lundi 31 ao&#251;t, &#224; la station &lt;i&gt;Keleti Palyaudvar&lt;/i&gt;, c'est comme si 800 personnes &#8211; surtout des jeunes de moins de 30 ans, souvent de jeunes couples avec des enfants d'&#226;ge primaire &#8211; avaient construit un camp de fortune dans les couloirs de la station Berri-UQAM. C'est ce qui frappe lorsqu'on arrive. &#192; la surface, la gare internationale de Budapest, dessous, la station de m&#233;tro du m&#234;me nom. C'est dire qu'il y a du passage. Budapestois et touristes doivent cepen&#173;dant zigzaguer entre les groupes de r&#233;fugi&#233;&#183;e&#183;s, leurs tentes, sacs de couchage, couvertures et bagages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils attendent. Ils en ont marre d'attendre. Ahmed, 22 ans, et les deux amis avec qui il a quitt&#233; l'Afghanistan il y a deux mois attendent depuis 10 jours. L&#224;-bas, dans le district d'Ishkamish, les talibans exigeaient qu'il joigne leurs rangs. Il a pr&#233;f&#233;r&#233; vendre la ferme familiale, trouver un endroit en ville afin que sa s&#339;ur et ses parents soient en s&#251;ret&#233; et fuir, pour la Su&#232;de esp&#232;re-t-il, afin de pouvoir terminer ses &#233;tudes d'histoire. &#171; &lt;i&gt;Ceux qui veulent faire des &#233;tudes veulent aller en Su&#232;de ou en Angleterre,&lt;/i&gt; dit-il, &lt;i&gt;ceux qui cherchent du travail vont en Allemagne.&lt;/i&gt; &#187; Mostafa, 20 ans, est du m&#234;me avis. Il a fui Alep en Syrie deux semaines plus t&#244;t avec toute sa famille : 12 personnes, dont ses cousines de 2 et 3 ans. Eux iront en Allemagne, lui tentera de terminer un dipl&#244;me d'anglais au Royaume-Uni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exemples, on les conna&#238;t. On les voit &#224; la t&#233;l&#233;. Il y a crise. Il semble que trop de gens soient devenus mobiles. On trouvera une certaine ironie dans le fait que lorsqu'on se pr&#233;sente aux portes d'une r&#233;gion du monde o&#249; la libre circulation des personnes constitue un droit constitutionnel fondamental, l'Europe, la mobilit&#233; se fasse crise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La cit&#233; immobilis&#233;e en Hongrie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Car la mobilit&#233; n'est pas permise &#224; tous de la m&#234;me fa&#231;on. Le premier pays du bloc de l'Est &#224; ouvrir sa fronti&#232;re avec l'Ouest en 1989 avait pourtant &#233;t&#233; la Hongrie. C'est cependant elle qui a annonc&#233; en juin dernier la construction d'un mur de 175 km &#224; sa fronti&#232;re serbe. Le soutien du public est incertain dans la capitale, mais les Hongrois et Hongroises appuient g&#233;n&#233;ralement le projet. Le premier ministre Viktor Orb&#225;n tient une rh&#233;torique qui associe immigration et terrorisme, et les grands m&#233;dias locaux ne diffusent que les images qui abondent dans le sens du discours gouvernemental. Plus de 60 000 migrants clandestins en Hongrie en 2015 selon le Bureau de l'immigration, comment la nation magyare pourrait-elle bien conserver son authenticit&#233; sous la d&#233;ferlante migratoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrantes et migrants sont contraints de faire leur demande d'asile dans le premier pays de l'Union europ&#233;enne o&#249; ils mettent les pieds. C'est la &#171; directive de Dublin &#187; qui permet, disent les pays de l'Est europ&#233;en, &#224; l'Allemagne ou &#224; la France de d&#233;bouter les demandeurs&#183;euses d'asile. Pourtant, les chiffres m&#234;mes de l'Office hongrois d'immigration montrent que c'est seulement 10 % des cas qui auraient d&#251; retourner vers la Hongrie depuis la France ou l'Allemagne qui y retournent dans les faits. D'ailleurs, les migrant&#183;e&#183;s ne souhaitent pas, dans leur vaste majorit&#233;, rester en Hongrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que le probl&#232;me hongrois de l'immigration n'est peut-&#234;tre pas aussi grave que le gouvernement en place aimerait le faire croire. Ce dernier semble plut&#244;t envenimer les choses &#224; dessein. Son parti, Fidesz-MPSz, nettement &#224; droite, a acc&#233;d&#233; au pouvoir en mettant en place une rh&#233;torique de la peur face &#224; l'ennemi migrant qui menacerait la nation. Fermer ses fronti&#232;res et laisser la situation humanitaire se d&#233;t&#233;riorer davantage lui permet de fournir les images de chaos n&#233;cessaires &#224; la construction d'un discours x&#233;nophobe. Orb&#225;n ne fait qu'instrumentaliser un &#233;tat de fait qui concerne bien davantage les pays de l'Ouest. En mettant l'accent sur ce qui distingue, la religion notamment, on dresse le portrait du migrant comme corps &#233;tranger, agent corrupteur d'une suppos&#233;e puret&#233; nationale. Comme seule la nationalit&#233; est garante de l'acc&#232;s aux droits du citoyen, l'&#201;tat peut du coup se d&#233;partir d'une responsabilit&#233; d'intervention humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est seulement apr&#232;s plus de deux mois que l'association &lt;i&gt;Migration Aid&lt;/i&gt; a pu occuper un local &#224; la gare. Ce sont les pressions de ce groupe qui convaincront au m&#234;me moment la municipalit&#233; d'accepter d'acheminer l'eau potable au camp de fortune. Tous b&#233;n&#233;voles, ces travailleuses et travailleurs pr&#233;f&#232;rent garder l'anonymat, ce qui ne les emp&#234;chent pas de t&#233;moigner : &#171; &lt;i&gt;Les autorit&#233;s ne nous mettent pas directement des b&#226;tons dans les roues, mais ils ne nous aident pas non plus.&lt;/i&gt; &#187; Ils et elles s'activent de midi jusqu'aux petites heures du matin afin de fournir v&#234;tements, couvertures et nourriture. Il faut &#233;galement divertir et &#233;duquer les enfants, nombreux, et fournir un minimum de soins m&#233;dicaux, eux aussi donn&#233;s gracieusement par des m&#233;decins et infirmi&#232;res volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de la nourriture provient de &lt;i&gt;Seg&#237;ts&#252;nk egy&#252;tt a menek&#252;lteknek&lt;/i&gt; (&#171; Aidons ensemble les r&#233;fugi&#233;s &#187;), une association, elle aussi b&#233;n&#233;vole, qui pr&#233;pare plus de 1 000 repas chauds quotidiennement et trois fois plus de sandwichs. &#171; &lt;i&gt;En deux mois, on est pass&#233; de 100 &#224; 3 000 membres,&lt;/i&gt; m'indiquait Luca L&#225;szl&#243;, &#233;tudiante de droit et de sciences politiques &#224; Budapest. &lt;i&gt;On a m&#234;me cr&#233;&#233; un groupe anglophone parce que beaucoup de gens de l'&#233;tranger se joignent &#224; nous, surtout des Autrichiens et des Allemands. On prend plus de place aussi. Au d&#233;but, on distribuait la nourriture directement &#224; la gare, mais &#231;a cr&#233;ait des bousculades, alors on s'est d&#233;plac&#233; vers le parc un peu plus loin.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des cinq jours pass&#233;s l&#224;-bas, ce qui me frappera, c'est le cadrage d'une couverture m&#233;dia&#173;tique et gouvernementale qui escamote le d&#233;ploie&#173;ment des relations sociales au profit des &#233;l&#233;ments de tensions. Car les cordons de policiers qui bloquaient l'acc&#232;s &#224; la gare &#224; partir du 1er septembre ont exacerb&#233; les frustrations. On a choisi de filmer les casques de ceux-ci et les migrants qui criaient. On a choisi de compter ces derniers, de d&#233;nombrer corps, visas, &#233;ventuelle r&#233;partition (26 % des r&#233;fugi&#233;&#183;e&#183;s pour l'Allemagne, 20 % pour la France, 12 % pour l'Espagne&#8230;), kilom&#232;tres parcourus, sommes donn&#233;es aux passeurs ou aux autorit&#233;s. A-t-on vu qu'au-del&#224; des hommes qui criaient devant, derri&#232;re eux on trouvait mieux ? On d&#233;couvrait hommes et femmes, familles et jeux, transactions et soins, &#233;changes et traductions, attentes et planifications, tranquillit&#233; et f&#234;te, sommeil et repas &#8211; et des naissances aussi, trois en autant de semaines.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Europe et la cit&#233; mobile&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cela ne diminue pas le drame humain migratoire qu'on voit mieux lorsque la perspective adopt&#233;e embrasse davantage que la Hongrie. Au m&#234;me moment, de l'autre c&#244;t&#233; du Danube, avait lieu le congr&#232;s de l'Association des g&#233;ographes europ&#233;ens o&#249; la migration &#233;tait un th&#232;me de pr&#233;dilection. Eleanore Kofman, g&#233;ographe et professeure &#224; la Facult&#233; de droit de Middlesex University de Londres, y &#233;tait conf&#233;renci&#232;re invi&#173;t&#233;e et faisait l'analyse des &#233;tiquettes que l'on emploie pour nommer ces r&#233;alit&#233;s : &#171; &lt;i&gt;L'opposition migration/mobilit&#233; est une &#171; dichotomie &#187; probl&#233;matique. Dans l'Union europ&#233;enne, &#171; mobilit&#233; &#187; caract&#233;rise le mouvement interne &lt;/i&gt; [des populations] &lt;i&gt;alors que &#171; migration &#187; s'applique &#224; ceux qui viennent de l'ext&#233;rieur.&lt;/i&gt; &#187; La mobilit&#233; est consid&#233;r&#233;e comme caract&#233;ristique du monde contemporain o&#249; la fluidit&#233; et la flexibilit&#233; sont des atouts pour les travailleurs&#183;euses pouvant suivre les emplois constamment d&#233;localis&#233;s. L'id&#233;e sous-jacente est que l'immobilit&#233; est le caract&#232;re de ce qui est plus pauvre, moins adapt&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; du march&#233;. La mobilit&#233; est le trait des privil&#233;gi&#233;s. Le trait des citoyens. Pour les autres, on parlera de migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le glissement d'une &#233;tiquette &#224; l'autre permet de traiter la crise de l'immigration comme une accumulation de cas &lt;i&gt;lambda&lt;/i&gt;, isol&#233;s. On focalise l'attention sur le corps et on cache le cadre. L'immigrant est ainsi transform&#233; en anomalie statistique &#224; exclure ou &#224; normaliser selon que l'on adopte le comportement d'Orb&#225;n ou de la Communaut&#233; europ&#233;enne. La t&#226;che du rejet (fermeture de fronti&#232;res, discours x&#233;nophobe et brutalit&#233;), tout comme celle de la normalisation (bureaucratisation des demandes et contr&#244;le des flux), restera, quoi qu'on fasse alors, gigantesque, voire hors de port&#233;e dans un contexte de crise &#233;conomique larv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes qui se formaient et attendaient &#224; &lt;i&gt;Keleti&lt;/i&gt; annon&#231;aient les enfants qui d&#233;coraient de leurs dessins les colonnes de la station. Les marcheurs annon&#231;aient les vendeurs de sandwichs et les &#233;choppes qui profitent. Les t&#233;l&#233;phones portables annoncent les flux de capitaux. Les &#233;tudiants en cavale annoncent les dipl&#244;mes. L'accueil des Allemands qui applaudirent leur arri&#173;v&#233;e, le fait que, l&#224; &#233;galement, les associations sachent prendre les devants d'une bureaucratie qui ne sait que compter, annonce l'effritement des fronti&#232;res d'une citoyennet&#233; qui n'a pas su cro&#238;tre au rythme de la cit&#233;. Tout indique que ce n'est pas une accumulation d'individus qui se d&#233;place, mais une cit&#233; enti&#232;re. C'est cela, la nouvelle. C'est de voir migrer un village, une ville, une soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte o&#249; l'image est celle d'un cada&#173;vre sur la plage, o&#249; le migrant est r&#233;duit &#224; son corps et ses attributs &#224; des &#233;l&#233;ments comptables, c'est l'ensemble des relations qui devrait faire nouvelle. C'est le fait que dans le monde dans lequel nous vivons, ce ne sont plus uniquement les individus qui sont mobiles, mais les cit&#233;s enti&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Pierre-Mathieu Le Bel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vers la normalisation</title>
		<link>https://www.ababord.org/Vers-la-normalisation</link>
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		<dc:date>2015-12-11T15:30:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Mathieu Le Bel</dc:creator>


		<dc:subject>Immigration, refuge et racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Le Bel, Pierre-Mathieu</dc:subject>

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&lt;p&gt;Voici un article tir&#233; du dossier de notre num&#233;ro actuellement en kiosque, &#171; Europe - Peuples en mouvement &#187;. La pr&#233;sentation du dossier est disponible ici. &lt;br class='autobr' /&gt; La place grandissante des partis d'extr&#234;me droite dans les structures europ&#233;ennes de pouvoir est visible et inqui&#233;tante. &#201;lection apr&#232;s &#233;lection, ils am&#233;liorent leurs performances comme dans le cas de la Ligue du Nord en Italie, de la FP&#214; en Autriche, du FN en France et du Parti de la libert&#233; de Geert Wilders aux Pays-Bas. Ils arrivent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Europe-Peuples-en-" rel="directory"&gt;Dossier : Europe - Peuples en mouvement&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Europe-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Le-Bel-Pierre-Mathieu-+" rel="tag"&gt;Le Bel, Pierre-Mathieu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2116.png?1642092173' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;957&#034; height=&#034;720&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voici un article tir&#233; du dossier de notre num&#233;ro actuellement en kiosque, &#171; Europe - Peuples en mouvement &#187;. La pr&#233;sentation du dossier est disponible &lt;a href=&#034;https://www.ababord.org/Europe-Peuples-en-mouvement&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La place grandissante des partis d'extr&#234;me droite dans les structures europ&#233;ennes de pouvoir est visible et inqui&#233;tante. &#201;lection apr&#232;s &#233;lection, ils am&#233;liorent leurs performances comme dans le cas de la Ligue du Nord en Italie, de la FP&#214; en Autriche, du FN en France et du Parti de la libert&#233; de Geert Wilders aux Pays-Bas. Ils arrivent m&#234;me &#224; participer &#224; des coalitions gouvernementales comme au Danemark avec le Parti populaire danois ou en Finlande avec le parti des Vrais Finlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parlement europ&#233;en ne r&#233;siste pas &#224; cette pouss&#233;e. L'extr&#234;me droite occupe 90 des 750 si&#232;ges de l'assembl&#233;e. Deux groupes s'y sont form&#233;s. On trouve l'Europe de la libert&#233; et de la d&#233;mocratie qui rassemble des repr&#233;&#173;sentant&#183;e&#183;s de la Lituanie, de la Pologne, de la R&#233;publique tch&#232;que, de la France, mais surtout du Mouvement 5 &#233;toiles d'Italie et de l'UKIP euro&#173;sceptique anglais. Depuis juin, on trouve &#233;galement l'Europe des nations et des libert&#233;s, la formation d'extr&#234;me droite conduite par la pr&#233;sidente du Front national (FN), Marine Le Pen.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_89 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH339/1341-a3922.png?1729027900' width='500' height='339' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux causes et une crise instrumentalis&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut expliquer le ph&#233;nom&#232;ne de pouss&#233;e poli&#173;tique de cette droite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par &#171; droite &#187;, nous ne r&#233;f&#233;rons pas dans cet article aux partis de droite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans arriver toutefois &#224; l'&#233;lucider enti&#232;rement, par deux &#233;l&#233;ments de contexte sociopolitique europ&#233;en. On pensera d'abord au d&#233;calage, qui ressemble de plus en plus &#224; un gouffre, entre Union europ&#233;enne &#233;conomique et Union europ&#233;enne sociale. En effet, si la croissance &#233;conomique a pu longtemps cacher les d&#233;fail&#173;lances sociales de l'Europe, le contexte qu'on conna&#238;t depuis 2008 ne le permet plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si l'&#233;conomie a avantageusement &#233;t&#233; mise en commun en Union europ&#233;enne &#8211; libre &#233;change total, uniformisation des normes, s&#233;curit&#233; partag&#233;e, monnaie commune &#8211; son filet social a quant &#224; lui &#233;t&#233; laiss&#233; sous la pr&#233;rogative des &#201;tats-nations malgr&#233; des d&#233;clarations d'intentions r&#233;p&#233;t&#233;es. Dans le champ social, l'UE se limi&#173;te essentiellement &#224; la libre circulation des travailleurs&#183;euses, au droit du travail et &#224; l'&#233;galit&#233; entre les sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment est li&#233; &#224; la perception qu'ont les &#233;lecteurs&#183;trices du politique et de la d&#233;mo&#173;cratie europ&#233;enne. Si ceux-ci et celles-ci avaient au moins le sentiment de porter au pouvoir des repr&#233;sentants &#224; l'&#233;thique irr&#233;prochable pr&#233;occup&#233;s par l'am&#233;lioration du sort du plus grand nombre, on aurait pu, et c'est ce que certains se contentent de faire, bl&#226;mer le contexte mondial. Malheureusement, en Europe comme en Am&#233;rique, les scandales faisant appara&#238;tre la moralit&#233; pour le moins &#233;lastique des d&#233;cideurs et d&#233;cideuses ne se comptent plus, qu'on pense au scandale Bygmalion en France, aux multiples frasques Berlusconi en Italie ou &#224; l'affaire des notes de frais des d&#233;put&#233;s britanniques en 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question migratoire, sans aucun doute instrumentalis&#233;e par la droite, vient se greffer &#224; la situ&#173;ation &#233;conomique et politique que nous venons de d&#233;crire. Aussi spectaculaire qu'elle soit, la dite crise migratoire doit &#234;tre compar&#233;e &#224; des p&#233;rio&#173;des (par exemple la guerre du Vietnam) et des lieux (l'Espagne, le Liban) qui ont &#233;t&#233; ou sont actuellement le cadre d'une situation migratoire exceptionnelle sans pour autant conna&#238;tre de mont&#233;e de la droite. La question migratoire ne saurait alors constituer en elle-m&#234;me une cause de radicalisation en Europe. Ce qui est certain cepen&#173;dant, c'est que partout les partis de droite identitaire ont su s'approprier la question. De tr&#232;s bons exemples &#224; cet &#233;gard sont visibles dans le consensus populaire hongrois autour de la crise, dans les discours de la droite danoise ou les foules nombreuses lors des manifestations de Pegida en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'extr&#234;me droite presque partout, mais pas partout pareille&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La large diffusion du ph&#233;nom&#232;ne ne doit pas nous emp&#234;cher de garder &#224; l'esprit que si l'analyse ext&#233;rieure tend &#224; faire ressortir les similitudes, les points de divergences peuvent &#234;tre importants. Ainsi, nous ne sommes pas en pr&#233;sence d'une extr&#234;&#173;me droite en Europe, mais bien de plusieurs droites ayant des strat&#233;gies et objectifs multiples, voire conflictuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs analystes &#233;tablissent ainsi une distinction entre les formations politiques de droite qui acceptent les r&#232;gles de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative et qu'on nommera droite radicale (comme le FN), et celles qui marquent une pr&#233;f&#233;rence pour la d&#233;mocratie directe, davantage &#224; l'extr&#234;me droite du spectre (comme la Ligue du Nord en Italie et Aube Dor&#233;e en Gr&#232;ce). Cette d&#233;mocratie directe prend forme notamment dans les initiatives populaires, la r&#233;vocabilit&#233; des mandats des &#233;lu&#183;e&#183;s et une d&#233;nonciation des institutions de la mondialisation &#233;conomique qu'on retrouve aussi du c&#244;t&#233; de la gauche, mais qui, ici, n'est sens&#233;e concerner qu'un groupe national ou ethnique privil&#233;gi&#233;. Les deux tendances ont laiss&#233; voir &#224; plusieurs reprises leur dissension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marine Le Pen n'a pas voulu s'associer &#224; Aube Dor&#233;e ou &#224; Jobbik (Hongrie) pour former son groupe europ&#233;en ; et de son c&#244;t&#233;, Nigel Farage, chef de l'UKIP britannique, a pris soin de garder ses distances face au FN. C'est d'ailleurs seulement lorsque Janice Atkinson fut exclue de son parti pour ses prises de position explicitement racis&#173;tes et devint membre ind&#233;pendante au Parlement europ&#233;en que Le Pen a pu la recruter et ainsi parvenir &#224; rassembler des repr&#233;sentants de sept pays, le minimum pour constituer un groupe au Parlement europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis de droite qui adh&#232;rent aux r&#232;gles traditionnelles de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative ont par ailleurs tous entrepris de rendre leur discours moins explicitement radical afin de gagner les faveurs de l'&#233;lectorat. Cela explique l'essentiel du schisme entre Le Pen p&#232;re et fille, de m&#234;me que le coup de ma&#238;tre politique que fut le recrutement par le FN du transfuge de l'UMP Karim Herzallah, &#233;lu &#224; Marseille (ce dernier expliqua aux m&#233;dias qu'il en avait &#171; ras-le-bol d'&#234;tre l'arabe de service &#187; &#224; l'UMP&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Union pour un mouvement populaire (droite) est le parti de Nicolas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !). Cela explique &#233;galement l'extr&#234;me pr&#233;caution discursive du groupe Europe de la libert&#233; et de la d&#233;mocratie &#224; se distinguer du discours antis&#233;mite du FN. Dans l'imm&#233;diat, la droite conservatrice traditionnelle peut en outre se poser comme mod&#233;r&#233;e, seule capable de freiner l'extr&#234;me droite. C'est ce que tentent Les R&#233;publicains en France et c'est ce qu'ont r&#233;ussi les droites conservatrices en Suisse et en Pologne cet automne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vari&#233;t&#233; au sein de la droite est bien le signe que la crise &#233;conomique n'est pas un facteur expli&#173;catif suffisant. N'oublions pas, par exemple, que le scrutin uninominal &#224; un tour qui a cours au Cana&#173;da rend plus difficile la repr&#233;sentation des petits partis, alors que le syst&#232;me &#233;lectoral de nombre de pays europ&#233;ens permet des &#233;l&#233;ments de proportionnelle rendant m&#233;caniquement possible un plus large &#233;ventail de repr&#233;sentations id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander si la tension entre forces centralisatrices et d&#233;centralisatrices au sein de l'UE n'a pas jou&#233; un r&#244;le plus important que la stricte crise &#233;conomique. Les forces centralisatrices &#233;conomiques europ&#233;ennes comme la politique agricole commune (PAC) par exemple, ont bien ouvert des march&#233;s et harmonis&#233; des normes. Mais elles n'ont pas &#233;t&#233; &#233;quilibr&#233;es par des m&#233;canismes locaux de mitigation des in&#233;galit&#233;s qui auraient permis d'att&#233;nuer ses effets, par exemple sur la petite paysannerie. Le m&#234;me type de m&#233;canisme d'ouverture &#233;conomique a fragilis&#233; les travailleurs industriels de l'ouest europ&#233;en. On a vu entre autre en Gr&#232;ce que l'imposition g&#233;n&#233;ralis&#233;e par l'UE de politiques d'aust&#233;rit&#233; n'a pas permis d'apporter des solutions qui respectent les aspirations locales. Ce ph&#233;nom&#232;ne a constitu&#233; un terreau fertile &#224; l'&#233;closion de forces politiques de contestation d'ailleurs pas toutes ancr&#233;es &#224; droite. Que l'on pense aux Partis Pirates en Allemagne, Su&#232;de, Finlande, Autriche, Islande ; &#224; Podemos en Espagne ; &#224; Syriza en Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre cette tension et les promesses non tenues d'un d&#233;veloppement socialement durable permet de faire ressortir les similitudes r&#233;elles entre mouvements de droite et mouvements de gauche en Europe. Cela permet entre autres d'expli&#173;quer des alliances politiques comme celle qui a cours entre Syriza de gauche radicale et l'ANEL. Le parti au pouvoir en Gr&#232;ce a en effet form&#233; une coalition avec le parti populiste de droite afin de s'assurer une majorit&#233; d&#232;s janvier 2015 jusqu'aux &#233;lections de septembre, puis &#224; nouveau apr&#232;s les derni&#232;res l&#233;gislatives. De telles alliances ne d&#233;notent ni une ouverture de la droite ni un repli sur soi de la gauche, mais soulignent plut&#244;t l'importance du d&#233;senchantement politique et l'absence d'ad&#233;quation entre le projet &#233;conomique europ&#233;en et les aspirations sociales des &#233;lectrices et &#233;lecteurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par &#171; droite &#187;, nous ne r&#233;f&#233;rons pas dans cet article aux partis de droite conservatrice traditionnelle comme l'UMP, le Parti populaire espagnol ou le Parti conservateur britannique, mais bien aux formations politiques se positionnant davantage &#224; l'extr&#234;me de ce spectre id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Union pour un mouvement populaire (droite) est le parti de Nicolas Sarkozy. Depuis mai 2015, le parti se nomme Les R&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Le 1er mai 2015, le Front national a, comme tous les ans, c&#233;l&#233;br&#233; Jeanne d'Arc. (Cr&#233;dit : letudiantautonome.fr)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Une r&#233;forme scolaire mal venue</title>
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		<dc:date>2015-06-10T00:58:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Mathieu Le Bel</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Le Bel, Pierre-Mathieu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le contexte politique pour le moins chaotique qu'on sait, le milieu scolaire fran&#231;ais traverse un grand chamboulement. Promise par Fran&#231;ois Hollande durant sa campagne de 2012, la r&#233;forme des rythmes scolaires est cens&#233;e constituer le premier pas d'une transformation de l'&#233;cole primaire (qui inclut la maternelle) de l'Hexagone. Alors que les effets sont importants, les collectivit&#233;s locales n'ont pas toutes les m&#234;mes moyens pour y faire face. &lt;br class='autobr' /&gt; Depuis 2008, on avait fait dispara&#238;tre la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-57-dec-2014-janv-2015-" rel="directory"&gt;No 057 - d&#233;c. 2014 / janv. 2015&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Europe-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Le-Bel-Pierre-Mathieu-+" rel="tag"&gt;Le Bel, Pierre-Mathieu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2015.png?1642092166' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;423&#034; height=&#034;247&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le contexte politique pour le moins chaotique qu'on sait, le milieu scolaire fran&#231;ais traverse un grand chamboulement. Promise par Fran&#231;ois Hollande durant sa campagne de 2012, la r&#233;forme des rythmes scolaires est cens&#233;e constituer le premier pas d'une transformation de l'&#233;cole primaire (qui inclut la maternelle) de l'Hexagone. Alors que les effets sont importants, les collectivit&#233;s locales n'ont pas toutes les m&#234;mes moyens pour y faire face.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2008, on avait fait dispara&#238;tre la demi-journ&#233;e d'&#233;cole du samedi et conserv&#233; un calendrier scolaire sur 4 jours : pas d'&#233;cole les mercredis pour les jeunes Fran&#231;ais&#183;es. R&#233;sultat : &#224; 144 jours d'&#233;cole par ann&#233;e &#8211; le plus petit nombre des pays de l'OCDE dont la moyenne se chiffre &#224; 187 jours de classe &#8211; il y avait l&#224; un irritant, voire une cause diront certain&#183;e&#183;s, d'une d&#233;t&#233;rioration du rendement des &#233;l&#232;ves fran&#231;ais. Puis, des recherches sur les biorythmes de l'enfant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rapport de l'Acad&#233;mie nationale de m&#233;decine sur les rythmes scolaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont venues amener de l'eau au moulin de ceux et celles qui jugent que la pause du mercredi constituait une brisure dans le rythme d'apprentissage et fatiguait davantage les enfants. Ces &#233;l&#233;ments ont servi d'assise &#224; cette r&#233;forme qui a fait passer la semaine des &#233;l&#232;ves du primaire &#224; neuf demi-journ&#233;es. Autrement dit, les enfants ont d&#233;sormais &#233;cole le mercredi matin et chaque journ&#233;e compte des p&#233;riodes de TAP : du temps d'activit&#233;s p&#233;riscolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces TAP repr&#233;sentent un v&#233;ritable gain en termes d'activit&#233;s p&#233;riscolaires m'a expliqu&#233; une m&#232;re de deux enfants de la ville d'Amiens. Cela permet notamment de mettre en place des programmes de pr&#233;vention et d'intervention sociale. &#171; &lt;i&gt;Nous travaillons avec des associations qui peuvent intervenir dans les &#233;coles pour faire des actions de pr&#233;vention (nutrition, d&#233;pendances, etc.). En primaire, des actions plus globales sur l'estime de soi sont plut&#244;t bien &#233;valu&#233;es [&#8230;]. Ce type d'actions vu sous l'angle &#8216;&#8216; sant&#233; '' peut &#233;videmment s'&#233;tendre au champ social et &#224; la citoyennet&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;forme in&#233;gale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux d'un Nord-Am&#233;ricain, la semaine de cinq jours n'a rien de choquant. Or, cette r&#233;forme a des effets qui vont au-del&#224; de la salle de classe. O&#249; regrouper les enfants lors des p&#233;riodes de TAP ? Pas en classe puisque ceux-ci ne sont plus sous la responsabilit&#233; de l'&#233;cole apr&#232;s 15 h 30 ou 11 h 30 le mercredi. Dans des salles communautaires ou des centres de loisirs ? Encore faut-il que de telles installations existent, et cela souligne une faille importante de la r&#233;forme : les in&#233;galit&#233;s entre les communes et plus particuli&#232;rement entre la ville et la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, dans la petite commune de Mirefleurs, en Auvergne, les parents croulant sous les informations contradictoires ont eu du mal &#224; planifier la rentr&#233;e scolaire alors qu'il &#233;tait difficile de savoir o&#249; et quand les enfants fr&#233;quenteraient l'&#233;cole, la garderie et les TAP. En outre, les petites communes n'ont pas toujours les moyens ou les installations n&#233;cessaires afin d'offrir des activit&#233;s de qualit&#233;. Les enfants doivent alors &#234;tre d&#233;plac&#233;s en bus vers un autre site. Une fois arriv&#233;s, les moniteurs qui en ont la charge ont des niveaux de comp&#233;tence variable&#8230; Ici, les grandes communes sont favoris&#233;es puisqu'elles ont acc&#232;s &#224; davantage de ressources pour moins cher. Par exemple, Amiens n'a pas transf&#233;r&#233; de co&#251;t suppl&#233;mentaire aux parents concern&#233;s, alors qu'&#224; Orl&#233;ans les frais de garderie ont augment&#233;, pour aller jusqu'&#224; doubler &#224; Mirefleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, non seulement les m&#233;dias ont diffus&#233; peu d'information sur la r&#233;forme, mais &#224; quelques jours de la rentr&#233;e 2014, le ministre de l'&#201;ducation Beno&#238;t Hamon, qui avait d&#233;j&#224; remplac&#233; Vincent Peillon quelques mois plus t&#244;t, ne fut pas reconduit &#224; son poste par le nouveau gouvernement de Manuel Valls. Beno&#238;t Hamon avait permis aux communes moins fortun&#233;es de s'adapter en concentrant les activit&#233;s p&#233;riscolaires sur un seul apr&#232;s-midi et son remplacement impromptu fut mal accueilli par le milieu scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;forme du mode de vie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que ce ne sont pas les principes qui sont mis en cause, mais que c'est plut&#244;t l'application in&#233;galitaire, voire chaotique, de la r&#233;forme qui est source de m&#233;contentement. &#192; Marseille, la rentr&#233;e a carr&#233;ment &#233;t&#233; interrompue dans certaines &#233;coles o&#249; les parents, soutenus par les enseignant&#183;e&#183;s et les directions, refusaient d'amener leurs enfants en classe tant que la situation ne gagnait pas en clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de la confusion et des co&#251;ts financiers, c'est peut-&#234;tre un changement de culture que vivent les Fran&#231;ais. &#192; Orl&#233;ans, un p&#232;re de jumelles croit que l'impact est trop grand : &#171; &lt;i&gt;Les gamins sont crev&#233;s d&#232;s le jeudi. &lt;/i&gt; &#187; Plusieurs parents profitaient d&#233;j&#224; du mercredi pour inscrire leurs enfants &#224; des activit&#233;s. Maintenant qu'il ne reste que la fin de semaine, d'aucuns se demandent si les parents ne pr&#233;f&#233;reront pas garder leurs enfants &#224; la maison. Certaines institutions ou associations locales pourraient alors en p&#226;tir. La biblioth&#232;que municipale la plus pr&#232;s de Mirefleurs se remplissait les mercredis, elle est plus calme aujourd'hui&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le rapport de l'Acad&#233;mie nationale de m&#233;decine sur les rythmes scolaires peut &#234;tre consult&#233; &#224; l'adresse suivante : &lt;a href=&#034;http://www.academie-medecine.fr/publication100036111/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.academie-medecine.fr/publication100036111/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Postes Canada &#224; l'&#232;re du 2.0</title>
		<link>https://www.ababord.org/Postes-Canada-a-l-ere-du-2-0</link>
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		<dc:date>2015-06-10T00:00:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Mathieu Le Bel</dc:creator>


		<dc:subject>Economie et finances publiques</dc:subject>
		<dc:subject>Politique canadienne</dc:subject>
		<dc:subject>Le Bel, Pierre-Mathieu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Postes Canada avance dans sa strat&#233;gie de mettre un terme &#224; la livraison du courrier &#224; domicile. Les protestations n'ont pas tard&#233; &#224; venir tant des partis d'opposition que des municipalit&#233;s et des citoyen&#183;ne&#183;s d&#232;s l'annonce de la soci&#233;t&#233; en f&#233;vrier dernier. Pourtant, en mettant l'accent sur les aspects les plus mat&#233;riels du probl&#232;me, ne passe-t-on pas &#224; c&#244;t&#233; de l'essentiel ? &lt;br class='autobr' /&gt; Le D&#233;partement des bureaux de poste a vu le jour en 1867. Presque en m&#234;me temps que le pays. C'est en 1981 que la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-55-ete-2014-" rel="directory"&gt;No 055 - &#233;t&#233; 2014&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1955.png?1642092163' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;366&#034; height=&#034;418&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Postes Canada avance dans sa strat&#233;gie de mettre un terme &#224; la livraison du courrier &#224; domicile. Les protestations n'ont pas tard&#233; &#224; venir tant des partis d'opposition que des municipalit&#233;s et des citoyen&#183;ne&#183;s d&#232;s l'annonce de la soci&#233;t&#233; en f&#233;vrier dernier. Pourtant, en mettant l'accent sur les aspects les plus mat&#233;riels du probl&#232;me, ne passe-t-on pas &#224; c&#244;t&#233; de l'essentiel ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le D&#233;partement des bureaux de poste a vu le jour en 1867. Presque en m&#234;me temps que le pays. C'est en 1981 que la Loi sur la Soci&#233;t&#233; canadienne des postes institue Postes Canada que l'on conna&#238;t aujourd'hui. La sant&#233; financi&#232;re de l'institution a &#233;volu&#233; en dents de scie, mais les derni&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement difficiles pour la soci&#233;t&#233; qui cumulait un d&#233;ficit de plus de 100 M$ pour le deuxi&#232;me trimestre de 2013 seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut supposer que cela s'inscrit dans la logi&#173;que de l'&#233;poque et pr&#233;dire que la presque totalit&#233; de la distribution des lettres est effectivement amen&#233;e &#224; dispara&#238;tre. Restera la distribution de colis. Cette situation impose une rationalisation des activit&#233;s, pr&#233;tend-on, et la fin du courrier &#224; domicile s'inscrit dans cette logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel r&#244;le pour Postes Canada ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact de l'am&#233;nagement urbain de bo&#238;tes postales par milliers ou centaines de milliers dans des villes d&#233;j&#224; bien pleines frappe &#233;videmment l'imaginaire. Mais cette inqui&#233;tude est symptomatique d'une analyse du probl&#232;me uniquement articul&#233;e autour de sa base mat&#233;rielle. L'impact spatial des infrastructures de t&#233;l&#233;communications n'est de toute fa&#231;on jamais nul, loin s'en faut. On pensera aux antennes, c&#226;bles et autres bo&#238;tes. On pensera &#233;galement aux ondes et &#224; la mobilit&#233; des techniciens, ceux qui vont parfois dans votre cour arri&#232;re pour monter &#224; un poteau sans demander votre accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur n'a-t-elle pas &#233;t&#233; de concevoir Postes Canada comme une institution ayant pour t&#226;che de livrer des lettres et colis plut&#244;t que comme une agence permettant la diffusion d'informations ? Si l'&#201;tat a autrefois jug&#233; bon d'assurer la distribution du courrier, c'est peut-&#234;tre non seulement parce que cela permet une diffusion mat&#233;rielle de missives, mais plut&#244;t et surtout parce que cette diffusion est essentielle &#224; la production et &#224; la reproduction d'une sph&#232;re publique dynamique, cette derni&#232;re n&#233;cessitant des &#233;changes riches et constants entre citoyennes et citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas acheminer le courrier jusqu'aux m&#233;nages, cela &#233;quivaut au retrait graduel de l'&#201;tat de la distribution de l'information. Ph&#233;nom&#232;ne qu'on constate &#233;galement &#224; travers le financement toujours menac&#233; de Radio-Canada &#8211; CBC (la diff&#233;rence tient en quelque sorte au fait que Radio-Canada offre un m&#233;dium et du contenu, alors que Postes Canada n'offre qu'un m&#233;dium).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; on peut voir Postes Canada comme pr&#233;sentant une opportunit&#233;, publique, d'acc&#232;s &#224; l'information, ne peut-on voir dans la fin annonc&#233;e de la livraison du courrier &#224; domicile une forme de privatisation du bien commun ? Cette privatisation est d'autant plus pernicieuse qu'elle est atteinte par la passivit&#233; plut&#244;t que par l'action. On n'a, en somme, qu'&#224; laisser la technologie rattraper les institutions du bien commun, qui deviennent obsol&#232;tes, en ne changeant jamais leur mandat ou en limitant leurs ressources financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette privatisation s'effectue par la base, en rendant l'individu responsable de la r&#233;ception du courrier, ce qui activera de nouvelles in&#233;galit&#233;s, les personnes &#224; mobilit&#233; r&#233;duite ayant un acc&#232;s plus difficile aux futures bo&#238;tes postales. Cette in&#233;galit&#233; est d&#233;j&#224; v&#233;cue dans certains milieux ruraux. La privatisation s'effectue &#233;galement par le haut en laissant l'espace d'informations le plus dynamique et contemporain &#8211; Internet, qui prend la place du courrier &#8211; aux int&#233;r&#234;ts priv&#233;s des c&#226;blodistributeurs, ce qui a pour effet de retirer ce domaine de l'espace de d&#233;lib&#233;ration que permet au moins en principe un service rattach&#233; aux institutions publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re que Postes Canada est responsable d'infrastructures et de pratiques permettant la distribution efficace de l'information, on peut alors tirer des conclusions plus novatrices que celles qui sont implicites dans le &#171; &lt;i&gt;downsizing&lt;/i&gt; &#187; assassin que l'on conna&#238;t, dans l'augmentation des tarifs ou encore dans l'offre de services bancaires que proposait le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP). Plut&#244;t que des missives et des paquets, c'est l'acc&#232;s au 2.0 qui doit &#234;tre distribu&#233;. Postes Canada devrait, en fait, pour &#234;tre de son &#233;poque, &#234;tre un fournisseur de services Internet en plus d'un distributeur de colis. Ce serait d'ailleurs coh&#233;rent avec la Loi sur la Soci&#233;t&#233; canadienne des postes qui stipule entre autres : &#171; &lt;i&gt;Dans l'exercice de sa mission, la Soci&#233;t&#233;, tout en assurant l'essentiel du service postal habituel : a)&#8194;tient compte de l'opportunit&#233; d'adapter, qualitativement et quantitativement, ses prestations et ses produits &#224; l'&#233;volution de la technologie des communications&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, Radio-Canada fait bien de la t&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : G&#233;rald McKenzie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un r&#233;f&#233;rendum historique</title>
		<link>https://www.ababord.org/Un-referendum-historique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Un-referendum-historique</guid>
		<dc:date>2015-03-09T23:57:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Mathieu Le Bel</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Le Bel, Pierre-Mathieu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 9 novembre prochain, la Catalogne organisera un r&#233;f&#233;rendum sur son ind&#233;pendance. Vues de l'ext&#233;rieur et a fortiori pour ceux et celles qui ne se frottent pas &#224; la culture catalane, les marques distinctives de celle-ci paraissent biff&#233;es au profit d'une pr&#233;tendue homog&#233;n&#233;it&#233; hispanique que Madrid a beau jeu de diffuser. Dans le reste de l'Europe, grands financiers et politiques, toujours friands de statu quo, font circuler un discours de catastrophe imminente et de rejet de l'Union (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1972.png?1642092164' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;793&#034; height=&#034;505&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 9 novembre prochain, la Catalogne organisera un r&#233;f&#233;rendum sur son ind&#233;pendance. Vues de l'ext&#233;rieur et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; pour ceux et celles qui ne se frottent pas &#224; la culture catalane, les marques distinctives de celle-ci paraissent biff&#233;es au profit d'une pr&#233;tendue homog&#233;n&#233;it&#233; hispanique que Madrid a beau jeu de diffuser. Dans le reste de l'Europe, grands financiers et politiques, toujours friands de &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;, font circuler un discours de catastrophe imminente et de rejet de l'Union europ&#233;enne. Au Qu&#233;bec, on conna&#238;t ce refrain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;sent texte est le premier de deux sur le sujet. Le suivant para&#238;tra (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Culturellement, la distinction catalane repose de fa&#231;on &#233;vidente sur sa langue. Celle-ci n'est pas, comme plusieurs ont tendance &#224; le croire, un m&#233;lange d'espagnol et de fran&#231;ais ou d'italien. C'est une langue dont les premi&#232;res r&#233;f&#233;rences &#233;crites datent du d&#233;but du 12e si&#232;cle et qui &#233;tait d&#233;j&#224; une langue nationale au 14e si&#232;cle, celle du royaume d'Aragon, puissance majeure de l'&#233;poque alors que ni l'Espagne ni l'Italie n'existaient, et que la langue d'o&#239;l affirmait &#224; peine sa dominance politique sur la langue d'oc dans la France d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques &#233;l&#233;ments d'une identit&#233; historique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1319 que le roi Jaume el Just rassemble Aragon, Valence et la Catalogne sous la couronne d'Aragon, mais d&#233;j&#224; au 13e si&#232;cle le roi Pere avait accept&#233; une forme de constitution alors inexistante en Occident. Il s'agit du pactisme, une forme de constitution reconnaissant entre autres les droits de l'&#201;glise, de la noblesse et de la bourgeoisie urbaine, le devoir de consultation une fois l'an et le respect des usages locaux de m&#234;me que la supervision par les bourgeois des fonctionnaires royaux charg&#233;s de la collecte des imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve en Catalogne une riche tradition agricole mais aussi commerciale, car si les enfants a&#238;n&#233;s recevaient traditionnellement l'ensemble du patrimoine accumul&#233; par leurs parents, leurs cadets &#233;taient souvent promis, &#224; partir du 18e si&#232;cle, &#224; une carri&#232;re commerciale. Cela eut deux cons&#233;quences : la pr&#233;servation des patrimoines ruraux et le d&#233;veloppement commercial barcelonais qui devint et demeure un p&#244;le &#233;conomique r&#233;gional majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Catalogne b&#233;n&#233;ficie aujourd'hui d'une sant&#233; &#233;conomique relative si on la compare au reste de l'Espagne. C'est le plus grand exportateur (28 % des exportations espagnoles en 2011) et la plus importante destination touristique d'Espagne. On y trouve qui plus est davantage de caisses d'&#233;pargne que de banques, un autre h&#233;ritage du droit de regard des citoyen&#183;ne&#183;s sur la gouverne &#233;conomique. Cette tradition de d&#233;mocratie participative locale, loin de la centralisation madril&#232;ne, est directement en lien avec le d&#233;veloppement, durant le premier tiers du 20e si&#232;cle, d'un mouvement anarchiste unique dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience anarchiste, qui s'inscrivit jusque dans le monde municipal et syndical et autant contre la droite que la gauche alors stalinienne, fut stopp&#233;e net par la dictature de Franco (1936/39 &#8211;1977). Comme le r&#233;gime franquiste interdisait jusqu'&#224; l'usage du catalan, celui-ci disparut de l'espace public. La fin du r&#233;gime a pourtant montr&#233; qu'il n'&#233;tait pas mort, tant s'en faut. En s'inspirant de la loi 101 qu&#233;b&#233;coise, tout r&#233;sident de la Catalogne doit de nos jours &#233;tudier en catalan. &#192; l'universit&#233;, il revient &#224; chaque professeur&#183;e de d&#233;cider la langue d'usage de son enseignement. De fait, la majorit&#233; choisit le catalan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une autre inspiration qu&#233;b&#233;coise : la Catalogne dispose &#233;galement de sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consommer de la culture en catalan est non seulement facile, mais &#233;vident. Dix cha&#238;nes de t&#233;l&#233;, la moiti&#233; priv&#233;es (on ne pourra pas dire que seuls les fonds publics permettent la transmission en catalan puisque le march&#233; semble y trouver son compte) et 10 000 livres publi&#233;s chaque ann&#233;e ainsi que deux quotidiens majeurs permettent un acc&#232;s diversifi&#233; &#224; la culture, pour tous les go&#251;ts et toutes les positions id&#233;ologiques. Le web n'est pas en reste, le catalan y est la 10e langue la plus pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on compte environ 10 millions de personnes parlant catalan qui se r&#233;partissent en Catalogne, dans la Communaut&#233; valencienne, aux &#238;les Bal&#233;ares. C'est &#233;galement la langue officielle de la r&#233;publique d'Andorre et de la ville d'Alguer en Sardaigne. En somme, c'est plus de locuteurs qu'en comptent le danois, le norv&#233;gien ou le finnois (environ 5 millions chacun) et autant que le su&#233;dois ou le tch&#232;que. Comme pour toutes les langues, on trouve des variations au sein de son espace linguistique. On ne parle pas tout &#224; fait de la m&#234;me fa&#231;on &#224; Barcelone ou &#224; Valence. Il y a sans doute des d&#233;saccords sur les normes &#224; suivre, mais personne l&#224;-bas ne vous dira que le catalan, c'est comme de l'espagnol avec du fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La bougie d'allumage : une gifle juridique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Franco meurt en 1975. La transition d&#233;mocratique, malgr&#233; une tentative de coup d'&#201;tat en 1981, fut relativement paisible. La fin du r&#233;gime franquiste a rendu possible l'&#233;panouissement d'une culture violemment r&#233;prim&#233;e, tout comme il a rendu visibles les distinctions id&#233;ologiques et culturelles que la dictature permettait de voiler. Il s'agit d'abord d'une mosa&#239;que gauche/droite o&#249; la Catalogne ne fait pas exception (bien qu'historiquement plus progressiste que la Castille) : comme chez d'autres nations, la r&#233;gion m&#233;tropolitaine vote plus &#224; gauche que les zones rurales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ensuite de l'expression politique de l'option ind&#233;pendantiste (catalane et basque) qui n'est pas le monopole d'un seul parti. Les partis politiques catalans sont nombreux, et &#224; droite comme &#224; gauche, on trouve des d&#233;fenseurs de l'ind&#233;pendance qui semblent arriver &#224; mettre de c&#244;t&#233; leurs diff&#233;rends, particuli&#232;rement depuis le rejet de l'&lt;i&gt;Estatut d'Autonomia&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si la constitution espagnole de 1978 attribue une valeur historique &#224; la nationalit&#233; catalane, la rel&#233;guant de la sorte au pass&#233;, l'&lt;i&gt;Estatut d'Autonomia de Catalunya&lt;/i&gt; stipulait au contraire que &#171; &lt;i&gt;le Parlement de Catalogne, d&#233;positaire du sentiment et de la volont&#233; de la citoyennet&#233; catalane, d&#233;finit la Catalogne comme une nation&lt;/i&gt; &#187;. Ce statut fut approuv&#233; par r&#233;f&#233;rendum en juin 2006 et reconnaissait &#233;galement la pr&#233;dominance du catalan, &#233;l&#233;ments rejet&#233;s par le tribunal constitutionnel espagnol en juin 2010. Cela a constitu&#233; un camouflet sans pr&#233;c&#233;dent pour une population chez qui l'&lt;i&gt;Estatut&lt;/i&gt; faisait largement consensus. Comme l'ont confirm&#233; un million et demi de Catalans marchant dans les rues pour r&#233;clamer l'ind&#233;pendance en septembre 2012, puis l'&#233;lection r&#233;gionale du 25 novembre 2012 donnant le pouvoir &#224; une majorit&#233; de d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s ind&#233;&#173;pendantistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, le 23 janvier 2013, le parlement catalan adoptait &#224; 85 voix contre 41 la d&#233;claration de souverainet&#233; et du droit &#224; l'autod&#233;termination du peuple catalan. Fort de cette l&#233;gitimit&#233;, Arthur Mas, le pr&#233;sident de la &lt;i&gt;Generalitat de Catalunya&lt;/i&gt; et de la Convergence d&#233;mocratique de Catalogne (centriste) a pos&#233; petit &#224; petit les &#233;l&#233;ments cens&#233;s mener, le 9 novembre prochain, au r&#233;f&#233;rendum. Les deux questions auxquelles la population catalane devra r&#233;pondre ont le m&#233;rite de la clart&#233; : &#171; La Catalogne devrait-elle devenir un &#201;tat ? &#187; et &#171; Est-ce que cet &#201;tat devrait &#234;tre ind&#233;&#173;pendant ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Madrid, le Parti populaire (conservateur) au pouvoir refuse une d&#233;centralisation significative et nie le droit de la Catalogne de tenir ce r&#233;f&#233;rendum. Initiative imm&#233;diatement rejet&#233;e par le premier ministre espagnol Mariano Rajoy, rejet &#224; moiti&#233; confirm&#233; par les tribunaux le 25 mars dernier. Le 8 avril, le congr&#232;s espagnol rejetait &#224; nouveau la demande de la Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Campagne de peur misant sur l'ins&#233;curit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les Qu&#233;b&#233;cois&#183;es connaissent bien l'argumentaire contre l'ind&#233;pendance de la Catalogne puisqu'il ressemble &#224; celui que servait le camp f&#233;d&#233;raliste canadien. Notons que le discours sur les &#233;ventuels probl&#232;mes &#233;conomiques engendr&#233;s par l' accession &#224; l'ind&#233;pendance trouve cependant moins d'&#233;cho dans une r&#233;gion qui est manifestement plus solide &#233;conomiquement que le reste de l'Espagne. Bien humblement, il me semble que les Catalan&#183;e&#183;s qui sont oppos&#233;s &#224; l'ind&#233;pendance sont confiants de leur potentiel &#233;conomique, mais incertains de leur sp&#233;cificit&#233; culturelle. Le contraire des Qu&#233;b&#233;cois&#183;es qui partagent leurs r&#233;ticences, en somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons, et c'est un &#233;l&#233;ment qui est instrumentalis&#233; &#233;galement par les Britanniques contre l'ind&#233;pendantisme &#233;cossais, la menace d'une expulsion de l'Union europ&#233;enne. Aucun pays n'a quitt&#233; l'Union europ&#233;enne avant. Il serait vraisemblablement difficile de faire avaler un &#233;ventuel rejet &#224; des gens qui en ont fait partie depuis 1986. Surtout, on peut douter que l'Europe, en plein d&#233;ficit de confiance, mette ces menaces &#224; ex&#233;cution en rejetant le territoire &#233;conomiquement le plus solide de la p&#233;ninsule ib&#233;rique. Les ind&#233;pendantistes misent entre autres sur un potentiel attractif plus important aupr&#232;s des investisseurs &#233;trangers lorsqu'ils auront mis l'Espagne derri&#232;re eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons, en terminant, qu'il s'agit bien de l'ind&#233;pendance potentielle de la Catalogne et non pas de toutes les r&#233;gions catalanes. Un territoire de 31 000 km2. Petit ? C'est un peu plus grand que la Belgique. Le 10 novembre 2014, c'est peut-&#234;tre un petit pays qu'auront les Catalans, mais ce pays a une histoire qui d&#233;j&#224; lui donne une assise identitaire propre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le pr&#233;sent texte est le premier de deux sur le sujet. Le suivant para&#238;tra dans le num&#233;ro de d&#233;cembre et analysera le r&#233;sultat du r&#233;f&#233;rendum catalan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une autre inspiration qu&#233;b&#233;coise : la Catalogne dispose &#233;galement de sa propre force de police, les Mosos d'Esquadra, pour laquelle la Suret&#233; du Qu&#233;bec a servi de mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entre Gagarine et l'Archipel du Goulag</title>
		<link>https://www.ababord.org/Entre-Gagarine-et-l-Archipel-du</link>
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		<dc:date>2014-09-03T01:10:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Mathieu Le Bel</dc:creator>


		<dc:subject>Colonialisme et imp&#233;rialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Mondialisation et &#171; libre-&#233;change &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Russie et Europe de l'Est</dc:subject>
		<dc:subject>Le Bel, Pierre-Mathieu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pr&#233;sentant moins de disciplines, de nations et d'athl&#232;tes participants, et la r&#233;alit&#233; hivernale &#233;tant inconnue de plusieurs pays, les Jeux olympiques d'hiver avaient jusqu'ici &#233;t&#233; moins on&#233;reux que les Jeux d'&#233;t&#233;. Or, tout porte &#224; croire que les Jeux de Sotchi seront les plus chers de l'histoire olympique en chiffres absolus. On &#233;voque d&#233;j&#224; la somme effarante de 36 milliards de dollars. Derri&#232;re ce chiffre, on trouve des enjeux bien sp&#233;cifiques. &lt;br class='autobr' /&gt; Tous les m&#233;ga-&#233;v&#233;nements contemporains, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;sentant moins de disciplines, de nations et d'athl&#232;tes participants, et la r&#233;alit&#233; hivernale &#233;tant inconnue de plusieurs pays, les Jeux olympiques d'hiver avaient jusqu'ici &#233;t&#233; moins on&#233;reux que les Jeux d'&#233;t&#233;. Or, tout porte &#224; croire que les Jeux de Sotchi seront les plus chers de l'histoire olympique en chiffres absolus. On &#233;voque d&#233;j&#224; la somme effarante de 36 milliards de dollars. Derri&#232;re ce chiffre, on trouve des enjeux bien sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tous les m&#233;ga-&#233;v&#233;nements contemporains, sportifs ou autres, sont avant tout des entreprises ayant pour objectif la vente du spectacle. Or, comme tout produit, le spectacle se transige sur un march&#233;. On peut consid&#233;rer que le march&#233; du m&#233;ga-&#233;v&#233;nement sportif dans le Nord Occident est relativement satur&#233; du moment que les consommateurs et consommatrices peuvent difficilement absorber davantage de temps de t&#233;l&#233;, de t&#233;l&#233;phones, de billets, d'abonnements Internet, de produits d&#233;riv&#233;s, etc. Les grandes organisations sportives comme le Comit&#233; international olympique (CIO) ou la F&#233;d&#233;ration internationale de football (FIFA) l'ont compris et ont saisi l'occasion que constitue l'&#233;mergence de nouvelles puissances &#233;conomiques. En effet, depuis &#224; peine dix ans, tous les pays du BRICA ont &#233;t&#233; l'h&#244;te d'au moins un m&#233;ga-&#233;v&#233;nement sportif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'acronyme BRICA (pour Br&#233;sil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) a vu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Coupe du Monde FIFA 2010 en Afrique du Sud ; Jeux du Commonwealth en Inde en 2010 et son entr&#233;e en F1 en 2011 ; Jeux olympiques de 2008 en Chine et son entr&#233;e en F1 en 2004 ; Coupe du Monde FIFA 2014 et Jeux olympiques 2016 au Br&#233;sil ; et bien s&#251;r Jeux olympiques d'hiver de Sotchi cette ann&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; cette liste, on pourrait ajouter les Grand Prix de Bahre&#239;n instaur&#233;s en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la perspective de Moscou, le fait d'&#234;tre l'h&#244;te des J.O. a &#233;videmment aussi plusieurs attraits. La derni&#232;re fois que le plus grand pays du monde avait &#233;t&#233; le cadre d'un m&#233;ga-&#233;v&#233;nement de cette envergure &#233;tait lors des Jeux olympiques d'&#233;t&#233; de 1980. Leur succ&#232;s peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme modeste : 51 pays avaient alors boycott&#233; les Jeux en protestation contre l'invasion des forces sovi&#233;tiques en Afghanistan en d&#233;cembre 1979. Parmi ceux-l&#224;, on trouvait les &#201;tats-Unis et le Canada, mais &#233;galement 29 pays musulmans. Du coup, la t&#233;l&#233;diffusion en Occident fut presque nulle et la repr&#233;sentation m&#233;diatique de l'Union sovi&#233;tique dut s'arr&#234;ter, comme tant d'autres choses &#224; cette &#233;poque, au rideau de fer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jeux et enjeux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les enjeux et le contexte sont bien diff&#233;rents. En d&#233;clin d&#233;mographique constant depuis une d&#233;cennie, la Russie est &#233;galement en d&#233;clin industriel. Les ann&#233;es 1990 y ont &#233;t&#233; le cadre d'une privatisation quasi g&#233;n&#233;ralis&#233;e sauf pour les secteurs de l'&#233;nergie et de l'industrie militaire. Les ressources naturelles, surtout gazi&#232;re et p&#233;troli&#232;re, ont du mal &#224; impulser un d&#233;veloppement de pointe v&#233;ritable. Or, la tenue des Jeux exigeant d'importants investissements en termes d'infrastructures, il y a l&#224; une opportunit&#233; de l&#233;gitimer l'injection de deniers publics dans certains secteurs-cl&#233;s, g&#233;n&#233;ralement li&#233;s &#224; la construction et aux t&#233;l&#233;communications. De plus, la confiance octroy&#233;e par les membres du CIO peut avoir le potentiel &#8211; gageons que c'est ce qu'on esp&#232;re au Kremlin &#8211; de se traduire en confiance chez les investisseurs &#233;trangers, un domaine o&#249; la Russie postsovi&#233;tique peine encore. Se trouver au 133e rang du palmar&#232;s de 2012 de la perception de la corruption de Transparency International, entre le Kazakh&#173;stan et l'Azerba&#239;djan, a certaines con&#173;s&#233;quences...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;ga-&#233;v&#233;nements impliquent donc des m&#233;gaprojets en infrastructures pour les soutenir et les diffuser. Une manne pour de nombreuses entreprises, mais pas n'importe lesquelles. C'est par exemple une compagnie dont l'actionnaire principal est un ami d'enfance de Vladimir Poutine, Arkadi Rotenberg, qui a re&#231;u le contrat le plus important, chiffr&#233; &#224; plus de 7 milliards de dollars. Rotenberg a &#233;tabli sa fortune sur la vente de pipelines &#224; la compagnie d'&#201;tat Gazprom. Les pouvoirs publics qui pr&#233;parent des m&#233;ga-&#233;v&#233;nements olympiques ont tous eu recours au principe d'exception pour justifier des actions extra-l&#233;gales en mati&#232;re d'am&#233;nagement urbain ou de protection de la vie priv&#233;e. L'apparence d'un processus &#233;quitable d'attribution des contrats est ainsi sacrifi&#233;e au nom de la rapidit&#233; d'ex&#233;cution. Le m&#234;me principe devient une occasion pour l'administration Poutine de l&#233;gitimer l'usage de la force coercitive contre les critiques, qu'elles portent ou non sur les Jeux. Le terrorisme peut avoir le dos large. Une occasion &#233;galement d'ignorer les conditions de travail inqui&#233;tantes des travailleurs et travailleuses &#224; l'ouvrage &#224; Sotchi, en grande partie recrut&#233;s dans les anciennes r&#233;publiques sovi&#233;tiques. Certains parlent d'une r&#233;mun&#233;ration de moins de deux euros de l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout le moins, pr&#233;tend-on &#224; chaque r&#233;&#233;dition olympique, cela se concr&#233;tisera-t-il par l'am&#233;nagement d'un territoire par des m&#233;thodes et un design ultramoderne qui profiteront aux citoyens et citoyennes &#224; tr&#232;s long terme. Dans le cas de Sotchi, on ferait bien de se rem&#233;morer que c'est depuis Staline que la ville s'est graduellement d&#233;velopp&#233;e en site de vill&#233;giature destin&#233; aux apparatchiks. C'est aujourd'hui sous la forme de sites touristiques de luxe &#8211; dont la rentabilit&#233; est d&#233;j&#224; mise en doute &#8211; que se con&#231;oit le legs olympique russe. Rien donc pour le Russe moyen. Bien que cette d&#233;bauche de gaspillage soit le propre de tous les Jeux olympiques, l'imagination est frapp&#233;e, dans le cas de Sotchi, par la question environnementale, dans cet endroit o&#249; il n'y a, en temps normal, pas de neige. On se r&#233;jouit que les autorit&#233;s aient trouv&#233; le moyen technique d'en stocker environ 500 000 m3 au cas o&#249; la production quotidienne ne suffirait pas. Le plus d&#233;rangeant est qu'on trouvera des m&#233;dias pour s'&#233;merveiller de cette prouesse technologique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jeux de puissance pour la Russie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et cet engouement m&#233;diatique joue certainement un r&#244;le dans la strat&#233;gie olympique de Moscou. Les m&#233;dias sont &#224; la recherche de grandes premi&#232;res &#224; diffuser, et le CIO de grandes premi&#232;res &#224; vendre. En 1980, NBC avait obtenu les droits de diffusion des jeux pour 87 millions de dollars ; NBC Universal a cette fois obtenu les droits de diffusion des Jeux de Sotchi ainsi que des trois prochains Jeux d'&#233;t&#233; pour 4,38 milliards de dollars. Le gouvernement Poutine a &#233;galement tout avantage &#224; diffuser &#224; l'int&#233;rieur du pays l'image d'une nation forte et unie dans un contexte o&#249; sa l&#233;gitimit&#233; est r&#233;guli&#232;rement mise en doute par des mouvements sociaux de plus en plus visibles. &#199;a tombe bien, l'&#201;tat contr&#244;le deux cha&#238;nes de t&#233;l&#233; nationales et Gazprom une troisi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diffusion des J.O. &#224; l'international a de plus l'avantage, pour Moscou, de se jouer sur un registre plus bon enfant que celui de la puissance militaire ou &#233;conomique. C'est ainsi que pour la premi&#232;re fois de l'histoire, la torche olympique a vu son trajet passer par le vide spatial de la thermosph&#232;re. En novembre dernier, elle faisait effectivement le voyage de Ba&#239;konour au Kazakhstan jusqu'&#224; la Station spatiale internationale, avec une petite sortie hors de la station avant de revenir sur Terre trois jours plus tard. L'&#233;v&#233;nement &#233;tait diffus&#233; simultan&#233;ment sur Times Square : la diffusion du spectacle se faisait ainsi elle-m&#234;me spectacle, en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'oublions pas, pour finir, que la F&#233;d&#233;ration de Russie demeure la seconde force militaire mondiale et la nation la plus d&#233;velopp&#233;e du BRICA, notamment sur les plans de l'alphab&#233;tisation et des infrastructures. Oppos&#233;e aux interventions militaires en Libye (tout comme les autres membres du BRICA) et en Syrie (tout comme la Chine), la Russie cherche &#224; raffermir ce qui lui reste de sa puissance d'antan. On l'a vue offrir l'asile &#224; Edward Snowden et faire rager les &#201;tats-Unis. On la voit mettre en place l'&#233;v&#233;nement symbolique le plus diffus&#233; du monde contemporain dans une r&#233;gion du monde sans neige mais pr&#232;s d'int&#233;r&#234;ts hautement strat&#233;giques : Sotchi n'est pas trop loin de la fronti&#232;re g&#233;orgienne et de la Tch&#233;&#173;tch&#233;nie, et juste en face de la Turquie. Est-ce succomber &#224; la parano&#239;a que de croire qu'une telle proximit&#233; permettra &#224; l'&#201;tat d'affirmer symboliquement, militairement et &#233;conomiquement son pouvoir dans une r&#233;gion qui l'a d&#233;fi&#233; &#224; maintes reprises dans le pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 2012, la Russie pr&#233;voyait d&#233;j&#224; des co&#251;ts de 20 milliards pour les pr&#233;paratifs de la Coupe du Monde FIFA 2018. Un autre m&#233;ga-&#233;v&#233;nement &#224; fabriquer et &#224; vendre. Au vu de ce qui pr&#233;c&#232;de ainsi que des d&#233;rives polici&#232;res et des scandales de corruption qui ont &#233;t&#233; document&#233;s au Br&#233;sil et au Qatar, est-il m&#234;me permis d'&#234;tre optimiste ? Apr&#232;s tout, pourquoi pas ? On voit ces &#233;v&#233;nements devenir parfois des occasions de mettre au jour des injustices qui autrement ne seraient pas tomb&#233;es sous l'&#339;il de la cam&#233;ra. Dommage que le tableau des m&#233;dailles d&#233;tourne l'attention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'acronyme BRICA (pour Br&#233;sil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) a vu le jour pour la premi&#232;re fois dans une &#233;tude de Jim O'Neill pour la firme Goldman Sachs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; cette liste, on pourrait ajouter les Grand Prix de Bahre&#239;n instaur&#233;s en 2004, d'Abou Dhabi en 2009, de Singapour en 2008 et de Cor&#233;e du Sud en 2010 &#8211; pays qui ne font pas partie du BRICA, mais qui ont constitu&#233; autant de nouveaux march&#233;s prometteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Souverainet&#233; alimentaire &#224; la sauce PQ</title>
		<link>https://www.ababord.org/Souverainete-alimentaire-a-la</link>
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		<dc:date>2014-06-12T01:18:25Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre-Mathieu Le Bel</dc:creator>


		<dc:subject>Agriculture et alimentation</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Le Bel, Pierre-Mathieu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La nouvelle politique qu&#233;b&#233;coise de souverainet&#233; alimentaire mise en place par le gouvernement Marois au mois de mai &#233;tait cens&#233;e incarner une r&#233;ponse au rapport de la commission Pronovost d&#233;pos&#233; cinq ans plus t&#244;t. Quelques mois seulement apr&#232;s l'entr&#233;e en sc&#232;ne d'un gouvernement p&#233;quiste &#224; Qu&#233;bec, le d&#233;lice avec lequel la premi&#232;re ministre et son ministre de l'Agriculture, des P&#234;cheries et de l'Alimentation, Fran&#231;ois Gendron, faisaient usage du label &#171; souverainet&#233; alimentaire &#187; laissait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1824.png?1642092155' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;635&#034; height=&#034;358&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle politique qu&#233;b&#233;coise de souverainet&#233; alimentaire mise en place par le gouvernement Marois au mois de mai &#233;tait cens&#233;e incarner une r&#233;ponse au rapport de la commission Pronovost d&#233;pos&#233; cinq ans plus t&#244;t. Quelques mois seulement apr&#232;s l'entr&#233;e en sc&#232;ne d'un gouvernement p&#233;quiste &#224; Qu&#233;bec, le d&#233;lice avec lequel la premi&#232;re ministre et son ministre de l'Agriculture, des P&#234;cheries et de l'Alimentation, Fran&#231;ois Gendron, faisaient usage du label &#171; souverainet&#233; alimentaire &#187; laissait voir leur plaisir de d&#233;couvrir ce qui n'est rien de plus qu'une co&#239;ncidence linguistique faisant le pont entre agriculture et lexique politique qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Gageons que la &lt;i&gt;Via Campesina &lt;/i&gt; n'avait pas en t&#234;te cette terminologie locale lorsqu'elle l'a propos&#233;e en 1996 &#224; Rome, dans le cadre du Sommet mondial de l'alimentation de la FAO. La souverainet&#233; alimentaire se d&#233;finit d'abord par opposition au concept de s&#233;curit&#233; alimentaire qui a, depuis les ann&#233;es 1990, du succ&#232;s aupr&#232;s d'instances &#339;uvrant en d&#233;veloppement international. La s&#233;curit&#233; alimentaire existe quand toutes les personnes en tout temps ne souffrent pas de la faim. Elle implique quatre aspects :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; la disponibilit&#233; alimentaire, soit les stocks de nourriture pr&#233;sents dans un pays ou une r&#233;gion ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; l'acc&#232;s &#224; la nourriture, c'est-&#224;-dire la capacit&#233; d'un m&#233;nage de se procurer un niveau ad&#233;quat de nourriture r&#233;guli&#232;rement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; la stabilit&#233; alimentaire, calcul&#233;e selon l'apport r&#233;gu&#173;lier de nourritures diverses ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; l'utilisation alimentaire, une di&#232;te ad&#233;quate, une eau propre, de bonnes conditions d'hygi&#232;ne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche est limit&#233;e, car elle ne prend en compte que la distribution ou la redistribution de la nourriture et minimise le r&#244;le des syst&#232;mes de production. Ce qu'on doit constater ici, c'est l'absen&#173;ce de r&#233;f&#233;rence aux syst&#232;mes politiques, &#233;cono&#173;miques, sociaux et culturels mondiaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'un concept avec des dents&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette lacune, le concept de souverainet&#233; alimentaire de la &lt;i&gt;Via Campesina&lt;/i&gt; visait &#224; la pallier. Elle propose en effet d'abord un changement dans les syst&#232;mes de production, de distribution et de consommation en vue de cr&#233;er une justice alimentaire et un contr&#244;le communautaire. D&#232;s le d&#233;part donc, le concept a quelque chose de r&#233;volutionnaire. Il soutient des r&#233;formes radicales. Il s'appuie essentiellement sur l'autosuffisance, la diversit&#233; de production, l'absence de multinationales dans le contr&#244;le de la production, la lutte contre la malbouffe, la promotion du monde rural, les r&#233;formes agraires, une production contr&#244;l&#233;e par de petits fermiers, des coop&#233;ratives ou des entreprises &#233;tatiques, un refus des OGM et de l'usage d'intrants chimiques, enfin, la valorisation des savoirs traditionnels en agriculture. La souverainet&#233; alimentaire signifie en outre que les produits agricoles peuvent &#234;tre export&#233;s, mais uniquement apr&#232;s satis&#173;faction des besoins locaux (essentielle dans le contexte d'&#233;mergence du concept dans les pays dits &#171; en d&#233;veloppement &#187;). Cela ne signifie pas seulement prot&#233;ger l'agriculture locale, mais &#233;galement revitaliser les processus d&#233;mocratiques, culturels et &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; &#224; une politique du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il de la politique de souverainet&#233; alimentaire du Qu&#233;bec, politique qui fait d'ailleurs explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; &lt;i&gt;Via Campesina&lt;/i&gt; ? Soulignons d'abord qu'elle vise en effet un raffermissement de l'autosuffisance en pr&#244;nant une politique d'achats locaux. Cela est particuli&#232;rement visible dans le premier de ses quatre axes, &#171; L'identit&#233; des aliments du Qu&#233;bec &#187;, qui mise sur une plus grande promotion de ceux-ci afin d'accro&#238;tre leur visibilit&#233;. L'objectif est noble. C'est cependant dans la fa&#231;on dont les trois axes suivants se d&#233;clinent &#8211; l'occupation dynamique du territoire, la valorisation du potentiel &#233;conomique du secteur, le d&#233;veloppement durable &#8211; qu'on trouve plus amples mati&#232;res &#224; critiquer, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; si l'on se r&#233;clame de la souverainet&#233; alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y d&#233;clare &#224; plusieurs reprises vouloir &#171; &lt;i&gt;maintenir, voire encourager une grande diversit&#233; d'entreprises agricoles&lt;/i&gt; &#187;. Une centrale syndicale unique ne pousserait-elle pas plut&#244;t dans le sens de l'homog&#233;n&#233;isation ? Pas de remise en question de ce mono&#173;pole syndical de l'Union des producteurs agricoles (UPA). Pas de questionnement non plus sur l'importance de pr&#233;server le patrimoine biologique local. Deux &#233;l&#233;ments qui sont essentiels si l'on souhaite &#234;tre fid&#232;le &#224; l'esprit de la souverainet&#233; alimentaire qui mise sur la diversit&#233; et l'adaptation des pratiques aux cultures locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re d'&#233;ducation, on d&#233;c&#232;le bien l'intention de faire davantage de publicit&#233; sur les labels &#171; Aliment du Qu&#233;bec &#187; et &#171; Aliment pr&#233;par&#233; au Qu&#233;bec &#187;. On retrouve une fois le mot &#171; gaspillage &#187;, mais s'il constitue v&#233;ritablement un &#171; enjeu &#187;, on comprend mal qu'on ne souligne pas les liens entre mise en march&#233;, portions et habitudes de vie... &#171; &lt;i&gt; Faire la promotion des saines habitudes de vie&lt;/i&gt; &#187; est certainement louable, mais on peut douter de l'impact de campagnes de promotion gouvernementales face aux g&#233;ants de l'alimentation qui n'ont pas les m&#234;mes scrupules au sujet de notre sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De r&#233;forme agraire on ne parle pas non plus. Le terme fera sans doute plus penser aux aspirations du &#171; Sud &#187; qu'&#224; la r&#233;alit&#233; historique qu&#233;b&#233;coise. N'emp&#234;che, les voix sont multiples &#224; d&#233;crier le monopole de l'UPA et les cons&#233;quences importantes du mod&#232;le de la gestion de l'offre sur les individus qui aspirent &#224; un m&#233;tier agricole. Pas question non plus de la transformation en programme de soutien universel de l'assurance stabilisation des revenus agricoles, pour l'instant le privil&#232;ge de quelques acteurs. Peut-on s'attendre &#224; ce que la cr&#233;ation de la Table de concertation des partenaires du bioalimentaire qu&#233;b&#233;cois vienne brasser la cage alors que les plus gros joueurs seront justement ceux qui ont le moins int&#233;r&#234;t &#224; ce que les choses changent et ceux qui ont le plus de pouvoir d'expression ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, m&#234;me si l'appel &#224; ajuster la Loi sur l'acquisition de terres agricoles par des non-r&#233;sidants r&#233;pond &#224; des pr&#233;occupations r&#233;elles, que pourrait-on dire des fonds souverains qu&#233;b&#233;cois et canadiens qui ach&#232;tent des terres &#224; l'&#233;tranger, fragilisant du coup la souverainet&#233; alimentaire des autres ? Une r&#233;flexion sur la souverainet&#233; alimentaire peut-elle faire l'&#233;conomie d'un arr&#234;t sur la g&#233;opolitique de l'agriculture ? Le d&#233;sir du consommateur le plus souvent port&#233; sur les denr&#233;es les moins ch&#232;res n'a-t-il pas des cons&#233;quences outre-fronti&#232;res ? Notre souverainet&#233; alimentaire se termine-t-elle o&#249; commence celle des autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus choquant est l'absence presque totale des organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s dans la politique du PQ. On en traite en termes de &#171; possibilit&#233;s &#187;. Jamais n'est-il fait mention des probl&#232;mes r&#233;els remarqu&#233;s en mati&#232;re d'&#233;rosion accentu&#233;e, de m&#233;sadaptation aux &#233;cosyst&#232;mes naturels, de privatisation du cheptel g&#233;n&#233;tique, de l'usage des pesticides qui y est associ&#233;, tout comme des co&#251;ts suppl&#233;mentaires pour les petits agriculteurs et de la disparition des savoirs ancestraux induits par l'usage de ces OGM. Prot&#233;ger les savoirs traditionnels locaux en mati&#232;re d'agriculture, ce serait notamment prot&#233;ger notre patrimoine g&#233;n&#233;tique agricole ; s'assurer que ni le vivant ni les semences ne soient privatis&#233;s, ni non plus que les pratiques ancestrales ne soient brevet&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Poudre aux yeux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De l'usage du vocable &#171; d&#233;veloppement durable &#187; on ne se plaindra pas, car on a l'habitude que le terme soit galvaud&#233;. On restera n&#233;anmoins perplexe devant l'absence de vision holistique qui sache mettre &#224; jour l'intrication des pratiques agricoles aux autres secteurs d'activit&#233;s autrement qu'en termes &#233;conomiques, et surtout qui souligne comment les seconds influent sur les premiers. La production, la distribution et la consommation de denr&#233;es alimentaires ont bien un co&#251;t, mais celui-ci n'appara&#238;t pas dans les colonnes de chiffres des comptables. Il se calcule en mati&#232;res organiques perdues au fil des rivi&#232;res eutrophis&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'eutrophisation &#233;tant l'accumulation de d&#233;bris organiques dans un plan ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en diversit&#233; g&#233;n&#233;tique abandonn&#233;e nous rendant plus vuln&#233;rables aux accidents naturels ou anthropiques, en perte du droit de cultiver des vari&#233;t&#233;s donn&#233;es (en France, des vari&#233;t&#233;s de tomates sont d&#233;j&#224; ill&#233;gales !). Sans r&#233;flexion sur les contradictions entre durabilit&#233; et march&#233;, en appeler au d&#233;veloppement durable rel&#232;ve du coup de marketing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;posant sa politique de souverainet&#233; alimentaire, le gouvernement s'est appropri&#233; un concept dont il a d&#233;tourn&#233; le sens pour en faire un document se voulant consensuel, tellement que les risques de modifier sensiblement le secteur agro&#173;alimentaire sont pour ainsi dire nuls. Du concept, on a retenu l'achat local et la diversit&#233; sans se questionner sur les contradictions entre ce qu'exige la diversit&#233; (&#233;cologique, sociale, culturelle) et les tendances homog&#233;n&#233;isatrices du march&#233;, de m&#234;me que la gouverne agricole en un syndicat unique. Au final, il s'agit d'un document traitant de s&#233;curit&#233; alimentaire plus classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de souverainet&#233; alimentaire se voudrait &#171; &lt;i&gt; un &#233;l&#233;ment &#224; part enti&#232;re d'une vision &#233;conomique compl&#232;te&lt;/i&gt; &#187;, et ce, dans &#171; &lt;i&gt;un contexte de march&#233; ouvert, &lt;/i&gt; [o&#249;] &lt;i&gt;il est avantageux pour le Qu&#233;bec de viser une balance commerciale positive &lt;/i&gt; &#187;. On souhaite cr&#233;er une &#171; &lt;i&gt;fili&#232;re comp&#233;titive &lt;/i&gt; &#187;, d&#233;velopper des avantages comparatifs, s'approprier une niche. C'est joli, dans la logique qu'on enseignera volontiers, imagine-t-on, aux HEC, mais ce n'est pas de la souverainet&#233; alimentaire. Cette derni&#232;re refuse justement de consid&#233;rer le produit alimentaire comme une marchandise comme les autres, parce que, comme l'eau et l'air, l'aliment sain est une n&#233;cessit&#233;, un droit, en fait. En ce sens, la souverainet&#233; alimentaire qu&#233;b&#233;coise ne serait pas uniquement la souverainet&#233; du Qu&#233;bec en mati&#232;re de production alimentaire, mais bien plut&#244;t la souverainet&#233; de &lt;i&gt;l'aliment&lt;/i&gt; par rapport au march&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci &#224; St&#233;phane Bernard, professeur au d&#233;partement de g&#233;ographie de l'UQAM.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'eutrophisation &#233;tant l'accumulation de d&#233;bris organiques dans un plan ou un cours d'eau, provoquant ainsi sa pollution par d&#233;soxyg&#233;nation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merci &#224; St&#233;phane Bernard, professeur au d&#233;partement de g&#233;ographie de l'UQAM.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Pierre Rondeau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Bello, Walden (2009) &lt;i&gt;The food wars&lt;/i&gt;, Londres, Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Desmarais, Annette Aur&#233;lie (2008) &lt;i&gt;La V&#237;a Campesina. Une r&#233;ponse paysanne &#224; la crise alimentaire&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, &#201;cosoci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Minist&#232;re de l'Agriculture, des P&#234;cheries et de l'Alimentation (2013) &lt;i&gt;Politique de souverainet&#233; alimentaire&lt;/i&gt;, Gouv. du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Dossier &#171; Souverainet&#233; alimentaire &#187;, &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt;, no 23, f&#233;vrier 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La coupe est pleine</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-coupe-est-pleine</link>
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		<dc:date>2012-12-06T04:23:04Z</dc:date>
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		<dc:creator>Matthieu Labrie, Pierre-Mathieu Le Bel</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Le Bel, Pierre-Mathieu</dc:subject>
		<dc:subject>Labrie, Matthieu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le film de Fernando Meirelles (The Constant Gardener ; Blindness) pr&#233;sentant la candidature de la ville de Rio aupr&#232;s du Comit&#233; international Olympique (CIO) avait quelque chose de magique. En 2 minutes et demie, Rio y est pr&#233;sent&#233; comme une ville o&#249; la pratique des sports, de l'escalade &#224; la natation en passant par le volleyball et le v&#233;lo, cohabite avec l'urbanit&#233; la plus vibrante dans une compl&#232;te convivialit&#233;. Lorsque Rio a obtenu les Jeux olympiques de 2016, le 2 octobre 2009, c'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-sport-en-ville-une-" rel="directory"&gt;Dossier : Le sport en ville - une appropriation citoyenne&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Inegalites-et-pauvrete-+" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Le-Bel-Pierre-Mathieu-+" rel="tag"&gt;Le Bel, Pierre-Mathieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Labrie-Matthieu-+" rel="tag"&gt;Labrie, Matthieu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1497.gif?1642092139' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;320&#034; height=&#034;240&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le film de Fernando Meirelles (&lt;i&gt;The Constant Gardener ; Blindness&lt;/i&gt;) pr&#233;sentant la candidature de la ville de Rio aupr&#232;s du Comit&#233; international Olympique (CIO) avait quelque chose de magique. En 2 minutes et demie, Rio y est pr&#233;sent&#233; comme une ville o&#249; la pratique des sports, de l'escalade &#224; la natation en passant par le volleyball et le v&#233;lo, cohabite avec l'urbanit&#233; la plus vibrante dans une compl&#232;te convivialit&#233;. Lorsque Rio a obtenu les Jeux olympiques de 2016, le 2 octobre 2009, c'est comme si une partie de la magie avait acquis une existence r&#233;elle. Tout comme en octobre 2007, au moment o&#249; le Br&#233;sil obtenait la Coupe du Monde FIFA 2014, cela a soulev&#233; l'enthousiasme dans toutes les couches de la population. Pouvait-on &#234;tre contre la Coupe du Monde dans un pays si fortement associ&#233; au soccer ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est plus tard que bien des acteurs de la soci&#233;t&#233; civile ont d&#233;chant&#233;. D'abord, sur l'importance des concessions faites au CIO et &#224; la FIFA et aux co&#251;ts associ&#233;s aux infrastructures et multiples projets li&#233;s aux deux &#233;v&#233;nements. Les jeux panam&#233;ricains de 2007 avaient d&#233;j&#224; laiss&#233; des installations v&#233;tustes avant m&#234;me d'&#234;tre r&#233;affect&#233;es &#224; d'autres usages, et, au fil du temps, il est apparu que la r&#233;novation du mythique stade Maracana (de m&#234;me que la construction de 11 autres stades, dont certains dans des villes qui n'ont pas de march&#233; pour soutenir leur occupation &#224; long terme comme &#224; Cuiaba et &#224; Manaus), la construction de trois autoroutes, la r&#233;habilitation du port et les politiques urbaines hygi&#233;nistes semblent &#234;tre un prix &#233;lev&#233; &#224; payer. Prix qui ne cesse d'ailleurs d'augmenter : on &#233;voque le chiffre de 100 milliards de R&#233;al (54$ canadiens environ), 170% d'augmentation depuis l'estimation de 2009&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ville &#224; vendre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le CIO et la FIFA investissent une ville, ils le font pour des raisons pr&#233;cises : l'ouverture d'un march&#233; sud-am&#233;ricain, plus particuli&#232;rement br&#233;silien, &#233;mergent, certainement, mais aussi l'appropriation de ce qui constitue historiquement le bien commun de la ville. &#192; Rio, il ne s'agit donc pas uniquement de se doter d'un lieu destin&#233; &#224; la tenue d'un &#233;v&#233;nement ; on recherche un espace dont on pourra mettre en march&#233; les avantages autrefois publics et l'image mondialement connue. Un peu de Samba et de bikinis, pour clich&#233;s qu'ils soient, ne nuiront pas &#224; faire mousser la vente, et l'espace public urbain de la m&#233;tropole culturelle br&#233;silienne rec&#232;le d'autres avantages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour preuve, l'article 11 de la &lt;i&gt;Lei geral da Copa&lt;/i&gt; (Loi g&#233;n&#233;rale de la coupe du monde) adopt&#233;e en mars, interdit la vente de biens et de nourritures dans un rayon de deux kilom&#232;tres autour des sites &#233;v&#233;nementiels. Cette mesure prive de revenus des milliers de vendeurs ambulants qui auraient pu profiter de l'achalandage touristique durant les comp&#233;titions et transforme l'espace urbain en gigantesque r&#233;serve de client&#232;le captive pour les commanditaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, l'article 37 pr&#233;voit &#233;galement la formation de tribunaux &#171; sp&#233;ciaux &#187; pour le traitement des jugements et des requ&#234;tes en lien avec les &#233;v&#233;nements : &#233;v&#233;nement sp&#233;cial signifie &#233;galement syst&#232;me de justice d'exception. Le m&#234;me type de contrat lie le gouvernement br&#233;silien avec le CIO. L'Acte olympique (loi 12.035), adopt&#233; par le gouvernement f&#233;d&#233;ral en 2009. l&#233;gif&#232;re sur les lois d'immigration et octroie des pouvoirs unilat&#233;raux et &#171; extraordinaires &#187; au gouvernement br&#233;silien avant et pendant les comp&#233;titions. Il peut, entre autres, intervenir dans le cadre de n'importe quel contrat public, si cela est fait dans le but d'optimiser les performances des J-O. Cette clause est utilis&#233;e pour privatiser des biens immobiliers publics en les transf&#233;rant au Comit&#233; olympique br&#233;silien (COB). De plus, l'Acte Olympique prohibe l'utilisation de symboles ou de slogans &lt;i&gt;se rapprochant&lt;/i&gt; de ceux propos&#233;s par le CIO, &#224; des fins artistiques ou commerciales, encore une fois limitant les profits que pourraient retirer les petits commer&#231;ants informels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exceptions servent &#224; l&#233;gitimer des aberrations comme l'expulsion des citoyens de &lt;i&gt;Villa Autodromo&lt;/i&gt; &#224; deux pas du Village olympique, qui d&#233;tenaient pourtant des titres l&#233;gaux. En 1994, l'&#201;tat de Rio a en effet accord&#233; aux 4000 r&#233;sidents un bail de 99 ans et a d&#233;sign&#233; le secteur &#171; Zone sp&#233;ciale d'int&#233;r&#234;t social &#187;. On peut &#233;voquer encore des &#233;difices abandonn&#233;s du port, de propri&#233;t&#233; f&#233;d&#233;rale, qui devraient selon la constitution &#234;tre vou&#233;s au secteur public advenant leur reconversion. Or on en fit presque cadeau au priv&#233; qui, du coup, expulse des familles enti&#232;res qui avaient colonis&#233; les interstices abandonn&#233;s depuis des d&#233;cennies. On mettra &#233;galement en march&#233; les Favelas, espaces urbains laiss&#233;s libres si longtemps. Un oubli passager du capital, somme toute.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Favela des uns, la communaut&#233; des autres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Favela est appel&#233;e &#171; &lt;i&gt;comunidade&lt;/i&gt; &#187; par ses habitants. La communaut&#233;. C'est le fruit de la d&#233;brouillardise d'une couche de la population qui a &#233;t&#233; rejet&#233;e &#224; la marge de la vie politique br&#233;silienne depuis plus de 50 ans. Autrefois, c'&#233;tait un lieu possible d'habitation pour des paysans renvoy&#233;s des campagnes. Aujourd'hui eux-m&#234;mes et leurs enfants occupent toujours ces espaces &#224; la marge. La comunidade illustre d'abord et avant tout l'&#233;chec d'une politique urbaine mal adapt&#233;e &#224; la situation socio-&#233;conomique. Ce n'est pas le produit de la conqu&#234;te territoriale d'un mafieux sans scrupule ni un espace de violence gratuite ni le triste milieu de vie de victimes impuissantes, mais bien la solution improvis&#233;e, construite de toutes pi&#232;ces, par des groupes sans acc&#232;s au pouvoir politique, face &#224; un d&#233;veloppement urbain qui les a obstin&#233;ment ignor&#233;s et qui continue de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On oublie trop souvent de mentionner que les communaut&#233;s de Rio de Janeiro sont tr&#232;s souvent compos&#233;es de maisons de briques, que plusieurs rues sont pav&#233;es, que des formes de transports collectifs informels et formels y sont mises en place, qu'une &#233;conomie s'y est d&#233;velopp&#233;e, que des &#233;coles et des services de sant&#233; s'y sont &#233;tablis. Tout cela presque toujours suite au travail de leur population et en &lt;i&gt;d&#233;pit&lt;/i&gt; de l'&#201;tat et de ses institutions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bandes criminalis&#233;es et policiers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on parle des bandes criminalis&#233;es qu'on y trouve, on ne mentionne pas qu'il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; que plusieurs habitants des communaut&#233;s pr&#233;f&#232;rent leur pr&#233;sence &#224; celle de la police. C'est ce qu'ont r&#233;v&#233;l&#233; les consultations publiques men&#233;es dans les communaut&#233;s dans les ann&#233;es 1990 par Luiz Eduardo Suares, alors secr&#233;taire &#224; la s&#233;curit&#233; publique de Rio de Janeiro. Les bandes passent pour avoir des r&#232;gles claires. On ne sait jamais, par contre, quel nouveau pr&#233;texte les policiers trouveront pour extorquer, rudoyer, agresser jeunes et moins jeunes. La situation n'a pas chang&#233; aujourd'hui. Le syst&#232;me judiciaire br&#233;silien, rong&#233; par la corruption, n'arrive pas &#224; assurer une s&#233;curit&#233; publique qui soit &#233;gale pour tous. Des milices form&#233;es de membre des forces de l'ordre animent dans les communaut&#233;s un racket de la protection qui ne terrorise pas uniquement leurs habitants d'ailleurs. Lorsque la juge Patricia Acioli a &#233;t&#233; tu&#233;e en juillet 2011 &#224; Niteroi, en banlieue de Rio, les balles utilis&#233;es &#233;taient celles d'un bataillon de la police militaire et c'est un haut grad&#233; de cette police qui fait face &#224; un proc&#232;s relatif &#224; cette affaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;S&#233;curit&#233; publique et expulsions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le &lt;i&gt;Choque de ordem&lt;/i&gt;, l'op&#233;ration majeure de &#171; s&#233;curit&#233; publique &#187; men&#233;e par les force de l'ordre dans les Favelas depuis pr&#232;s de 2 ans, est per&#231;u par plusieurs comme une strat&#233;gie de ce syst&#232;me corrompu pour s'approprier les avantages que procurent les communaut&#233;s&#8230; et il y en a ! Les montagnes o&#249; sont situ&#233;es les communaut&#233;s occup&#233;es par la police sont celles qui sont situ&#233;es entre les quartiers les plus riches de la ville (et du monde, &#224; bien des &#233;gards). Ce sont aussi celles qui ont les plus belles vues sur la mer et sont les plus proches des sites des J-O et de ceux de la coupe du monde de soccer. Ces deux &#233;v&#233;nements servent de justifications &#224; une s&#233;rie d'expulsions (150 000 au Br&#233;sil apprenait-on les 27 et 28 ao&#251;t 2011 au sommet des Comit&#233;s populaires de la coupe du monde et des olympiques &#224; Bras&#237;lia). Lorsqu'on intensifie la pr&#233;sence militaire dans les communaut&#233;s, l'existence des narcotrafiquants sert de l&#233;gitimation &#224; une op&#233;ration beaucoup plus vaste de mise en march&#233; de cette partie de l'espace urbain &#224; l'approche de ces deux m&#233;ga-&#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, Raquel Rolnik, rapporteuse sp&#233;ciale de l'ONU sur le logement, a d&#233;pos&#233; en mai 2011 un rapport o&#249; elle r&#233;v&#233;lait la gravit&#233; de l'atteinte aux droits des habitants de ces communaut&#233;s &#224; qui aucune information n'est donn&#233;e quant aux intentions de la ville. Lorsque la justice d&#233;cide d'expulser une famille de sa demeure, l'ordre est effectif imm&#233;diatement et aucune information n'est donn&#233;e quant &#224; savoir o&#249; et dans quelles conditions les expuls&#233;s se retrouveront. Face &#224; cela, il y a quelque temps d&#233;j&#224; que les Cariocas les plus pauvres se demandent ce qu'ils ont &#224; gagner des J-O. et de la Coupe du Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, deux ans apr&#232;s que le court m&#233;trage de Meirelles ait &#233;t&#233; utilis&#233; par le comit&#233; olympique br&#233;silien, deux chercheurs pourtant extr&#234;mement critiques des jeux et de leurs effets sur la soci&#233;t&#233; carioca et sa ville m'expliquaient &#224; quel point ils avaient &#233;t&#233; eux-m&#234;mes &#233;mus par le film. Lorsque se tiendra la Coupe du Monde, lorsque la flamme olympique traversera la ville, les images retransmises en direct &#224; travers le monde laisseront-elles voir cet urbanisme bouscul&#233;, travers&#233; par les tensions et les in&#233;galit&#233;s ou, comme dans le film de Meirelles, fera-t-on uniquement briller les plus beaux atours de Rio ? Ces atours qui &#233;taient publics et qui seront alors &#224; vendre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le stade du coin de la rue</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-stade-du-coin-de-la-rue</link>
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		<dc:date>2012-12-06T04:15:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Mathieu Le Bel</dc:creator>


		<dc:subject>Economie et finances publiques</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Le Bel, Pierre-Mathieu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il est gros. Il a co&#251;t&#233; cher. On aimerait bien collectivement mettre le pic dedans, tout en sachant bien qu'on ne peut pas : ce serait plus cher encore, et puis que mettrait-on &#224; la place ? De toute fa&#231;on, n'est-ce pas d&#233;licieusement gros ? La seule construction qui atteigne ce niveau de d&#233;mesure dans la province enti&#232;re. On en parle comme d'un &#233;quipement m&#233;tropolitain. Les rapports d'enqu&#234;te, d'&#233;tude, de faisabilit&#233; vous le diront tous : le plus gros stationnement int&#233;rieur de l'Est du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-sport-en-ville-une-" rel="directory"&gt;Dossier : Le sport en ville - une appropriation citoyenne&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Le-Bel-Pierre-Mathieu-+" rel="tag"&gt;Le Bel, Pierre-Mathieu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1502.gif?1642092139' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;297&#034; height=&#034;198&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est gros. Il a co&#251;t&#233; cher. On aimerait bien collectivement mettre le pic dedans, tout en sachant bien qu'on ne peut pas : ce serait plus cher encore, et puis que mettrait-on &#224; la place ? De toute fa&#231;on, n'est-ce pas d&#233;licieusement gros ? La seule construction qui atteigne ce niveau de d&#233;mesure dans la province enti&#232;re. On en parle comme d'un &#233;quipement m&#233;tropolitain. Les rapports d'enqu&#234;te, d'&#233;tude, de faisabilit&#233; vous le diront tous : le plus gros stationnement int&#233;rieur de l'Est du Canada. Peut-&#234;tre m&#234;me du Nord-Est de l'Am&#233;rique. BIG !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le stade du coin de la rue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si gros, si cher, qu'il faut r&#233;fl&#233;chir &#224; son avenir d'une fa&#231;on collective. &#201;videmment il fallait consulter, comme l'a fait, et bien fait, le Comit&#233;-conseil sur l'avenir du stade olympique anim&#233; par Lise Bissonnette au courant de l'automne. On s'est d&#233;plac&#233;s jusqu'en r&#233;gion pour mesurer l'envergure de la situation. Sa construction avait impliqu&#233; un effort collectif monumental, tellement que d'aucuns ont parl&#233; de traumatisme suite &#224; son &#233;chec. L'ombre de cet&#171; &#233;chec &#187; olympique plane d'ailleurs toujours sur les nouveaux projets. Encore qu'il faille relativiser cet &#233;chec, car le stade reste un symbole puissant, une attraction touristique reconnue, lui, sa tour, sans parler du Biod&#244;me qui lui est accol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;gie des Installations olympiques (RIO) et Le mus&#233;um nature de Montr&#233;al (qui, ultimement, rel&#232;ve de la ville de Montr&#233;al et rassemble le Jardin botanique, l'insectarium, le Biod&#244;me et le nouveau Plan&#233;tarium) travaillent de fa&#231;on rapproch&#233;e afin de donner un nouveau souffle au site olympique et de coordonner l'am&#233;nagement et la programmation des activit&#233;s. Le directeur du Mus&#233;um nature, Charles Mathieu Brunel, a lanc&#233;, dans cette veine, l'&lt;i&gt;Espace pour la vie&lt;/i&gt;, en 2011. L'intention est plus que louable et les objectifs ambitieux. Il s'agit de cr&#233;er un espace &#171; &#233;volutif &#187;, d' &#171; exp&#233;riences immersives &#187;, afin de &#171; repenser le lien qui unit l'&#234;tre humain &#224; la nature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on me comprenne bien, ces objectifs sont aussi louables que n&#233;cessaires. N&#233;anmoins, ils s'appuient essentiellement sur l'organisation d'&#233;v&#233;nements, sur la recherche d'une programmation qui sache faire venir les foules. Or, le spectacle et la publicit&#233; pourront-ils &#234;tre des catalyseurs des changements de comportement que dit souhaiter l'Espace pour la vie ? Que la publicit&#233; promeuve l'activit&#233; physique ou la conservation de la nature ne change rien &#224; la nature publicitaire et spectaculaire de la chose. N'y a-t-il pas lieu ici de diff&#233;rencier de mani&#232;re plus subtile &#171; visiteurs &#187; et &#171; voisins &#187; ? Si cet espace doit &#234;tre un espace pour la vie, peut-&#234;tre devrait-il &#234;tre &#233;galement espace de vie. Peut-on y arriver en consid&#233;rant ceux qui le fr&#233;quentent comme une client&#232;le &#224; servir ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un &#233;quipement de quartier ou un stade m&#233;tropolitain ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les types d'acteurs locaux varient n&#233;cessairement selon le profil socio&#233;conomique d'un quartier. Or, l'Arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve ainsi que celui de Rosemont-Petite-Patrie ont un profil socio-&#233;conomique particulier. L'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve comptait 129 110 habitants en 2009, dont une concentration de personnes &#226;g&#233;es de plus de 54 ans plus &#233;lev&#233;e que la moyenne montr&#233;alaise. Il a la plus faible densit&#233; d'immigrants de Montr&#233;al (15 %) et est le plus francophone (90%). La concentration de familles monoparentales (25%) y est sup&#233;rieure &#224; la moyenne montr&#233;alaise. 27 % de la population de 15 ans et plus n'a aucun dipl&#244;me ou grade scolaire. Cela se refl&#232;te dans le taux de ch&#244;mage, qui s'&#233;l&#232;ve &#224; 8,1 % de la population active et jusqu'&#224; 11,5 % dans le groupe des 15 - 24 ans. 16,4 % des familles vivent sous le seuil de faible revenu apr&#232;s imp&#244;t. Le prix d'un loyer est g&#233;n&#233;ralement inf&#233;rieur &#224; la moyenne montr&#233;alaise, mais plus de 34 % des m&#233;nages locataires doivent quand m&#234;me consacrer au moins 30 % de leur revenu au logement. En comparaison, l'arrondissement Rosemont-Petite-Patrie est un peu plus favoris&#233; avec un nombre de familles vivant sous le seuil de faible revenu apr&#232;s imp&#244;t de 16% et 37% de familles consacrant plus de 30% de leur revenu au logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces profils expliquent la pr&#233;sence d'acteurs communautaires sp&#233;cifiques. Bien que le logement soit une pr&#233;occupation centrale dans les deux arrondissements, les probl&#233;matiques li&#233;es au troisi&#232;me &#226;ge sont davantage visibles chez les acteurs de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve que chez ceux de Rosemont-Petite-Patrie et celles li&#233;es &#224; l'immigration sont davantage pr&#233;sentes dans cet arrondissement que dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la situation socio&#233;conomique est plus fragile dans l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et cela contribue au foisonnement des acteurs communautaires en mati&#232;re de d&#233;veloppement social. Ne pas les faire participer de fa&#231;on concr&#232;te au futur am&#233;nagement du site olympique rendra plus difficile l'acceptabilit&#233; sociale de tout projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, m&#234;me si les projets et les activit&#233;s de la RIO ne concordent pas exactement avec les projets et les activit&#233;s du futur &lt;i&gt;Espace pour la vie&lt;/i&gt;, dans l'esprit de la population les deux risquent fort d'&#234;tre confondus. Il en r&#233;sultera que si l'on cherche &#224; faire connaitre et faire participer la population locale aux projets du second, on comprendra mal pourquoi il serait impossible de participer &#224; ceux du premier. Mais la RIO ne semble pas jusqu'ici faire montre de beaucoup d'ouverture.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Le communautaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je vois un grand potentiel dans l'int&#233;gration des organisations communautaires environnantes &#224; la gestion quotidienne et la planification de ces projets. Parmi les groupes communautaires des deux arrondissements, on note que plusieurs ont des activit&#233;s d'insertion sociale et de formation. Il ne faudrait pas oublier non plus les 600 personnes du secteur des sports et loisirs qui travaillent sous terre depuis 26 ans dans ce qui fut un stationnement, de m&#234;me que les 50 000 visiteurs et b&#233;n&#233;voles du secteur du sport et des loisirs qui passent chaque semaine dans les installations olympiques. Il ne s'agit pas ici de touristes ou de visiteurs du Biod&#244;me, mais de membres des quelque 40 organismes nationaux de loisir et des secteurs de l'&#233;conomie sociale. Il me semble que l'acceptabilit&#233; sociale des futurs projets d'am&#233;nagement du site olympique peut &#234;tre influenc&#233;e par le degr&#233; avec lequel ces activit&#233;s seront arrim&#233;es au nouvel am&#233;nagement, &#224; sa mise en place et aux activit&#233;s qui s'y d&#233;ploieront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus nombreux seront les acteurs locaux sollicit&#233;s par le processus d'am&#233;nagement urbain, plus difficile sera peut &#234;tre l'atteinte de consensus, mais plus grande sera l'acceptabilit&#233; sociale du projet une fois celui-ci lanc&#233;. Du coup, la fr&#233;quentation et l'usage par la population locale rendront le site plus attrayant pour les autres visiteurs tout en lui assurant une client&#232;le plus stable. La RIO peut cependant aller encore plus loin en consid&#233;rant la communaut&#233; locale non pas comme une client&#232;le, mais comme un v&#233;ritable partenaire. En ce sens, les territoires d'Hochelaga-Maisonneuve et de Rosemont-Petite-Patrie r&#233;unissent, notamment &#224; travers la grande diversit&#233; de leurs organismes communautaires, un ensemble de savoir-faire et de ressources humaines d'autant plus important que le d&#233;sir de changement y est puissant. En cherchant d'embl&#233;e comment ces organisations peuvent agir comme fournisseurs de services, de main-d'oeuvre, de connaissances pour la RIO et le futur &lt;i&gt;Espace pour la vie&lt;/i&gt;, on consid&#232;re les citoyens d'Hochelaga-Maisonneuve non pas comme des client&#232;les, et encore moins comme des spectateurs de la fantastique programmation qu'on nous promet, mais comme des citoyens au sens plein, qui ont droit au chapitre et droit &#224; la ville. Ce ne seront pas seulement les acteurs locaux qui sortiront gagnants du nouvel am&#233;nagement, mais &#233;galement la RIO qui puisera ses ressources humaines dans un bassin dynamique de plus de 250 000 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Limiter le choix de gestion &#224; une alternative entre le secteur priv&#233; et le secteur public &#233;tatique et municipal constituerait un aveuglement volontaire devant la r&#233;alit&#233; socio-&#233;conomique du quartier. Pourquoi ne pas privil&#233;gier un engagement en faveur de l'accueil de coop&#233;ratives ? Pourquoi pas un r&#232;glement contre la malbouffe ? Une obligation d'engager localement ? Une pr&#233;sence de groupes communautaires sur le conseil d'administration de la RIO ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un site qui a la taille du site olympique et qui loge au c ?ur d'un des quartiers les plus populeux d'une m&#233;tropole comme Montr&#233;al, le rayonnement international ne signifie pas que les acteurs locaux n'ont pas un r&#244;le important &#224; jouer dans son am&#233;nagement. La population locale sera la premi&#232;re &#224; en subir les impacts, mais elle constitue &#233;galement un bassin d'individus qui peuvent non seulement constituer une base captive de consommateurs, mais qui sera &#233;galement sollicit&#233; afin de donner &#224; l'ensemble un caract&#232;re vivant. Ultimement, et au-del&#224; d'une vision &#233;v&#233;nementielle de la planification des activit&#233;s, la population de Merci-Hochelaga-Maisonneuve et de Rosemont sera la premi&#232;re &#224; fr&#233;quenter le site et ses abords au quotidien. La facture du site peut y gagner beaucoup en authenticit&#233;. Elle ne ressemblera plus &#224; un lieu construit uniquement pour le regard de l'autre, mais sera affubl&#233;e de l'ambiance que seuls gagnent les lieux v&#233;ritablement utilis&#233;s et appr&#233;ci&#233;s sur une base quotidienne. C'est cela qui, en retour, sera ressenti par le visiteur occasionnel comme v&#233;ritablement unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hochelaga-Maisonneuve a de la chance : il peut compte sur un stade de quartier comme on compte sur le d&#233;panneur du coin. Pourquoi les parents des HLM Boyce-Viau, &#224; deux pas, ne pourraient-ils pas envoyer leurs enfants jouer dehors &#171; au stade du coin &#187; ? Un d&#233;panneur fait partie de la vie des citadins parce que ceux-ci l'int&#232;gre &#224; leurs pratiques, pas parce qu'on y tiendra une performance. Si la fonction d'un stade est &#233;videmment diff&#233;rente, il n'en demeure pas moins que les r&#233;sidents du quartier doivent avoir l'envie et la possibilit&#233; de l'int&#233;grer &#224; leurs pratiques et strat&#233;gies quotidiennes. C'est l&#224; que se situe la v&#233;ritable appropriation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Les donn&#233;es statistiques proviennent de la Direction de la planification du d&#233;veloppement du territoire du Service de la mise en valeur du territoire et du patrimoine, 2007 ; 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Caf&#233; Cl&#233;opatre, le droit au centre-ville</title>
		<link>https://www.ababord.org/Cafe-Cleopatre-le-droit-au-centre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Cafe-Cleopatre-le-droit-au-centre</guid>
		<dc:date>2012-09-02T15:55:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Mathieu Le Bel</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie et anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Le Bel, Pierre-Mathieu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 2005, Montr&#233;al lan&#231;ait son grand projet de Quartier des spectacles. En 2006, la Ville confiait &#224; la Soci&#233;t&#233; de d&#233;veloppement Angus (SDA) le mandat de construire un &#233;difice &#224; vocation culturelle &#224; l'angle de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent. Du m&#234;me coup, elle appuyait la SDA dans sa d&#233;marche d'acquisition de tous les lots situ&#233;s au nord du Monument national, entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Clark, afin de mener &#224; bien un autre projet immobilier (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-40-ete-2011-" rel="directory"&gt;No 040 - &#233;t&#233; 2011&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Controle-repression-et-securite-+" rel="tag"&gt;Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sociologie-et-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie et anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Le-Bel-Pierre-Mathieu-+" rel="tag"&gt;Le Bel, Pierre-Mathieu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1312.gif?1642092132' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;200&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2005, Montr&#233;al lan&#231;ait son grand projet de Quartier des spectacles. En 2006, la Ville confiait &#224; la Soci&#233;t&#233; de d&#233;veloppement Angus (SDA) le mandat de construire un &#233;difice &#224; vocation culturelle &#224; l'angle de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent. Du m&#234;me coup, elle appuyait la SDA dans sa d&#233;marche d'acquisition de tous les lots situ&#233;s au nord du Monument national, entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Clark, afin de mener &#224; bien un autre projet immobilier essentiellement d'espaces &#224; bureaux, mais dont le rez-de-chauss&#233;e serait occup&#233; par des commerces verts et responsables. Les projets concrets propos&#233;s par la SDA ont n&#233;cessit&#233; un processus de consultation &#224; travers l'Office de consultation publique de Montr&#233;al (OCPM). D'un c&#244;t&#233;, l'OCPM acceptait le projet de l'&#233;difice &#224; vocation culturelle, de l'autre, il recommandait un retour &#224; la table &#224; dessin pour l'&#233;difice du quadrilat&#232;re Saint-Laurent. Cependant, en 2009 la municipalit&#233; rendait son verdict et acceptait les deux projets. Pour ce faire, elle entamait des proc&#233;dures d'expropriation &#224; l'encontre du Caf&#233; Cl&#233;op&#226;tre, le seul commerce toujours en activit&#233; au nord du Monument national, le seul lot n'appartenant pas &#224; la SDA.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La marge dans le centre
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Cl&#233;o n'est pas un bar de danseuses comme les autres. Il ouvre relativement t&#244;t. Contrai&#173;rement aux habituelles 18-25 ans silicon&#233;es que l'on retrouve dans les bars de danseuses plus &#224; la mode, on y rencontre tous les physiques et tous les &#226;ges. Les clients sont aussi diversifi&#233;s que les danseuses, leur comportement ressemble &#224; celui de la client&#232;le d'une taverne o&#249; l'on trouve des habitu&#233;s qui se connaissent, connaissent le personnel de l'&#233;tablissement, et y viennent au moins autant pour la rencontre entre amis que pour le spectacle. On y trouve entre autres des travailleurs d'Hydro-Qu&#233;bec, des fid&#232;les de la mosqu&#233;e d'en face, des vieux de la vieille, des &#233;tudiants de l'UQ&#192;M et des touristes. Plus de 100 personnes, surtout des femmes, tirent leur revenu du Cl&#233;o. Tout cela sans parler des activit&#233;s qu'on tient au deuxi&#232;me &#233;tage de l'&#233;difice : performances de &lt;i&gt;drag&lt;/i&gt;, festival de cin&#233;ma &lt;i&gt;gore&lt;/i&gt;, d&#233;fil&#233;s de mode gothique ou spectacles de musique heavy-ce-que-vous-voulez. Rien pour rassurer le genre d'individus qui, justement, fr&#233;quentent si peu ce genre de spectacles qu'ils ne peuvent s'appuyer que sur les clich&#233;s pour cr&#233;er une aura de peur autour des groupes sociaux qui occupent le lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que le Cl&#233;o, d'en bas comme d'en haut, fonctionne. Il fonctionne m&#234;me tr&#232;s bien depuis pr&#232;s de 40 ans. Que l'on fasse abstraction du fait qu'il est le dernier repr&#233;sentant du vaudeville et du burlesque sur la Main, ce qui a fait sa gloire, est une chose ; que l'on d&#233;peigne le quadrilat&#232;re comme &#233;tant une &#171; ruine &#187;, le redlight comme quelque chose qui &#171; n'existe plus &#187;, comme l'a fait la SDA en consultation publique, en est une autre. C'est une fa&#231;on d'utiliser le discours pour occulter la pr&#233;sence de groupes bien pr&#233;cis dans le centre urbain et du m&#234;me coup d&#233;peindre leurs actions dans la ville comme ayant une l&#233;gitimit&#233; moindre (on pourrait &#233;galement &#224; ce titre parler du SONA, une bo&#238;te de nuit qui occupait le nord du quadrilat&#232;re et qui amenait une foule jeune et nocturne, elle aussi absente du d&#233;bat). &#192; ce propos, Henri Lefebvre expliquerait que pour rendre effectif son pouvoir sur l'espace urbain, il ne s'agit pas tant pour le pouvoir h&#233;g&#233;monique d'exercer l'exclusivit&#233; territoriale que de donner une image de l'autre comme absent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Lefebvre, Le droit &#224; la ville, Paris, Anthropos, 1968.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi rejet&#233; &#224; la marge du discours sur la ville, l'autre devient invisible aux yeux du corps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait des entrevues avec de nombreuses danseuses du Cl&#233;o et toutes ont soulign&#233; &#224; quel point la localisation &#233;tait importante pour le succ&#232;s de l'&#233;tablissement. Si le Cl&#233;o peut ouvrir t&#244;t et du coup permettre aux m&#232;res de famille et aux &#233;tudiantes d'avoir une vie de m&#232;res et d'&#233;tudiantes, justement, c'est parce que la localisation strat&#233;gique permet de rejoindre une client&#232;le vari&#233;e. C'est dire que, comme pour tant d'autres secteurs de l'&#233;conomie, la centralit&#233; constitue un avantage primordial. En somme, si le Cl&#233;o a du succ&#232;s, ce n'est pas uniquement &#224; cause de l'offre qui r&#233;pond bien &#224; une demande, mais aussi en raison de sa localisation centrale. Or, pourquoi les danseuses du Cl&#233;o auraient-elles moins droit au centre que les boutiques &#233;quitables ? Les jeunes qui sortent dans les &lt;i&gt;afterhours&lt;/i&gt; utilisent-ils l'espace urbain avec moins de l&#233;gitimit&#233; que les librairies ? Plus encore, ne sont-ce pas justement ces jeunes, ces danseuses, ces &lt;i&gt;afterhours&lt;/i&gt;, cette foule bigarr&#233;e qui a fait et refait le charme de la Main ? N'occupent-ils pas d&#233;j&#224; les lieux ? Que l'on d&#233;truise une carcasse vide, passe encore. Que l'on chasse une entreprise qui a le succ&#232;s du Cl&#233;o, situ&#233;e &#224; 50 m d'un stationnement presque aussi gros que le terrain convoit&#233; par la SDA&#8230; pas s&#251;r ! Montr&#233;al peut-elle se permettre de d&#233;manteler une entreprise qui a le succ&#232;s du Cl&#233;o, alors que les vraies friches urbaines au centre-ville abondent ? D'ailleurs, la SDA n'avait, lors des consultations, aucune id&#233;e pr&#233;cise des commerces qui am&#232;neraient leurs p&#233;nates chez elle, ce qui laissait pr&#233;voir la construction d'espaces commerciaux locatifs neufs, mais tout aussi vides que les carcasses abandonn&#233;es du quadrilat&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le promoteur n'a cess&#233; de dire &#224; quel point il avait tent&#233; de s'entendre avec tous les groupes en place. Si pour la plupart de ces derniers cela voulait dire trouver une fa&#231;on de cohabiter, il s'agissait plut&#244;t dans le cas du Caf&#233; Cl&#233;op&#226;tre de d&#233;finir les modalit&#233;s d'une expulsion. La SDA se pla&#238;t &#224; r&#233;p&#233;ter qu'elle a fait des offres de relocalisation au propri&#233;taire du Cl&#233;o et qu'il &#233;tait d&#233;raisonnable pour celui-ci de les d&#233;cliner. C'est refuser de reconnaitre &#224; quel point la localisation du site a au moins autant d'importance que les caract&#233;ristiques des &#233;difices et commerces qu'on y trouve (que, du reste, on n'a pas r&#233;ussi &#224; offrir au Cl&#233;o).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
La marge fait le centre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me apr&#232;s que son projet ait &#233;t&#233; accept&#233;, la SDA a &#233;t&#233; forc&#233;e de revoir ses plans, car son &#233;valuation des capacit&#233;s financi&#232;res du milieu culturel avec qui elle s'&#233;tait alli&#233;e &#233;tait inexacte. La taille de l'&#233;difice du 2-22 Ste-Catherine (un des aspects qui ont men&#233; aux consultations publiques) a d&#251; &#234;tre revue &#224; la baisse, puisque de futurs locataires se retiraient du projet, faute de moyens. Allait &#234;tre mis sur la glace, pour la m&#234;me raison, l'ensemble du projet autour de l'&#233;difice du m&#233;tro Saint-Laurent pens&#233; par la SDA. Cette derni&#232;re doit maintenant revoir son projet du quadrilat&#232;re Saint-Laurent, car le Cl&#233;o a contest&#233; l'&#233;viction en Cour avec suffisamment d'obstination pour qu'il puisse crier victoire en mars dernier lorsque la SDA a finalement baiss&#233; les bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela d&#233;montre une fois de plus, comme si la le&#231;on avait &#233;t&#233; absente du reste de l'histoire de l'urbanisme, que m&#234;me les groupes les plus &#224; la marge ont un pouvoir r&#233;el sur l'am&#233;nagement urbain. Ici, on a eu beau les repr&#233;senter comme absents, morts ou victimes d'une illusion patrimoniale, reste que si les projets ont d&#251; &#234;tre modifi&#233;s si fortement c'est que le promoteur n'a pas su travailler de fa&#231;on suffisamment rapproch&#233;e avec les acteurs qui avaient investi les lieux bien avant lui. Si on doit bl&#226;mer quelqu'un, ce n'est certainement pas le Cl&#233;o qui n'a fait que d&#233;fendre son droit d'&#234;tre l&#224; o&#249; il est depuis belle lurette, mais plut&#244;t le nouveau joueur qui, pour une question morale, a sciemment tourn&#233; le dos &#224; un savoir sur l'urbain et sa pratique parce que ce savoir est port&#233; par des individus dont les pratiques culturelles le choquent et le questionnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a eu beau se v&#234;tir du costume du professionnalisme, de la rigueur &#233;conomique, architecturale et sociale &#224; coups d'images PowerPoint, le vrai r&#233;alisme c'est celui qui se met les deux pieds dedans ; pas celui qui pratique la pens&#233;e magique &#224; coup d'&#233;tiquettes &#171; &#233;quitable &#187; et &#171; responsable &#187;. La conception de l'espace centre que la SDA a fait sienne aurait peut-&#234;tre pu rapprocher les parties. Toutefois, en rejetant pour des raisons morales un acteur pourtant pr&#233;sent et agissant sur cette &#171; friche urbaine &#187; qui n'en &#233;tait pas une, elle se pla&#231;ait, malgr&#233; ses nobles intentions, dans une position qui l'emp&#234;chait de tirer profit du seul groupe qui a su r&#233;habiliter et faire un succ&#232;s du lieu qu'il occupe envers et contre tous. Comme quoi &#171; social &#187; est un mot que portent aussi bien les familles qui ont suppos&#233;ment peur d'aller sur la Main que des &lt;i&gt;drags&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;ravers&lt;/i&gt; et des danseuses qui, soit dit en passant, ont aussi des familles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Lefebvre, Le droit &#224; la ville, Paris, Anthropos, 1968.&lt;/p&gt;
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